Un film de Midi Z avec Kai Ko et WuKe-Xi. Sortie le 26 avril 2017. Prix Fedeora du Meilleur Film à la Semaine Internationale de la Critique du Festival de Venise 2016. Grand Prix du long-métrage au Festival International du Film d’Amiens 2016.

L’Histoire

Liangqing et Guo, deux jeunes birmans, émigrent clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi de plonge dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition.

L’Avis

Dans sa note d’intention le réalisateur dit cette phrase terrible sur la situation de son pays : « En Birmanie, on dit souvent que pour échapper à la misère, les pauvres n’ont que trois solutions : la première est le trafic de drogue, la deuxième est de tenter sa chance dans une mine de jade, et la troisième est l’émigration clandestine. Cette troisième voie, à savoir passer clandestinement en Thaïlande, est celle que beaucoup choisissent : les risques sont moindres, et dire qu’on « va à l’étranger » est nettement plus présentable. »

C’est la troisième voie que raconte ce film sur ce jeune couple. Le film est quasi documentaire et l’histoire de ces émigrés nous rappelle que l’on est, où que l’on habite, l’émigré de quelqu’un, avec les mêmes peurs et les mêmes tragédies. Ce sujet a été souvent traité, en Amérique latine, au Mexique, sur les émigrés en Italie et dernièrement avec le film « Madame B » sur l’émigration de Corée du Nord vers le Sud. 3 millions de Birmans dont 2 millions clandestins sont recensés en 2008 en Thaïlande ! Cette fiction n’est pas si éloignée de la réalité, à part l’histoire d’amour non consommée, entre les deux jeunes gens. Le parcours pour avoir des permis de séjour est une épreuve cauchemardesque. On découvre ici, comment les autorités administratives sont corrompues, tout le monde le sait, tout le monde joue le jeu. Des sommes énormes d’argents sont ainsi échangées dans cette économie parallèle. Alors comment vivre simplement ses sentiments quand on est jeune dans un tel univers? Le réalisateur ne peut que regarder ce qui se passe, il sait qu’il ne peut modifier le monde réel. Pour lui, Birman, l’histoire d’ « Adieu Mandalay » est d’une totale banalité. Sa caméra, sans complaisance, suit toutes les péripéties que vit ce couple.

Le film tel qu’il le raconte avec beaucoup d’acuité est une sorte d’hommage tragique à tous ces gens, ces humiliés, qui tentent de survivre. Il nous immerge totalement dans cette frénésie qui règne à Bangkok, dans ce calme des villages où les tractations des papiers se font. Midi Z sait avec talent nous faire découvrir cette réalité tragique. Hélas, les histoires vraies sont souvent plus dramatiques que les films, bien plus cruelles, bien plus violentes que ce qu’il peut nous montrer. On est loin de la Thaïlande des prospectus pour touristes !

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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