La biographie d’Alain Pacadis est enfin sortie! Alexis Bernier et François Buot se sont penchés sur l’histoire de la comète du journalisme underground. « Itinéraire d’un Dandy Punk », le livre qui retrace le parcours du chroniqueur le plus décalé des seventies et des eighties.

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Après un documentaire et quelques articles biographiques à son sujet, Alain Pacadis se devait d’avoir son livre, histoire de définitivement asseoir la « légende pacadienne » dans l’éternité des lettres. C’est désormais chose faite. Alexis Bernier (journaliste à Libération et directeur de la publication du magazine Tsugi) et François Buot (écrivain et professeur dans un lycée parisien) ont, sur la base d’un précédent ouvrage (l’Esprit des Seventies), retracé l’itinéraire sinueux de l’Auguste triste des nuits rocks et mondaines. L’exercice n’est pas facile, tant la vie de « Paca » est difficile à retranscrire. L’homme vivait quasiment au jour le jour et c’est auprès des « autres », au fil de ses rencontres, qu’il puisait son inspiration. Passé par plusieurs phases (Punk/Rock, « nighclubbing » et mondaine), le tortueux chroniqueur de Libé s’est perpétuellement réinventé, tel un caméléon rodé au fonctionnement du zoo parisien.

Ce qui est fascinant chez Alain Pacadis, c’est sa capacité d’adaptation à n’importe quel environnement sans ne jamais pour autant modifier son attitude. Qui était donc « Paca »? En achetant ce livre, les lecteurs attendent probablement quelques réponses aux énigmes biographiques qui entourent encore aujourd’hui l’existence du Dandy Punk.

Malheureusement, l’ensemble est décevant. Intégralement inséré dans cet ouvrage, le texte de L’esprit des Seventies ne connecte pas toujours avec le parcours intime de Pacadis. A part au début et à la fin du livre, les auteurs ne développent quasiment pas les anecdotes (nombreuses pourtant!) qui ont émaillé la vie de du « Dandy d’Andy ». Rédigé à la manière d’un exposé universitaire, L’itinéraire du Dandy Punk est une compilation (très complète) de documents retraçant les grands moments de la culture gay et underground des années 70. Mais ce n’est pas une biographie d’Alain Pacadis. Au mieux c’est une thèse ayant pour sujet la culture underground de 1968 à 1986 avec « option Pacadis ». Mentionné sporadiquement au fil des pages -notamment dans le « corps » du livre – le nom du principal intéressé n’est que bien souvent discrètement inséré à la fin d’un chapitre sur un sujet quelconque (parfois important, parfois pas), comme s’il fallait justifier de manière un peu maladroite le titre du livre.

pacadis_38364856_north_522x_w525Froidement rédigé, Itinéraire d’un Dandy Punk n’a pas vocation à retranscrire fidèlement l’esprit de l’époque: en 2013, le gens veulent des livres qui vont « droit aux faits », sans fioritures, sans descriptions trop intimes considérées trop longues et donc peu ergonomiques. Dans cette optique d’épuration stylistique et de vulgarisation du language, le lecteur sans fantaisie des années 2000 a donc été soigné!

Passé par Libération, Alexis Bernier n’a pas manqué de rappeler à de (trop?) nombreuses reprises les faits historiques du journal au travers de ce récit. Pacadis lui se foutait (un peu) de la politique et des querelles internes dans la rédaction de Libé, alors pourquoi s’attarder aussi longuement sur l’épopée du journal « libéral-libertaire »?

Et puis (comme disait Jacques Chazot), ce qui fait véritablement défaut à cet ouvrage, c’est le manque de témoignages directs des personnes qui auraient côtoyé, de près ou de loin, Alain Pacadis. Ce récit de sa vie n’est construit qu’autour d’articles de presse à son sujet et d’anecdotes finalement pudiques déjà connues depuis longtemps du grand public (Yves Adrien, Tina Aumont ou Paquita Paquin dans le documentaire Alain Pacadis: un héros in). 

Jamais les auteurs ne prennent le temps de s’attarder sur les rencontres qu’a fait Pacadis: le livre est muet, personne ne parle directement, pas même un proche. Certes, beaucoup de ses « amis » ont aujourd’hui disparu, mais il serait terriblement pessimiste de penser qu’il n’en reste aucun! Bref, le duo de rédacteurs n’a tout simplement pas osé « mettre les pieds dans la merde » pour tenter de comprendre l’homme, chose que n’aurait sans doute pas daigné faire Antonin Artaud! Donnant l’impression d’avoir été rédigé depuis « une tour d’argent pleine de bouquins », le livre ne fait qu’effleurer la vérité au sujet du reporter qui lui n’a jamais été capable de rentrer dans le rang, et donc de se contenter de faire du journalisme « de loin », sans jamais véritablement toucher aux faits, au réel. Paradoxal et incohérent? Sans doute…

Le mystère Pacadis demeure toujours intact et finalement, c’est peut être mieux ainsi…

Flash on, kiddies…

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Alain Pacadis, itinéraire d’un dandy punk par Alexis Bernier et François Buot, édition Le Mot et le Reste. 23 euros.

Physique difficile, Ray Ban vissées, mèche de cheveux gras et chemises sales, Alain «Destroy» Pacadis est une figure clef de la presse culturelle des années 1970 et 1980. En Mai 1968, Paca, étudiant, s’engage dans la politique, prend la route jusqu’en Afghanistan, milite au Front homosexuel d’action révolutionnaire. Il commence à naviguer dans le milieu de la presse parallèle, croise la bande d’Actuel et participe aux années de gloire de Libération. Il signe son premier article en 1973 : Alain Pacadis, «reporter de l’underground» est né, celui qui avant tout le monde et mieux que quiconque a su ici, en France, capter l’énergie du punk, chroniquer les nuits héroïques du Palace ou des Bains Douches. Dès lors, jusqu’à sa mort tragique en 1986, Paca transporte ses lecteurs de concerts branchés en soirées disco décadentes et événements mondains. Le parcours déglingué de ce dandy contrarié, «expérimentateur détaché des névroses modernes », sert de fil conducteur pour traverser ces années qui marqueront profondément la société française. Fort de 150 interviews de personnalités et d’extraits des articles de Pacadis dans Libération, Playboy ou Façade, cet ouvrage nous fait aussi revivre la naissance du cinéma X, l’arrivée de «Mac Do» en France, les prémices du sida, les premières radios libres, l’exubérance de la mode et les folies du nightclubbing. Serge Gainsbourg, Iggy Pop, Philippe Garrel, William Burroughs, Andy Warhol sont quelques-unes des innombrables personnalités qu’on croise dans le livre.

A propos de l'auteur

Journaliste, Gribouilleur, Novö Pandore, etc...

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