Quelques belles BO à se mettre sous les oreilles ce mois-ci ; d’abord beaucoup de rééditions avec la mode du vinyle. Ainsi cette sortie du couplage « Le Mépris / Pierrot le Fou » films de Godard, dans la collection « Ecoutez le Cinéma » chez Universal avec trois chansons d’Anna Karina et un arrangement sur « Le Mépris » de Delerue par Desplat pour le groupe de sa femme, Traffic Quintet, et oui il faut remplir le sillon. L’album offre à peine plus de vingt cinq minutes de musique et à quel prix, bon la pochette avec la Bardot est alléchante. La trop courte collaboration entre De Roubaix et Melville avec « Le Samouraï » a le droit à son pressage microsillon ainsi que la musique magnifique de Demarsan pour « Le Cercle Rouge », un film aussi réalisé par Melville. Pour la nième fois « L’Ascenseur pour l’Echafaud » a le droit à sa réédition, et pour faire plus vintage, on la sort en 25 cm. Business is Business.

Une autre réédition, en cd cette fois, chez Decca ; ce sont les tubes de John Williams pour ses 60 ans de carrière. « A Life in Music »  propose les thèmes les plus célèbres de « Superman » à « Harry Potter » en passant par « E.T », « Jaws », « Star Wars », « Les Aventuriers de l’Arche Perdue »… et une version pour violoncelle de « La Liste de Schindler ». Business is Business.

En vrac quelques rééditions ; certaines en cd ou en vinyles, « Les Enfants de la Pluie » le film d’animation avec la musique de Didier Lockwood le violoniste de jazz qui vient de disparaître cette année, « No Way Out » magnifique musique de Maurice Jarre, un film d’espionnage sulfureux avec Gene Hackman étonnant, une compilation des musiques et chansons de films composés par Serge Gainsbourg avec le fameux Requiem pour un Con du film « Le Pacha »,  une musique de Bernard Herrmann pour « Le Jour où la Terre s’Arrêta » avec son fameux robot !, la musique de Jerry Fielding, le compositeur de « La Horde Sauvage » pour le drame politique d’Otto Preminger « Tempête à Washington », six épisodes de la saga « Star Wars » remasterisées chez Disney, en 2cd la musique complète du « Guépard » composée en partie par Nino Rota….

Music Box qui fait un travail extraordinaire sur le patrimoine des musiques de film édite plutôt que réédite la musique de Nino Rota pour « Casanova di Federico Fellini » (MBR 137). C’est un double cd avec des morceaux inédits et des prises réalisées au cours des enregistrements. Cette musique récompensée par un David di Donatello en 1977 est une des plus passionnantes de Rota avec des sonorités étonnantes d’harmonica de verre, d’orgues, de harpe, de célesta, des orchestrations complexes et dissonantes, de la grande musique d’un grand compositeur. « L’intermezzo della mantide religiosa » chanté par Daniel Emilfork ou « La poupée automate » sont des morceaux inoubliables.

Chez le même éditeur et pour la première fois dans une version augmentée, est offert la bande originale du film de George A. Romero « Incidents de parcours » (Monkey Shines: An Experiment in Fear) – MBR-135 – composée et dirigée par David Shire (« Les Hommes du Président », «  Conversation Secrète », « Zodiac »). David Shire a composé une partition audacieuse pour accompagner le climat tendu de ce thriller fantastique. La partition est composée de mélodies dont un très beau thème mélancolique à la flûte, des motifs de tension aux percussions tribales pour illustrer le comportement psychotique et incontrôlable du primate et des morceaux d’action et de suspense à l’ambiance anxiogène. Un cd qu’on ne peut pas éviter.

