Peu de musique en boîte, peu de découverte, mais quelques bonnes surprises.
Chez Milan Records, Marco Beltrami (« 3:10 to Yuma », « Démineur ») qui s’était perdu dans des musiques « alimentaires » offre avec « A Quiet Place » (Milan 731383696121) une démonstration de son talent. Le film est réalisé et interprété par John Krasinski (« The Office », « 13 Hours », « Detroit »). Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard! La bande sonore, et donc la musique, joue un rôle essentiel dans le déroulement de l’histoire. C’est un film « silencieux » de par le comportement de la famille où chaque bruit est synonyme de mort. La musique « terrifiante » de Beltrami s’ajoute aux angoisses que vit quotidiennement ce foyer. Loin de surjouer ce que l’on voit à l’image, elle apporte dans un univers somme toute banal, la terreur qui l’entoure. L’écoute du CD rappelle bien sûr certaines scènes, mais si on n’a pas vu le film, elle porte une bonne dose d’émotions et fonctionne très bien seule. Beltrami a encore de belles idées malgré les mauvaises BO qu’il a écrites. On peut regretter que la magnifique chanson de Neil Young, (Harvest Moon), n’est pu être éditée, question de droit hélas; elle accompagne une jolie scène entre Emily Blunt et John Krasinski ce couple à la ville comme à l’écran dans ce film terrifiquement jouissif.

À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. C’est le synopsis de « Under The Silver Lake », mais le film par les situations, la mise en scène est plus qu’étrange, plus que déjanté, que cette histoire classique. David Robert Mitchell n’est pas un réalisateur comme les autres; il avait réalisé il y a quatre ans un film d’angoisse « It Follows » où déjà on sentait une patte originale (il a le sens des travelings stupéfiant). Pour la musique Disasterpeace (alias Rich Vreeland) avait concocté une musique très inédite, électronique que Milan avait éditée (Milan 399 688 -2). Ici David Robert Mitchell lui a demandé, comme un hommage au cinéma Hollywoodien, de composer une musique orchestrale dans la veine de Bernard Herrmann. Le problème était que ce musicien n’avait jamais travaillé avec un orchestre symphonique! Vu le nombre de citations cinématographiques qu’il y a dans le film, le désir du réalisateur paraissait normal. Déconstruire à partir d’influences de musiques du cinéma classique, tel a été le pari qu’a mené Rich Vreeland et le résultat est surprenant. Ce n’est pas de l’imitation, c’est vraiment une musique originale et elle s’écoute avec beaucoup de plaisir sur les deux cd (Milan 398 034-2). On y trouve également quelques titres de R.E.M. (What’s the Frequency, Kenneth ? et Strange Currencies) ou The Association (Never My Love)

À l’occasion de la sortie prochaine du nouveau film de Paolo Sorrentino Milan propose un double album CD et Vinyle, (Milan 398 019-2) une sorte de petite anthologie de ses musiques de film. Le cinéma du réalisateur italien Paolo Sorrentino ne laisse jamais indifférent. Dès son deuxième film, » Les Conséquences de l’amour », il est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes ! Depuis, ses films « This Must Be the Place  » « La Grande Bellezza » (Oscar du meilleur film étranger en 2014) ou encore « Youth » (à nouveau en compétition au Festival de Cannes) (Milan 399 773-2) ont fait l’unanimité. Paolo Sorrentino est également le créateur de la singulière série télévisée « The Young Pope » (Warner Music 0190295822965). Il est évident que le cinéma de Sorrentino doit beaucoup à la musique qu’on y entend (les scènes de fête ou de concert sont dans tous ses films). Ce double album rend hommage à cette musique, entre pop, rock, électro, musique classique ou contemporaine ! On trouvera dans cette compilation des titres de Air, Cassius, Laurent Garnier, Beth Orton, David Byrne, Bob Sinclar, ou encore Mark Kozelek…

À l’occasion de la ressortie du chef-d’œuvre « Hana Bi » en DVD, Milan édite la Bo intégrale de la quatrième collaboration de Takeshi Kitano avec Joe Hisaishi (Milan 399 994-2). Ce compositeur sensible, avec ses musiques célèbres et poétiques pour Hayao Miyazaki, offre ici une musique mélancolique pour ce drame intime où le policier Nishi cherche un sens à sa vie. « A Scene at the Sea », « Sonatine » ou encore « Kikujiro » de Takeshi Kitano sont aussi édités chez Milan Records.

