Article réalisé et publié en collaboration avec nos potes de Still in Rock.

Charcoal Squids est un groupe originaire de Missoula dans le Montana qui vient tout juste de faire paraître son premier album self-titled. Certains d’entre vous l’ont suivi sur Facebook et dans la presse, l’interview sur le site de nos amis de Still in Rock avec Dream Machine a fait beaucoup parler le week-end dernier (lien), il fallait donc que je choisisse avec soin le groupe qui allait introduire la semaine.

Charcoal Squids était le candidat idéal, et ce pour plusieurs raisons. La première, il est très peu connu et je crois qu’il est utile de profiter d’un pic en termes de visites pour mettre un peu de lumière sur ceux qui n’en ont pas assez. La deuxième tient au fait que la musique de Charcoal Squids est à l’image de ce que j’encense souvent : des projets un peu weirdo mais inventifs qui n’hésitent pas à se détacher des sixties (encore et toujours) dans un genre slacker-garage qui fait souvent des étincelles. La troisième est liée à l’actualité très récente de cet album, a son name your price sur bandcamp ainsi qu’à ses nombreux hits qui feront dire aux fans de Ween qu’il y a du bon là-dedans.

Au premier regard, Charcoal Squids semble beaucoup en dire avec sa pochette qui laisse présager une véritable bataille sous-marine, homards contre écrevisses. Brace ! Brace ! et Post Animal pourraient facilement se joindre à la danse et une question se pose alors : faire figurer des crustacés en pochette d’album est-il le signe d’une musique d’excellence ?

En dépit d’être un spécialiste de la biologie marine, je relève que contrairement au groupe précité, la musique de Charcoal Squids semble être très loin de la surface de l’eau sur laquelle le soleil scintille parfois – sur les poissons morts. Non, l’expérience est plus semblable à une scène de claustrophobie dans les algues, dans le noir aussi. Les élans de bubblegum psyché sont rapidement adsorbés par un stoner qui cogne là où ça fait du bien, voilà qui est prometteur.

« 229 N. Home St. / Intro » est une introduction tout ce qu’il y a, en apparence, de plus… « introduction d’album psyché ». Elle n’est certes pas super fidèle au reste de l’album, parce qu’un peu trop dramatique, mais on se laisse bercer par la Grondeur générale.

Vient ensuite « Brainibus Luna », un deuxième morceau plus pop. Charcoal Squids introduit ses premières boucles de garage, il y a du Post Animal ! Et « Peppermint Spiders » d’aller un cran plus loin. Son aspect mécanique vient s’interposer avec la production très néo-psychée de cet LP. Charcoal Squids est encore meilleur parce que le morceau a tendance a tiré sur du noisy, ce que les groupes psychés ne font que trop peu à mon sens. Et puis, sa structure est moins attendue, l’interlude qui vient scinder le titre en deux est très bien fait, bref, Charcoal Squids frappe un premier coup.

« Ant Creeper », le dernier morceau de la phase A, joue le mystère d’entrée de jeu. La batterie rappelle le dernier titre de Hoorsees (ouais, la gloire) avant que Charcoal Squids fasse ce que l’on attend souvent d’un bon album psyché : l’escalade.

« Blue Slime Goo » est fun, efficace, cogneur, lourd et coloré à la fois. Charcoal Squids prouve ici que l’on pourra compter sur lui dans les mois à venir, délivrer un morceau de ce calibre est chose rare. Sa production très garage rajoute à la sécheresse du son de la batterie qui contraste elle-même avec le son très nébuleux de la guitare. Après la guerre des boutons, voici les guerres de homards à coup de pinces psychédéliques.

« Tiger Tooth » est le morceau qui passe le plus en force de tout l’album. Charcoal Squids montre qu’il sait comment délivrer des titres instrumentaux qui ne ressemblent pas à une copie de la scène surf qui aiment utiliser les mêmes ressorts, encore et encore. Et puis, Charcoal Squids se donne encore tout le temps nécessaire (6 minutes) pour aller chercher des boucles plus stoner encore. La voix est enregistrée à la façon de Black Sabbath et la seconde moitié a de quoi décoller la moumoute de papi. Accrochez bien vos ceintures de parachute pour la dernière minute, la chute sera libre.

C’est finalement « Bobs Java Jive / Outro » qui clôt la nage dans les bas-fonds de ce drôle d’océan. Les crustacés parlent entre eux avant que le grand méchant poulpe n’arrive, faisant partir Bobs, les sonorités pop de cet album et tout ce qu’il y avait de plus jovial. Ce dernier titre lui donne des allures de concept album, bien joué !

Au final, il est assez difficile de rattacher Charcoal Squids a un groupe pré-existant. Les sonorités qu’ils délivrent à la façon d’un freak show relèvent certes d’une démarche familière, mais on se complaît à écouter ce stoner psyché sous-marin comme on ferait une descente en plongée sous LSD. 2017 se souviendra de ce groupe, une grande révélation !

Il faut dire que le groupe est expérimental, noisy, psyché, stoner, garage, pop, lo, mid et hi-fi, bref, cet album self titled est une réelle expérience sonore que je souhaite à tous les lecteurs de Roads et Still in Rock. Que rajouter sinon qu’il ne manque qu’un gros label à Charcoal Squids pour devenir qui il doit être : le roi de la Marine psychédélique.

A propos de l'auteur

Créateur et rédacteur de www.stillinrock.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.