« Atlas », un film de Antoine d’Agata. Dans les salles à partir du 12 novembre 2014.

Atlas 3

Le pitch :

« Atlas » est le journal autobiographique d’un homme sans attache, rescapé d’un long périple, collectionneur d’images ivres, morceaux épars d’une identité aussi atomisée que les territoires qu’il parcourt. Il n’y a pas de dieu ou d’indulgence dans ses nuits, mais l’acceptation qu’il n’y a que la chair.

L’avis :

Antoine d’Agata est un photographe aujourd’hui reconnu, exposé, loué. Punk, anarchiste, drogué, son parcours est atypique dans le sens où souvent ses œuvres sont la transgression de la frontière qui le sépare de son sujet. Dans « Atlas » il est l’acteur même de son film. Il est celui qui se drogue avec les drogués, celui qui baise avec les putes. Ce film nous entraîne dans des situations vécues. Il l’explique d’aileurs lui-même : « Je suis tenu de suivre à la lettre – et par l’expérience du corps – ce plan de travail…. Je documente ce que je vis, et vis chaque situation dans le dessein de la documenter.».  Les scènes qu’il nous impose sont d’une insupportable beauté. Une lumière à la Caravage, qui comme lui fréquentait les lieux-dits de débauches, éclaire des lieux où on se drogue, des lieux où on se prostitue, où « l’aberration, l’excès, la jouissance, la prostration sont les étapes d’une lente agonie de la chair ». Antoine d’Agata a filmé, s’est filmé tout autour de la planète où le fil rouge est la drogue : l’ice. Cette consommation régulière avec un rituel précis, filmée d’une manière documentaire a sur nous spectateur un effet hallucinatoire qui peut être insoutenable si l’on n’accepte pas dès le début le projet du « voyage » que nous propose d’Agata. Peut-être manque-t-il au début du film à ce qu’on doit s’attendre à vivre. Le réalisateur nous entraîne dans son « Bateau Ivre » où en voix off des femmes, actrices porno, danseuses, prostituées, droguées prennent la parole – un montage subtil correspondant à des heures d’entretiens a été réalisé. Elles parlent de solitude, de mort. D’Agata entretient avec elles des rapports charnels. Il les scrute, elles sont le support fantasmagorique de ses angoisses, l’objet de ses désirs. Ces paroles, il les a enregistrées après avoir vécu avec les filles d’intenses orgies sexuelles et narcotiques, durant lesquelles se sont établis des rapports de confiance. Elles psalmodient des litanies à son encontre. La différence entre lui et elles c’est qu’il avait le choix de ses actes, elles non. Elles tentent de survivre, d’exister dans les conditions inhumaines qui leur sont imposées. Dans le film, le geste pornographique « débarrassé de l’économique et du social, est l’unique alternative à une civilisation basée sur l’extinction du désir ».

Quelles sont les clefs de ce film ? Une appréhension du monde par l’expérience narcotique et sexuelle où l’animalité prédomine sur la raison, une affirmation d’une éthique pornographique et un constat inéluctable de l’altération des corps. Un film à découvrir – à subir –  sur grand écran dans une salle obscure plutôt que sur son écran de télévision sur la chaîne ARTE.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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