CARRE SAINT-ANNE, Montpellier – Jusqu’au 6 novembre 2016.

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Dans cette nef  – église néogothique désacralisée en 1980 – dédiée à l’art contemporain hors des sentiers battus, une exposition est proposée, intitulée « DELUGE ». Le lieu est ouvert gratuitement, une belle initiative de Montpellier. