Un film de Göran Hugo Olsson inspiré par le texte « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon et lut par Lauryn Hill. Sortie le 26 novembre 2014.

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« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » –  Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961.

Au travers des textes de Fanon, « Concerning Violence » met en image des archives et plusieurs entretiens, retraçant ainsi l’histoire des peuples africains et de leurs luttes pour la liberté et l’indépendance. La modernité du parti pris esthétique de « Concerning Violence » offre au public une nouvelle analyse des mécanismes du colonialisme, permettant ainsi une autre lecture des origines des conflits actuels.

Où Allons Nous Camarades ?

Frantz Fanon est né en 1925 à Fort-de-France en Martinique. S’engageant dans les forces gaullistes et combattant en France, il fait l’expérience de la discrimination ethnique. Il fait des études de médecine et en 1952 il publie « Peau Noire, Masque Blanc » où il dénonce le racisme au travers d’une analyse du colonialisme et du rapport entre le Noir et le Blanc. Médecin chef en Algérie, il deviendra porte parole du mouvement pour la décolonisation du pays. Il s’engage dans la résistance et rejoindra le journal FLN. En 1960 il deviendra ambassadeur itinérant en Afrique noire pour le gouvernement algérien. Atteint d’une leucémie il disparaît en 1961 après avoir écrit « Les Damnés de la Terre » préfacé par Jean-Paul Sartre.

C’est en partant d’archives très abondantes de la télévision suédoise tournées par des cinéastes radicaux qui se sentaient concernés par les luttes anti-impérialistes et socialistes qui naissaient dans le monde, que Göran Hugo Olsson crée une nouvelle narration visuelle des guerres d’indépendance au Mozambique et en Angola. Il offre une nouvelle analyse des mécanismes du colonialisme comme l’une des origines des conflits qui éclatent dans le monde entier. Les textes de Fanon sont « slamés » par Lauryn Hyll l’ex-membre des Fugees qui avait déjà participé au précédent film du réalisateur sur « The Black Power Mixtape ».

La vision de ce film, assez aride, est une expérience saisissante, car les textes de Fanon écrits dans les années soixante sont très actuels en ces temps de mondialisation. Le film est une sorte d’essai, et voir ces images d’archives très troublantes trouve un écho à ce que nous vivons aujourd’hui. Le début du film fait penser à Apocalypse Now où l’on voit dans un hélicoptère des soldats portugais tirer sur des vaches. Ce sont des images très brutales qui ont une valeur métaphorique, l’essence même de la violence. Le talent du réalisateur, grâce au montage de ces archives, est qu’il arrive à soutenir notre attention pendant tout le temps du film où le discours tenu est assez dense. Il y a une réflexion aussi sur les régimes post-coloniaux, le régime de Mugabe par exemple. Le film est découpé en 9 chapitres avec une préface de la théoricienne et philosophe indienne Gayatri Chakravorty Spivak et une conclusion. De la décolonisation aux pillages des matières premières, en passant par l’apartheid, toutes les formes de violence de la société colonisée sont abordées.

Le travail de Göran Hugo Olsson est évidemment influencé par « La Société du Spectacle » de Guy Debord, et de Jean Luc Godard. Pourtant le film n’est pas totalement pessimiste. Pour le réalisateur il y aurait une lueur d’espoir mais ce n’est pas en Europe qu’elle brillerait. « Concerning Violence » est un film rare, intelligent, avec des documents exceptionnels et un superbe discours politico-poétique dit par une magnifique voix d’une femme engagée. Le film se termine par cette phrase répétée deux fois: «  Pour l’Europe, pour nous-mêmes et pour l’humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied une être humain neuf ». Un vœu pieux ?

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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