Un livre au sujet de l’affaire Maurras revient sur le procès de l’écrivain nationaliste aujourd’hui très controversé.

maurrasune-438748-jpg_299070

Jean-Marc Fédida est avocat et s’est souvent trouvé sur des affaires financières et pénales (Clearstream, Carpentras, Les HLM et Schuller, le Canard Enchaîné…). Il a écrit plusieurs livres. Avec Le Procès Capone  il s’attaque à la néfaste loi sur la prohibition qui a permis un développement d’une délinquance dangereuse pour le lien social, Impasse de Grenelle , livre au sujet des accords de Grenelle et la menace de cette pensée unique, l’écologie, menace pour les libertés personnelles; avec son essai L’Horreur sécuritaire : les Trente Honteuses  il explique que nos libertés publiques et individuelles ont régressé depuis cette époque…On aura compris Jean-Marc Fédida est une personne éprise de liberté. Avec son nouveau livre, L’Affaire Maurras, il fait le récit du procès de l’écrivain, Charles Maurras, fondateur du journal L’Action Française. Son procès s’est ouvert le 24 janvier 1945 à Lyon, avant celui de Pétain, pour un des chefs d’accusassions les plus graves de la République renaissante : trahison et intelligence avec l’ennemi. A partir des quatre journées d’audience, il brosse un portrait de cet académicien, poète, essayiste, une des pensées les plus écoutées et entendues à l’époque qui a toujours prôné un nationalisme français dont aujourd’hui les échos sont contemporains de nos débats de société et des campagnes électorales. Au cours de ce procès, ce nationalisme maurrassien est apparu au grand jour : « une criminelle façon d’aimer la France ! ».

Jean-Marc Fédida en bon avocat qu’il est, décortique le procès en une dizaine de chapitres. Des extraits des audiences sont cités, sont analysés et sont replacés dans le contexte de l’époque. C’est un livre à tout point passionnant. Les « discours » de Charles Maurras sont ahurissants ; il oublie qu’il est dans un prétoire, et se place en tribun pour développer sa pensée comme dans un meeting. Un des chapitres les plus intéressants et bien sûr « L’antisémitisme comme ligne de défense ». Au lieu de répondre aux accusations qui lui sont reprochées, il va développer ses théories. Comme le dit Fédida, « c’est à un sourd qu’on demande de répondre en aveugle ». Maurras déteste les Nazis, les Allemands et si les juifs et les Allemands se sont « brouillés » il ne faut y voir que la marque complémentaire de la barbarie d’un peuple se vengeant de la vileté de l’autre. Cette violence est étrangère à la France civilisée par ses racines chrétiennes ! En France l’antisémitisme est un antisémitisme de civilisé !

A lire ce livre on se rend compte que le procès Maurras est le procès du malaise français, celui de la mauvaise conscience. C’est tout un pays qui s’est écroulé qui a perdu sa fierté de 1918, son identité. C’est toute la politique de collaboration qui est traduite en justice. Grâce à ce livre on se rappelle aussi de la lâcheté d’un intellectuel comme Claudel et ses retournements de veste permanents. L’avocat général résumera brillamment qui était Charles Maurras et le mal immense qu’il a fait à la France par son talent et son génie d’académicien. « Maurras était le plus grand génie de France et sa responsabilité était à la hauteur de son génie ! … Il a été partisan de la Milice, il a été complice par toutes ses campagnes d’exécutions d’otages, de communistes, de juifs, de tous ceux qui se revendiquaient du gaullisme… ». La Cour de Lyon ne lui a pas permis de mourir debout, ce qu’il aurait souhaiter, il n’a pas été fusillé, mais condamné à perpétuité ! Une sorte de déshonneur pour cet écrivain à la plume malade.

Ce livre se lit comme un vrai roman, même si ce qui est raconté est terrifiant. L’écriture est limpide, nerveuse, concise. L’Affaire Maurras est d’une construction idéale pour bien comprendre, à travers ce procès, l’attitude qu’a eue notre République pétainiste à cette époque et que la France dans sa très grande majorité a accepté.

Les juges n’ont pas suivi le Procureur général, ils ne l’ont pas condamné à mort comme c’était la norme à cette époque pour un collaborateur. La République a craché au visage de ce grand écrivain à la plume haineuse. Hélas aujourd’hui ces héritiers sont encore nombreux et ce qui est le plus détestable c’est que des hommes et des femmes qui ont des postes importants dans la machine d’Etat s’inspirent de cette pensée intolérable mais si bien écrite.

Ce livre est bien dans l’optique qu’a prise Suzanne Jamet dans cette intéressante collection Rue Férou.

**************************************

couvmaurrashd_0

« L’affaire Maurras », De Jean-Marc Fédida. Éditions L’Âge d’Homme. Collection Rue Férou, 231 pages.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.