Quelques belles BO de film et d’autres plus « feignantes » sont proposées ce mois-ci.

« La Mort du Cerf Sacré» (Milan 399 955-2) dont on a parlé récemment sur le site n’est pas à une BO totalement originale mais magnifique à écouter et qui sert intelligemment le propos de cette tragédie antique. On y trouve des extraits du sublime Stabat Mater de Schubert (il accompagne l’ouverture du film sur une opération à cœur ouvert !), de la Passion Selon St Jean de Bach, des extraits d’œuvres de Gubaidulina, de Ligeti ; la jeune actrice Raffey Cassidy qui joue la fille de Farell / Kidman chante Burn, une petite ritournelle alors que Johnnie Burn le sound designer du film a composé Hecatone un morceau électroacoustique terriblement angoissant. Toute cette musique appropriée nous rappelle la force tragique de ce film étonnant. On ne peut pas en dire autant à l’écoute des compositions de  Carter Burwell pour le petit chef d’œuvre de Todd Haynes « Wonderstruck » ( Sony 88985484202). Peut-être compose-t-il trop ? Ici il fait le boulot sans apporter quelque chose d’original au sujet ; dommage car la musique est très importante dans le film. Burwell était plus inventif avec les frères Coen ou même dans le précédent film de Haynes (« Carol ») et surtout dans ce petit chef d’œuvre qu’est « Bons Baisers de Bruges » peut-être une des meilleurs BO qu’il ait écrites.  Il en va de même pour Warren Ellis avec sa musique de ce film oubliable qu’est « Gauguin » (Milan 399 953-2). Il a eu un César avec un film médiocre « Mustang », il est plus inventif lorsqu’il travaille en duo avec Nick Cave pour les BO de John Hillcoat ( « The Proposition », « Des Hommes Sans Loi »…) ou pour « Comancheria » de David Mackenzie, des musiques qu’on ne se lasse pas d’écouter. Pour le thriller « The Foreigner », de Martin Campbell, réalisateur de plusieurs James Bond, c’est Cliff Martinez qui a composé la BO.  Film d’action, il surligne la tension dramatique ; après écouter le cd c’est une autre affaire ; c’est un disque pour les inconditionnels de Martinez. On peut préférer ce qu’il a écrit pour Nicolas Winding Refn (« Drive », « Only God Forgive », « The Neon Demon »). Martinez a quand même fait évoluer l’écriture des soundtracks en travaillant pour Stephen Soderbergh qui l’a fait débuter. Martinez est un ancien batteur du R.H.C.P !

A propos de thriller, « The Nile Hilton » de Tarik Saleh est un vrai grand film noir. Grand prix au Festival Policier de Beaune il est accompagné d’une musique à la hauteur. C’est le compositeur de musiques expérimentales électroniques le suédois Krinster Linder qui l’a écrite; il est chanteur dans un groupe d’heavy metal et possède d’autres noms de scène tels que Chris Lancelot, Yeti, Solaroid…! Il a rencontré Tarek Saleh sur un documentaire qui avait reçu le grand prix au Festival de Musique et Cinéma d’Auxerre. Les deux hommes ont continué à travailler ensemble par la suite. Le cd (Milan 399 959-2) est une belle surprise. Ibtihal El Serety chante une étrange mélodie écrite par Linder, Gina’s Song qui termine le cd. Voilà un étrange et magnifique album. Milan propose aussi ce mois-ci la musique plus classique du très original film d’Albert Dupontel « Au Revoir Là-Haut ». Le cd (Milan 399 963-2) donne à écouter des compositions originales de Christophe Julien, compositeur attitré de Dupontel (« Le Vilain », « Neuf Mois Ferme ») et des musiques de l’époque (Mistinguett). On y trouve aussi des compositions de Rachel Portman, Ennio Morricone, Debbie Wiseman et même de Rota. La musique de Julien est sympathique, il est un bon faiseur, elle convient au film sans être d’une grande originalité. Une musique pour feuilletons télés. Dupontel mériterait de trouver un compositeur plus inventif. Le cd est agréable à écouter, le film est surtout à voir.

Cristal record, (BOriginal) édite la musique du film de Toni Marshall « Numéro Une »(Cristal-88985477032) composée par Mike et  Fabien Kourtzer. Les deux frères, DJ, sont devenus des compositeurs à la mode au cinéma. Voila un disque totalement inutile. La musique peut servir le film et encore, ce ne sont que des plages électroacoustiques sans grandes inventions musicales ; à l’écoute du cd on s’ennuie ferme. La réalisatrice refourgue des tubes usés jusqu’à la pellicule comme l’adagietto de la cinquième de Mahler qui est tellement collé à « Mort à Venise » et l’allegretto de Palladio composé par Karl Jenkins à la manière de la musique baroque,  d’une pauvreté affligeante!  Voilà un  cd d’un grand vide, un numéro zéro !

BOriginal a aussi édité la musique du film « Otez-moi d’un Doute » (Cristal-889854635022 ) réalisé par Carine Tardieu. Pour ce film sensible et plein d’humour, Eric Slabiak propose une musique à consonance classique – Slabiak est un violoniste classique – Un délicat thème est arrangé soit pour trio (piano, harpe, flûte), soit pour piano ou piano flûte ou hautbois ; la musique est légère et romantique. Sur le cd un extrait de la flûte de Mozart, le passage avec Papagena, bien sûr en rapport avec l’histoire et aussi la chanson Ma Fille chantée par Serge Reggiani. Les morceaux sont assez courts et donc un peu frustrant à l’écoute, mais c’est un joli album à l’image du film. La présentation du cd est très appréciable comme tous les albums de BOriginal.

Pour finir on revient aux fondamentaux avec un double cd du « Magnifique » (Music Box MBR-128 ), la comédie de de Broca avec Belmondo, musique composée par Claude Bolling et le cd « A Touch of Music » (Milan 399 834-2) une compilation de musiques de films avec Audrey Hepburn. On y retrouve les grands succès de la comédienne tels que « Breakfast at Tiffany », « Funny Face », « The Nun’s Story », « War and Peace », « The Unforgiven »,  « The Chidren’s Hour », « Green Mansions ». Au milieu de ce somptueux voyage musical on peut entendre pour la première fois en disque des extraits des musiques de film telles que « Roman Holiday », « Love in the Afternoon » et « Sabrina ». L’interprétation de Hepburn pour Moon River en s’accompagnant à la guitare et ses duos avec Fred Astaire dans « Drôle de Frimousse » (« Funny Face ») sont entrés dans la légende. Voilà de grandes musiques pour une grande actrice. Un album indispensable

 

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Réalisateur, journaliste

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