C’est bien connu, on peut acheter tout et n’importe quoi sur la toile. Il ne manquait plus que le petit panier virtuel pour s’approvisionner en «Ice Drugs».
SIPA

Un lot de méthamphétamine

Le crystal hallucinant

Devenue le premier exportateur mondial de méthamphétamines et autres drogues de synthèse, la Chine offre un service 24/24h, 7/7 jours, en ligne pour vous procurer de quoi planer quelques heures. A savoir, la méthamphétamine, aussi appelée «crystal» ou «ice» en anglais, se présente sous une forme cristalline solide. Incolore et inodore, la méthamphétamine, qui pourrait passer pour de la glace pilée, est une drogue de synthèse psycho-stimulante très addictive et provoquant un état d’euphorie.

L’e-shop de l’euphorie

Si vous avez entre 30 et 100 euros en poche, un téléphone ou un accès à internet, vous recevrez directement chez vous et en moins de 24h (mieux que La Redoute !) vos petits cristaux et autres drogues de synthèse. Ne vous inquiétez pas, en Chine, on censure les «dissidents» au régime, autrement dit les sites défendant les droits de l’Homme, ou encore ceux jugés pornographiques, mais on ferme volontiers les yeux sur ce business prospère. Les douanes estiment qu’une trentaine de sites internet en français et des centaines de sites en anglais vendent ces petits bouts de glaces.

 Le sens du Dégriff’ à la chinoise

Il faut dire que les méthamphétamines ce sont banalisées dans le décor chinois, c’est un peu leurs Ricola, en fait. Aussi, un quart des accros chinois en consommerait, contre 8% en 2008, et soixante-dix pour cent des consommateurs auraient moins de 35 ans.

Pourquoi ces quelques bouts de glace au goût d’euphorie remportent un tel succès? Premier point de séduction: le prix. Moins chères que l’héroïne, ces drogues de synthèse sont aussi plus faciles à cultiver (un petit labo suffit à monter une PME illicite). Pour moins d’un euro la dose, les jeunes chinois prennent du bingdu (drogue de glace) entre amis, histoire de pouvoir danser toute la nuit en boîte. C’est la petite drogue du monsieur Toulemonde: rien à voir avec la drogue de «marginaux» qu’est l’héroïne, voyons! Et si les boîtes affirment «refuser» les drogués, «ah non, pas de ça chez nous», en réalité la police et les proprios des discothèques s’accordent pour fermer les yeux sur ces petits «extras».

La chaîne de la prospérité

Tout commence en banlieue où sont installés des chimistes amateurs qui vendent sur internet des drogues de synthèse (méphédrone, naphyrone, pentedrone…) qui passent entre les mailles du filet au niveau des interdictions, puisqu’elles ne sont pas encore répertoriées. Aussi, on trouve des milliers de laboratoires de ce genre sur la côte entre Shanghai et Canton, où arrive la drogue de Corée du Nord ou de Birmanie, avant d’être reconditionnée et prise en charge par les triades de Taiwan, de Hong Kong, et parfois par les yakuzas japonais.

80 % des drogues de synthèse consommées en Europe proviendraient alors de ces filières. Ce crystal en vogue a déjà causé près d’une trentaine de décès en Grande-Bretagne et serait devenu la quatrième drogue la plus populaire, derrière le cannabis, la cocaïne et l’ecstasy.

L’industrie pharmaceutique expatriée?

De plus, entre 60% et 80% des matières pharmaceutiques concourant à la fabrication des médicaments vendus en Europe sont aujourd’hui produites hors du continent, contre moins de 20% il y a vingt ans. Vous apprendrez par exemple que le paracétamol que vous prenez, en cas de petit bobo, arrive tout droit de Chine ou d’Inde. Une chaîne difficile à contrôler, la Chine disposant de plus de cinq mille unités de fabrication de médicaments.

Surtout lorsque l’on sait qu’il suffit de changer une molécule pour transformer un médicament en drogue ou en poison. Et par exemple pour la méphédrone, qui est interdite sur le territoire de l’Union européenne, il suffit de la modifier en changeant une molécule afin de remettre à zéro toute procédure judiciaire.

Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), une soixantaine de nouvelles substances en circulation -les NPS, nouveaux produits de synthèse- ne sont pas encore reconnues comme des drogues.

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