MusicBox propose aussi dans sa recherche de partitions oubliées celles écrites par Claude Bolling pour deux films réalisés par Jacques Deray, produits et interprétés par Alain Delon : « Doucement les Basses » (1971) et « Flic Story » (1975) – MBR 132 – Deux musiques totalement opposées, l’une pour une comédie avec de longues plages d’orgue tantôt fougueuses, tantôt joyeuses. Cantate et toccata pour lande bretonne et mer agitée. L’autre une reconstitution de l’histoire de l’inspecteur Borniche traquant le truand Émile Buisson qui défraya la chronique au début des années 1950. L’accordéon est bien sûr présent pour situer le Paris d’après guerre avec un fort parfum de nostalgie. On le trouve aussi en version musette au moment du premier meurtre à l’écran de Buisson. Delon interprète un flic opiniâtre, face à Trintignant en surprenant Buisson à la dureté implacable. Le thème musical de Bolling s’impose pour compléter l’atmosphère et révéler l’humanité du personnage de Delon.

« A Fantastic Woman » est film dramatique chilien écrit et réalisé par Sebastien Lelio qui remporta l’Ours d’Argent du meilleur scénario, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et bien sûr le Teddy Award. L’histoire est celle de Marina, une jeune serveuse transgenre qui aspire à devenir chanteuse et développe une relation amoureuse avec Orlando, le propriétaire d’une imprimerie de 20 ans plus âgé qu’elle. Tous deux planifient leur avenir ensemble, mais Orlando meurt soudainement. Marina se voit contrainte d’affronter la famille d’Orlando et de se battre afin de prouver qu’elle est une femme forte, honnête et fantastique. La musique de Matthew Herbert (Milan 399 936-2.) est voulue trans-genre ; elle est mystérieuse, hypnotique, romantique, répétitive, abstraite, va dans toutes les directions, comme le film lui-même. Ce n’est pas un hasard, c’est une volonté artistique. Matthew Herbert est plus connu comme musicien contemporain qui manipule toutes sortes de matériaux pour créer des ambiances musicales plutôt que comme compositeur de cinéma pur jus. On lui doit la musique d’une comédie détonante « Human Traffic » de Justin Kerrigan complétement déjantée. « A Fantastic Woman » est un bel album d’une belle musique, d’un beau film ! On entend Daniela Vega, l’actrice transgenre du film, qui chante deux morceaux sur le cd.

« Phantom Thread »  est un film parfait, de la haute couture ! La musique devait être à la hauteur du sujet. C’est Jonny Greewood qui l’a composée et elle convient parfaitement au propos. Ce guitariste phénoménal de Radiohead est un véritable touche à tout de génie. Il joue en plus de la guitare, de l’orgue, du synthétiseur, du piano, des ondes Martenot, du xylophone, de l’harmonica, des percussions et compose les arrangements orchestraux. C’est sa cinquième collaboration avec Paul Thomas Anderson. Sa musique est ciselée comme une robe de couturier qu’interprète à la perfection Daniel Day-Lewis. Nonesuch – 7559-79333-9- a édité cette musique qui perd quelque peu sa puissance sans les images sublimes du film. C’est une musique de facture très classique dans ses arrangements avec beaucoup de piano ; elle restitue une musique easy listening de la variété des années cinquante ; Le thème du film « Phantom Thread » ressemble à un thème de Purcell ; il est arrangé de différentes façons, on peut l’entendre comme une chacone à la manière du 18ème ou bien comme une musique du 19ème très romantique. Voilà un cd très agréable à écouter mais qui n’est pas d’une grande originalité sans les images. Il faut l’écouter avec le film, vaste débat….

Bruno Coulais s’est beaucoup intéressé à l’animation. Il a composé comme à son habitude avec grand talent la musique de ce nouveau Croc Blanc « White –Fang », une adaptation par Alexandre Espigares du fameux livre de Jack London. Quartet Record – QR-320 – permet d’apprécier travail de ce compositeur. Pour chaque caractère il a composé un leitmotiv et ses mélodies sont toujours aussi belles à écouter. Le Irish Folk Group Kila et l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg dirigé par Gast Waltzing (qui a participé à la composition de certains morceaux) participent à cette aventure musicale. La musique pour l’animation a un rôle essentiel et encore une fois Bruno Coulais a réussi cet exploit de se renouveler dans l’écriture. L’album propose aussi la chanson « You Will Find a Home » composée et interprétée par Bonnie « Prince’ Billy. Un album à se procurer.

