Tamasa dans sa série de films restaurés propose cette charmante, pétillante comédie de Marcel L’Herbier avec une Danielle Darrieux drôle et délicieuse. Sortie DVD le 6 mai 2014.

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Deux jeunes époux, Denis et Martine, ne cessent de se quereller. A bout de patience, Denis s’enfuit sur la Côte d’Azur. En essayant de le rejoindre, Martine fait la connaissance d’un romancier distingué, dépressif, au bord du suicide…

Dans toute bonne comédie il y a le quiproquo ou la course poursuite. Ici nous avons les deux ingrédients. Lorsqu’on connaît le cinéma de Marcel L’Herbier on pourrait s’étonner qu’il mette en scène une comédie boulevardière. Cinéaste de la première vague comme Deluc, Dulac, Artaud il était un cinéaste d’avant garde  avec des collaborateurs qui avaient pour nom Fernand Léger, Robert Mallet-Stevens, Darius Milhaud. On lui doit la création de l’IDHEC (L’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques). Il présidera le comité de défense du cinéma français contre le déferlement des films américains en 1946. Il dira au sujet d’ « Au Petit Bonheur » : « On a dû s’autocensurer considérablement et même, en ce qui me concerne, adopter des formes de cinéma qui était exactement celles dont je m’étais méfié ». Mais sa connaissance du cinéma fait que ce film est une fantaisie où il mélange les genres (boulevard, film noir, documentaire) et ou il s’amuse à charger les plans de symboles à qui veut bien les regarder de plus près (le plan de la corde de pendu que s’apprête à utiliser Brigitte (Dubost) et le coq gaulois en céramique fixé au mur, symbole d’une France qui a en partie prêté la main à son propre anéantissement). En 1946 la virilité est en berne.

Denis (François Perrier) à beau draguer toutes les femmes qui passent, de la bonne à l’ouvreuse du théâtre, il semble immunisé contre la passion (« Tu crois vraiment que c’est contagieux ? »), il demande à sa femme amoureuse de l’aimer « comme un poisson rouge : sans bruit ». Denis, dont son mariage n’était qu’un arrangement financier, est plus tenté par une camaraderie homoérotique : (« Jusqu’ici Martine, t’étais mon meilleur copain…Un copain qui laissait de temps en temps sa porte ouverte ») et plus tard lorsque Martine le menace avec un revolver : (« J’ai l’impression d’être marié à un cow-boy » !).

L’Herbier ne fait pas du théâtre en conserve, il aère son film par de nombreuses séquences extérieures. Nous sommes grâce à son talent dans le style des comédies américaines road-movie à la Capra. Danielle Darrieux, grande actrice de cinéma,  joue dans ce film la comédie de la comédie. C’est la vedette Darrieux, favorite des Français à cette époque, qui interprète Martine qui s’installe dans sa peau d’actrice pour arriver à ses fins : récupérer son mari dont elle est soudainement tombée amoureuse.

Ce n’est pas par hasard dans une autre scène où Martine monte une comédie en se faisant passer pour la maîtresse de Plessis (Luguet) qu’elle garnit tous les cadres avec les photos de Darrieux, photos de la star très connues du public. On a le plaisir aussi d’entendre la Darrieux chanteuse dans la valse lente « Je vous aime, si vous n osez pas me dire » où Martine joue la comédie de la fausse scène de séduction à Plessis (André Luguet). Il ne faut pas négliger dans ce film l’importance de Paulette Dubost, chérie du public français dans les années 40, qui dans la scène du baiser « la moitié de la bouche » avec Plessis et Denis est délicieuse. Un quatuor d’acteurs en grande forme, des décors fantaisistes, des costumes de star pour Darrieux, des répliques qui font mouche et une mise en scène dynamique et intelligente font de « Au Petit Bonheur », film peu connu, une petite merveille à découvrir.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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