Rédacteur en chef charismatique du Washington Post, Benjamin Bradlee s’est éteint le 21 octobre dernier, l’année même où le reportage le plus célèbre du monde mené sous sa direction fête ses 40 ans. Bref retour sur quarante ans de journalisme au sein du Post et en personnes.

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C’est en 1974 que l’affaire du Watergate connaît son apogée : après 2 années d’enquête, les journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein poussent Nixon à la démission en publiant une série d’investigations prouvant les pratiques douteuses d’écoutes menées sous sa présidence.

Informé au sommet par une source mystérieuse nommée « Deep Throat » – Gorge profonde – le binôme, surnommé « Woodstein » remonte les fils des magouilles politiques éparpillées au travers de documents divers jusqu’à la Maison Blanche. L’identité de l’informateur ne sera révélée qu’en 2005 par l’homme en question, William Mark Felt numéro deux du FBI dans les années soixante.
Enquête gonzo minutieuse encensée par la presse mondiale, Alan J. Pakula en fera un film en 1976 starring Redford & Hoffman : le mythe est lancé.

En cette année 1974, le Washington post est à son sommet : en avance sur son temps – déjà dirigé par une femme, une première pour un journal américain d’envergure – fort de ses recettes publicitaires et des scoops politiques en cascade ( cf les « papiers du Pentagone » fraîchement publiés), le titre vit ce que tant de nostalgiques appellent « l’âge d’or ».
L’essor du quotidien est éclectique, malgré des Pulitzer à la pelle pour ses journalistes et une modernité affichée par ses principaux dirigeants. A l’aube du deuxième millénaire, le Washington Post était décrit comme « ringard », « en baisse de qualité ». Les vestiges de prestige s’évanouissent en pleine crise de la presse lorsque les pertes croissent.

C’est un entrepreneur web pur jus qui est venu sauver le titre naufragé : Jeff Bezos allège ses poches de 250 millions de dollars (190 millions d’euros) en 2013 pour obtenir le rachat et lance une stratégie « d’expérimentation » dans une logique de modernité au sein de la rédaction. À son arrivée, on murmurait alors dans les couloirs et on s’inquiètait de la politique de ce nouveau « patron » à la fortune illimitée et aux techniques médias encore embryonnaires. Mais désormais, les plus sceptiques de l’an dernier ne peuvent que constater le résultat, puisque l’on embauche à nouveau au siège de la capitale des Etats-Unis. Remise à niveau et augmentation en terme de qualité, les spécialistes applaudissent cette réussite journalistique qui a largement fait ses preuves en cette année 2014. Le Washington Post retrouve donc sa gloire passée grâce à un énième prix Pulitzer dans la catégorie « service public » partagé avec le Guardian pour le traitement des informations fournies par Edward Snowden et leurs révélations sur les agissements de la NSA.

Ancien mais toujours vivant le Washington Post est un journal infatigable, increvable  Laissons donc le mot de la fin à Ben Bradlee “As long as a journalist tells the truth, in conscience and fairness, it is not his job to worry about consequences. The truth is never as dangerous as a lie in the long run. I truly believe the truth sets men free. »

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