C’est le tandem Cave-Ellis qu’a pris Denis Gamze Ergüven pour composer la musique de son deuxième long métrage « Kings » – Milan 398 0004-2 -. Pour le précédent seul Warren Ellis était présent. Il avait eu le César pour « Mustang » ; les musiques de ses concurrents étaient, comme souvent aux Césars, beaucoup plus intéressantes que ce qu’il avait composée. Ici Cave-Ellis font le boulot, se sont des professionnels. On ne peut pas dire qu’ils ont cherché à se renouveler. Avec de jolis thèmes au piano et des nappes électroniques, musiques nostalgiques, ils racontent en musique ce qu’on voit à l’écran et rien d’autre. A l’écoute du cd on s’ennuie gentiment. Un cd pas indispensable sauf pour les accrocs à Cave évidemment.

Basée sur la bande dessinée de Thierry Robin et Fabien Nury cette comédie politique « The Death of Stalin » se passe juste après la mort de Staline (le 5 mars 1953) et où chacun tente de prendre le pouvoir et d’assurer sa survie au sein même de l’équipe ministérielle du dictateur défunt. Le film a eu quelques problèmes avec l’état Russe, on peut le comprendre ! Christopher Willis, le compositeur, est un musicologue spécialisé dans la musique du 18ème et qui s’y connaît en musique classique. Ici il a écrit à la manière de avec beaucoup de talent. Sa musique très symphonique a des accents très tchaïkovskiens et de la musique soviétique des années 50. Il va même s’amuser à écrire une superbe fugue drolatique – « Back From The Gulags » – . Voilà une BO qui a une verve, une vigueur primesautière dans les arrangements qui apportent un contrepoint magnifique aux propos graves du scénario. Christopher Willis propose avec ce cd- MVKA-190296958694 – de la bonne et belle musique de film qui est en parfaite harmonie avec le sujet du film. Que demander de plus.

« Le Collier Rouge » est l’adaptation du livre de J.C. Rufin et le réalisateur Jean Becker offre un beau face à face, très convenu, entre Cluzet et Duvauchelle. Johan Hoogewijs est un compositeur flamand connu pour son travail à la télévision. Il sait écrire de la musique, il s’est bien l’orchestrer, très classiquement mais qui va dans le sens de la dramaturgie un peu scolaire et illustrative du film. Milan 398 003-2 propose cette BO agréable à écouter même si l’on n’a pas vu le film.

« God of War » Sony 19075834412 est la musique de Bear McCreary écrite pour un jeu vidéo (une série) mondialement connue. Le compositeur à partir de seulement trois notes a fait un thème arrangé de plusieurs manières au cours de la série et qui est devenu un tube. Ecrire pour des jeux vidéo n’est pas une mince affaire, il y a de la répétitivité, des scènes de combats, des scènes de « voyages » ; la notion du temps est totalement différente avec celle d’un long métrage. Pour le cd McCreary a resserré certains morceaux, revu les arrangements, il a fait un véritable travail de réécriture. Musique sombre, symphonique un peu à la Carl Orff avec beaucoup de voix « cathédrales ». Bear McCreary a été l’élève d’Elmer Bernstein et a composé la bande originale de plus de 30 films. Il a travaillé sur de nombreuses séries, sur « Battlestar Galactica » qui a été un énorme succès. On lui doit la musique de « Outlander » avec la belle chanson du générique, Skye Boat Song, interprétée par son épouse Raya Yarbrough. Pour les fanas du jeu, cette BO est indispensable, pour les autres ils découvriront un compositeur à multiples facettes qui a vraiment du talent.