Habitué des blockbusters à grand spectacle, Steve Jablonsky fait une nouvelle fois une partition sans grande originalité, interchangeable, pleine de bruits et de fureurs germaniques comme savent le faire les musiciens qui bossent chez Zimmer depuis tant d’années. De la musique aux mètres. Quelles différences avec les BO des « Transformers » avec celle de « Skyscraper » gonflée elle aussi aux testostérones comme son héros Dwayne « The Rock » Johnson. Une BO pour ceux qui aiment les nanars en 3D. (Milan 398 048-2).

Music Box Records continue ses recherches de BO introuvables ! Pour la première fois un coffret de 3 CD avec cinq bandes originales de films français composées entre 1973 et 1983 : « L’Affaire Dominici » (un film de Claude Bernard-Aubert) composée par Alain Goraguer, « Pile ou Face » (un film de Robert Enrico) composée par Lino Léonardi, « Antoine et Sébastien » (un film de Jean-Marie Périer) composée par Jacques Dutronc et François Rauber, « L’Intrépide » (un film de Jean Girault) composée par Raymond Lefèvre et Le Battant (un film d’Alain Delon) composée par Christian Dorisse, sous la supervision de Michel Colombier. Avec ces « B.O. Introuvables », Music Box Records met à l’honneur des compositeurs des années 70 et 80 qui ont travaillé pour des réalisateurs/auteurs mythiques (Robert Enrico, Michel Audiard, Jean-Marie Périer…) et des comédiens iconiques (Alain Delon, Jean Gabin, Gérard Depardieu, Michel Serrault…). Entre les rythmes disco/jazz/rock et les mélodies mélancoliques si typiques du cinéma français de cette époque, ce coffret ravira tous les amateurs éclairés de musique de film. Un coffret passionnant (MBR-B1), on attend le prochain…

Laurent Heynemann tourne en ce moment son prochain long métrage sur Léon Blum, Music Box Records propose l’intégralité de la collaboration du compositeur Philippe Sarde avec ce réalisateur. 6 films et une décennie ont scellé cette collaboration : « Il faut tuer Birgitt Haas » (1981), « Stella » (1983), « Le Dernier Civil » (1985), « Les mois d’avril sont meurtriers » (1987), « Faux et Usage de faux » (1990) et « La Vieille qui marchait dans la mer » (1991). Sarde faisait tous les films à cette époque et avait des arrangeurs de grande qualité; c’est ce que l’on entend à travers ses compositions. Variétés de mélodies, arrangements jazzy, une compilation à découvrir pour nostalgique d’un certain cinéma. (MBR 127)

Ce n’est qu’en téléchargement que BOriginal propose ses nouveautés. La musique du film de Vanessa Filho « GUEULE D’ANGE » a été composée par Audrey Ismaël et Olivier Coursier.  » Je connais Audrey et Olivier depuis des années, Audrey, est mon binôme musical au sein du groupe Smoking Smoking, Olivier, est co-membre du groupe A.a.R.O.N, pour lequel j’ai réalisé les premiers visuels et plusieurs clips, avec qui nous avons autrefois tourné, sur scène, et avec qui j’ai fait de la musique également, il y a longtemps déjà. Je savais leur sensibilité musicale respective, et je trouvais merveilleux que ce duo insolite se forme, pour la première fois, au travers de la bande originale. Ils ont tout de suite ressenti la direction qui imposait de conjuguer l’intime et le lyrisme. C’est une musique essentiellement interprétée au piano et au violoncelle, composée entièrement à l’image. Je voulais qu’elle s’affranchisse de la temporalité et contraste aussi avec le côté très contemporain du film. La musique qu’ils ont créée enveloppe ou réfléchit de façon directe le mouvement intérieur des personnages, sans jamais le devancer, ni l’expliciter. Il y a de la poésie et beaucoup d’émotions dans toutes leurs compositions. L’approche sonore est singulière aussi, empreinte de chaleur et de mélancolie ». C’est ainsi que s’exprime la réalisatrice; pourquoi pas, la note d’intention est très claire, après l’intérêt de sortir un CD de cette petite musique de chambre reste à prouver; il faut une volonté indéniable pour aller la télécharger…voilà une musique livrée à elle même !

