Un film de Jim Mickle avec Michael C. Hall. Sortie le 31 décembre 2014.

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Richard (Michael C. Hall) tue un cambrioleur. Lui et sa femme jettent le sang aux toilettes, épongent la tache sur le mur et couvrent d’un drap le canapé coloré à la cervelle humaine. Mais il en faudra plus pour effacer ce meurtre, même de légitime défense. Cold in july venant, dans sa première partie, suivre Richard, rattrapé par sa conscience et par le père de celui qu’il vient de tuer. Un personnage taciturne (Sam Shepard), sans cesse iconisé dans le plan, comme une menace invisible métaphorique confrontant sans cesse Richard à son acte. Prenant la forme d’un thriller assez classique, le film va explorer lentement ses personnages et les mensonges qui vont entourer cette affaire. Baigné dans des nuits bleutées, la photographie s’attache alors à ne faire ressortir que les visages pour opposer les nuances exprimées par le visage de Richard à l’absence de ces dernières sur celui du père. Un procédé qui prend sens et appuie la volonté du film qui consiste à opposer deux types d’hommes, deux masculinités.

Dans une pure tradition américaine, le film va, dans sa seconde partie, travailler ces personnages qui vont s’allier dans une quête meurtrière quitte à devenir aussi mauvais que ceux qu’ils poursuivent. Au centre, Richard, l’homme de famille sans histoire, qui disait que son « doigt a glissé » sur la gâchette, va s’embarquer dans une initiation violente avec deux anciens de la Corée pour en sortir changé. Dès le début du film montré comme un personnage au rapport au père complexe, sans cesse effrayé, lentement mis au fait de la protection toute relative que constitue les hommes de lois, Richard va devoir se faire tout seul pour défendre sa famille. Un arc narratif simple et pourtant difficile à mettre en place tant on sait glissants les thèmes de la virilité ou de la masculinité. Mais le réalisateur agrémente cet arc de plusieurs pistes qui viennent étayer son propos. Tenant au centre de son intrigue une relation filiale tragique, le film interroge l’idée d’hérédité du crime (comme a pu le faire avec plus d’ampleur le récent The place beyond the pines). « La pomme ne tombe pas loin de l’arbre » annonce l’un des policiers pour signifier cette idée que le film s’amusera à casser au travers du personnage de Richard, bien sous tout rapport mais qui, une fois qu’il aura goûté au sang, ne pourra plus faire marche arrière.

Sans cynisme, le réalisateur prend un plaisir fétichiste à iconiser ses trois personnages, revisitant les codes du film de siège à la Fort Alamo comme le choix des armes ou le jeu de piste sanglant entre les murs du fort. Ralentis jouissifs, cadrages poseurs, le réalisateur ne se refuse rien dans sa citation du cinéma libéré des années 70, Peckinpah en tête ainsi que Légitime violence de John Flynn (Rolling thunder). Comme « Des hommes sans loi » de John Hillcoat sorti il y a deux ans, le western est réinvesti dans un décor nouveau. Sans devenir proprement urbain, le réalisateur dépeint un Texas éloigné des couleurs sèches auxquelles nous étions habitués pour privilégier des couleurs chaudes, des néons et une musique aux synthés très ancrés dans les années 80 dans lesquelles l’histoire se déroule. Oubliées donc les plaines désertiques et la nature à perte de vue, ces films se font plus « modernes » et tendent à n’extraire du genre que l’identité archétypale de ses héros. Un cinéma « hardboiled », avec des « vrais mecs » que le réalisateur prend soin de travailler en profondeur, réactualisant cette idée très « western » d’un accomplissement de soi dans la violence.

Si les thèmes de la masculinité et de la virilité pourront énerver nombre de spectateurs, le réalisateur n’appuie jamais trop son propos. Il prend même plaisir à le désactiver en invoquant un humour absurde notamment durant cette séquence étonnante où Don Johnson se fait enfoncer dans le sol façon Tex Avery. On regrettera tout de même la maladresse de cette scission trop nette à l’intérieur du film qui, même si elle a du sens, contraste au ton général du métrage et à son homogénéité. Cold in july marque tout de même le retour en force d’un cinéma de genre clairement tourné vers les années 70 (avec Les brasiers de la colère sorti cette année), référentiel sans jamais devenir pédant, réactivant des éléments usités par un traitement neuf, sans jamais oublier de rester purement divertissant.

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