« The Guernsey Literary & Potato Peel Pie Society », avec cette chronique romantique, dramatique, comme savent les écrire et les filmer les anglo-saxons, Alexandra Harwood, la compositrice surtout connu pour ses musiques de courts-métrages, de documentaires et de musiques à programme s’est lâchée. Sa musique nous emporte dans cette histoire où la dernière guerre est prétexte à de belles et terribles histoires d’amour impossibles et invraisemblables. Les grands mélos ont besoin de grand compositeur et Mike Newell, le réalisateur, (« 4 mariages et un enterrement », « Donnie Brasco », « Prince of Persia » … ), a eu la belle idée de prendre cette femme pour écrire la partition de son film. Avec la BO en cd on se souviendra des scènes tragiques du film, mais même sans les images, la musique seule peut exciter notre imaginaire. Un disque Decca.

« Marie Madeleine » de Garth Davis est un portrait « authentique » et humaniste de l’un des personnages religieux les plus énigmatiques et incompris de l’histoire. Ce biopic biblique raconte l’histoire de Marie, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem. Milan -3299039801123 – édite la musique du film composée par Hildur Gudnadottir et Johann Johannsson. Johannsson est décédé en février, artiste et compositeur islandais il s’est fait connaître au cinéma avec les films de Villeneuve ; ce film est le dernier sur lequel il a travaillé. Hildur Gudnadottir est une violoncelliste islandaise de formation classique qui a participé à plusieurs groupes. Elle a composé quelques musiques pour le cinéma et a composé la musique de Stefno Sollima. Leur composition est comme d’habitude un mélange d’électroniques et d’instruments classiques. Le climat de leur composition est assez étrange et apporte un autre mystère à cette histoire énigmatique. L’écoute du cd est assez planante, et possède quelque chose de métaphysique. A écouter.

« Deadpool 2» de David Leitch est un film de super héros qui fait suite à celui réalisé par Tim Miller ; la musique est de son binôme Tyler Bates, compositeur favori aussi de Zack Znyder (« 300 », « Watchmen », « Sucker Punch »…). Bon, sur toutes les ondes on a entendu « Ashes » interprété par Céline Dion. Des chansons il y en a un plein sur le cd édité chez Columbia Records! SONY a édité lui la musique du compositeur –190758589220 – A la surenchère de scènes hilarantes se juxtapose la musique rythmée de Bates. Résultat on se trouve face à un cocktail explosif. On adore.

Si vous vous n’êtes pas taper tous les films de Marvel, vous ne comprendrez rien à « Avenger Infinity War » ! Pendant presque trois heures on a le droit de voir tous les héros qui veulent empêcher le pas si méchant que cela Thanos à récupérer les six pierres afin de devenir le maître de l’univers et y faire le ménage…Le film est surprenant et Alan Silvestri ( « Forrest Gump », « Back To The Futur », « Abyss », …) qui a composé pour la série des Avengers, offre ici un florilège de son talent avec des thèmes spécifiques à chaque héros et des musiques, dans tous les sens du terme, spectaculaires ! On est dans une œuvre hollywoodienne et on ne lésine pas sur les moyens. Hollywood Records HWR-050087386436 propose la musique de ce grand compositeur pour notre plus grand plaisir. On part avec lui dans l’aventure des Avengers et on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Cannes Soundtrack Award 2018

Roma Zver et German Osipov, membres du fameux groupe russe Zveri, sont à l’affiche de «  Leto » de Kirill Serebrennikov en tant qu’acteurs et que producteurs de la musique du film. En acceptant le rôle de Mike Naumenko, rock star russe des années 80, il entraîne avec lui les membres de son groupe qui sont à l’origine des prestations musicales du film. German Osipov, musicien de formation, rejoint Roma Zver et le groupe Zveri en 2016 en tant que guitariste et se lance aussi dans l’aventure de « Leto ». Ce film qui était dans la sélection à Cannes méritait sinon la Palme d’Or, au moins le prix de la mise en scène, du scénario et du jury réunis ! Cannes Soundtrack Award organisme qui existe indépendamment du festival depuis huit ans a récompensé la musique de ce film et c’est tant mieux. Peut-être que monsieur Frémaux comprendra que la musique de film n’est pas à mettre dans le crédit technicien comme il semble le sous-entendre mais au même niveau qu’un scénario ou qu’un acteur.

Au mois prochain…

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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