Un opéra de chambre en un prologue, deux parties et un épilogue sur un livret d’Alain Perroux d’après le film de Kenji Mizoguchi, mis en musique de Xavier Dayer. Mis en scène Vincent Huguet, scénographie Richard Peduzzi, direction musicale Jean-Philippe Wurtz. Le 18 et 19 mai dernier, à l’Opera Comique.

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Cet opéra a été crée le 20 mars à l’opéra de Rouen et a été donné pour deux soirées à l’Opéra Comique. Le 19 mai, le Japon était présent avec son excellence l’ambassadeur du Japon en France S.E. M. Yoichi SUZUKI.

Pourquoi nous dire que c’est d’après le film ? Il y a un livre au départ que personne ne peut lire peut être dans la langue mais qui est un classique de la littérature japonaise, écrit par Ueda Akinari (1734-1809) et qui est lisible en traduction ; C’est un recueil de neuf contes. Quel est l’intérêt de partir d’un film pour en faire un opéra ? Imaginons Welles partir de l’adaptation qu’a faite Verdi de Macbeth ou d’Othello, Verdi partir de l’Otello de Rossini ? Ils sont partis de l’original, de Shakespeare ? Où est Mizogushi dans cette Opéra ? Un effet marketing ? Pour la mise en scène, l’ombre de Chéreau plane ; normal c’est son assistant et son scénographe qui se sont mis à la tâche pour présenter cet opéra. On se retrouve plus de trente ans en arrière dès le premier lever de rideau. Pourquoi commencer par le visuel ? Et bien c’est que la musique elle aussi nous projette il y a trente ans.  Aucune originalité dans l’écriture, rien qui ne dérange formellement, c’est plat, c’est d’un ennui mortel. On l’écoute sans passion aucune, elle ne dégage aucune émotion, on se fiche du drame terrible qui se déroule ; Mizogushi nous transportait dans ce chef d’œuvre. Là on écoute d’une oreille distraite. Il paraît que c’est compliqué de chanter ce genre d’œuvre ; Strauss, Wagner, Verdi, Britten, Adès aussi non ? On remarque la belle voix de la mezzo Majdouline Zerari, la sensualité juvénile Luanda Siqueira dans le rôle de la Princesse Wakasa et de celle de Judith Fa. Les deux rôles masculins, Benjamin Mayenobe (Genjuro) et le ténor Carlos Natale (Tobe) sont correctement chantés. Quant à David Tricou, sa voix de haute-contre se joue, du défi des six rôles. On s’aperçoit que ce compositeur quand il a deux personnes à faire « chanter », on appelle cela un duo, a du mal à s’y prendre et termine par les faire parler ! Que dire du texte, il est d’une platitude achevée. On a dû partir des sous-titres pour faire les dialogues.

Pour cacher le peu de créativité de cet opéra on nous a abondamment enfumé dans la salle. Il y avait longtemps que cela ne nous était pas arrivé ; la machine à fumée des spectacles de Rock fonctionne mieux ou alors c’était pour nous embobiner réellement ! On a eu la scène érotique mais là ce n’était plus Mizogushi mais Oshima, l’empire des sens, hélas il nous restait encore l’ouïe ! Si Xavier Dayer avait voulu vraiment s’inspirer de Mizogushi il aurait dû écouter des œuvres du compositeur trop tôt disparu, à 41 ans, Fumio Hayasaka qui a écrit la plupart des musiques pour le réalisateur et celle très connue des Sept Mercenaires de Kurosawa ; mais ce sont des musiques pas assez abscondes pour un compositeur contemporain. Ce qui a été le plus agréable dans cette soirée c’était l’After offert par les champagnes Delamotte et son président Didier Depond ; les invités qui avaient applaudit poliment, parlaient plus, curieusement, du dernier spectacle fantastique à l’Opéra Comique : « Ciboulette », une musique magnifique de Reynaldo Hahn, un chef d’œuvre ! Voilà où nous conduit la musique contemporaine ! Le dernier mot sera du metteur en scène lui même en parlant de Genichi: « C’est de son silence que naissent peut-être les mots et la musique des Contes de la Lune Vague après la pluie ». Que les créateurs de cet opéra ne l’aient entendu.

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