Un roman de Maria Pourchet. Collection Blanche, Les Editions Gallimard, 240 pages.

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Avec son troisième roman Maria Pourchet continue à nous plonger dans ce domaine tragi-comique qu’elle apprécie tant. Cette jeune écrivaine, publiée chez Gallimard dans la collection Blanche, est très prometteuse. Grâce à ses études de sociologue, elle aborde astucieusement le sujet d’une enfance semée d’embûches tragiques et le mécanisme de défense du narrateur face à sa courte vie.

Le personnage principal, Fabien, quinze ans, ado lambda dans un lycée lambda, s’avère être au moment du récit, dans un centre de repos. Afin d’en sortir, il va devoir écrire dans des cahiers à l’intention de sa psychiatre.  Dès le début du premier cahier, on se prend d’amitié pour ce petit chenapan qui n’en fait qu’à sa tête, en utilisant un vocabulaire châtié, des comparaisons loufoques, avec un ton hautain. Son humour noir, plein de subtilités, cache son désarroi face à la vie, et c’est ce que nous allons découvrir au fur et mesure de la lecture.  C’est un roman qui tient en haleine ; dès les premières lignes on comprend le sens du titre ; Champion est un loup imaginaire, son alter ego, celui à qui Fabien fait souvent référence et dont il a vraiment envie de ressembler. Etrangement, on se prend aussi d’amitié pour cet ami fantasmé, il devient partie intégrante du roman. Il nous colle à la peau comme à celle de Fabien. N’avons nous pas tous eu un ami imaginaire à une époque de notre vie ? (Beaucoup plus jeune si je ne m’abuse).  On comprend au fur et à mesure des pages, comment l’adolescent est arrivé à ce centre de repos. Il a un problème avec sa mère mais on ne peut y mettre le doigt dessus. Est-elle folle ? Est-il parano ?  Maria Pourchet arrive avec une belle écriture à créer un univers fantastique et paradoxalement très  réaliste. La mémoire de Fabien est de plus en plus inventive avec des incessantes trouvailles de langage réjouissantes. Il a une liberté insensée pour un gamin de quinze ans et l’effet est d’autant plus marquant que la psychiatre reste muette et n’intervient pour ainsi dire jamais.

Il est difficile de se décrocher de ce livre, car on a envie de comprendre ce qui se passe dans la tête de cet ado et la vraie raison de ses fantaisies.  Maria Pourchet le rend fou, naïf, réfléchi, et finalement plus maitre de ses pensées, elles s’envolent devant lui. Fabien raconte le récit de sa vie de façon détachée, presque factuelle, mais en devient attachant. « Champion »  est un roman qui nous tient en éveil jusqu’à la dernière page. Le dénouement rocambolesque pourrait arriver à n’importe quel ado d’aujourd’hui, en quête de soi, perdu dans ses soucis familiaux. Les quelques pages blanches à la fin du livre donne envie d’écrire sa propre histoire de ce temps où nous avions, adolescent, cette même lassitude face à la vie.

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