La musique de la série « Calls », réalisée par Timothée Hochet, est composée par Norman Cooper. Formé à l’Ecole Internationale de Création Audiovisuelle et de Réalisation, il a écrit quelques musiques comme celle de la série « Le Dernier Monde » de Tail de Troy, « Tout Là Haut » de Maxime Grandjean, « Repeat » de Timothée Hochet, « Thug Life » saison 3 de Valentin Jean et Jenny Letellier …Cette BO est dramatique, parfois violente, parfois simple, et souvent belle. Electronique, instrumentale, elle accompagne les destins tragiques de chaque personnage et tente de traduire émotionnellement la mort que la série parcours de différentes manières. Chaque morceau est radicalement différent et se laisse écouter avec un certains plaisir. Un compositeur à suivre et qu’on aimerait entendre dans des œuvres plus consistantes.
Walt Disney Records a édité « Les Indestructibles II » musique de Michael Giacchino (DISNEY-050087388959). Ce qui se passe à l’image est toujours soutenu par une musique inventive, jazzy, décalée, avec des réminiscences de certains compositeurs (on pense à Lalo Schifrin en autres). Il aura fallu attendre 14 ans pour avoir ce délire image / sons / musiques ! Un total vrai plaisir ! Michael Giacchino est devenu un incredible compositeur !

Chez Sony « Ocean’s 8  » (SONY-19075871472) musique de Daniel Pemberton. Pemberton ce sont les derniers films de Ritchie (« Le Roi Arthur », « U.N.C.L.E »), Ici on est dans la même veine que UNCLE, le côté « vintage », avec les guitares électriques les synthés, orgue électrique, old school, une musique totalement d’hier comme celles écrites par David Holmes dans la série des Ocean. Beaucoup d’humour dans les arrangements de Pemberton, (Fugue in D minor, Four Old Ladies par exemple) Une musique pas sérieuse mais très pro pour un film qui ne se prend pas au sérieux non plus. Un cd qui donne la pêche.

Qu’est ce qu’on attend de fêter Paul Misraki !
2018 c’est l’année Paul Misraki ! Soit on fête les cent dix ans de sa naissance soit les vingt ans de sa mort ! Misraki ce sont les compositions pour l’orchestre de Ray Ventura (Tout va très bien madame la marquise, Qu’est ce qu’on attend pour être heureux…) Edith Piaf, Georges Brassens, Henri Salvador, Yves Montand, Nicoletta, Jean Sablon l’ont chanté, « Il est la mélodie française par excellence. » C’est en ces termes qu’Henri Salvador évoquait son ami Paul Misraki, Il est aussi l’un des compositeurs français de musique de films les plus prolifiques, il a composé pour plus de 180 longs-métrages. Dès les années 1930 il composait, pour Renoir, Christian Jacques, Yves Allégret, Jacques Becker, Jean Delannoy, en 1956 il écrit la BO pour Vadim de « Et Dieu …Créa la Femme », c’est un succès foudroyant avec le fameux Mambo où la BB nationale se déchaîne! Compositeur marqué par le « cinéma de papa », il va être quand même employé par les réalisateurs de la nouvelle vague ! Chabrol puis Godard vont l’utiliser avant qu’ils découvrent Jansen, Delerue, Duhamel…Auvidis avait sorti un cd avec des musiques de l’orchestre de Ray Ventura des films de Jean Boyer et d’Henri Decoin (Travelling K 1503) et Pomme Music quelques CD avec des BO des films de Delannoy, d’Allégret, du film de Vadim « Et Dieu …Créa la Femme », « Le Doulos » de Melville et « Alphaville » de Godard….( 952 392-952 392 – 952 402) Des musiques passionnantes, inventives, par cet éternel collégiens.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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