Un film de Ryoo Seung-wan avec Hwang Jeong-min, Song Joong-ki, So Ji-sub, Su-an Kim. Sortie le 14 mars.

L’histoire

Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs centaines de Coréens sont emmenés de force sur l’île d’Hashima par les forces coloniales japonaises. L’île est un camp de travail où les prisonniers sont envoyés à la mine. Un résistant infiltré sur l’île élabore un plan d’évasion géant, afin de sauver le plus grand nombre de prisonniers possible…

L’avis

Qu’importe si le réalisateur a pris quelques légèretés avec la vérité historique et que le film ne va pas arranger les relations sino-coréen, Ryoo Seung-Wan offre avec « Battleship Island » un vrai film de guerre avec tous les ingrédients du genre. Les japonais sont considérés comme des sadiques, de vrais méchants et rien ne nous est épargné dans leurs turpitudes ; les coréens ne sont pas irréprochables, il y a en certains bien sûr, des collabos sans scrupule, qui profitent de la situation pour s’enrichir sur le dos de la population qui est transformée en esclaves, terrorisés par le système carcéral épouvantable organisé sur l’ile. Les femmes, quant à elles, sont amenées sur l’ile pour servir de « femmes de réconfort » aux soldats nippons ! (les japonais ont fait amende honorable sur ce problème en 2015). Le décor est planté reste à faire un film et c’est là que nous surprend tout au long des 2h17minutes ce réalisateur, acteur, producteur étonnant, détonnant.

A travers une histoire d’un père musicien de jazz qui tente de sauver sa petite fille de ce véritable enfer, toute une série de personnages est mise en place (gangster au grand cœur, prostitués, résistants coréens, intellectuel..) et ils vont se retrouver emportés dans un maelström final ahurissant lorsque la population coréenne de l’ile va se révolter (il n’y a pas eu de révolte à l’époque).

Les acteurs et spécialement le couple Hwang Jeong-min- Su-an Kim, le musicien et sa fille, danseuse chanteuse de 12 ans (étonnante) – on avait déjà remarqué cette gamine dans le superbe film du « Dernier Train pour Busan » de Sang-Ho Yeon – sont étonnants de justesse et d’humanité dans un univers où tous les coups sont permis pour s’en sortir !

Ryoo Seung-Wan ne nous laisse pas le temps de respirer ! Dès les premières scènes, dans la mine, nous sommes terrifiés par l’ambiance à la Germinal avec explosions de gaz, chariot fou, où la sueur, la noirceur des gueules, le bruit assourdissant, nous plongent dans les entrailles d’un monde claustrophobe. C’est avec maestria que ce réalisateur nous raconte cette histoire de sang, de sueur et de larmes.

La dernière heure est époustouflante, le frisson est garanti ! La tentative d’évasion de la population entremêlée avec les conflits internes entre japonais et coréens collabos pendant des bombardements aériens est un morceau de bravoure. Les cadrages, la photo, le sens de l’espace et surtout le montage sont d’une rare efficacité. Le compositeur Leo Bang pour apporter un vrai souffle épique ose même reprendre un extrait réorchestré de la BO du « Bon, la Brute et le Truand » (Extasy of Gold) est ça marche !

C’est avec une maîtrise parfaite que Ryoo Seung-Wan construit cette fiction impressionnante, ce tour de force inouï, qui nous cloue littéralement sur notre fauteuil !

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.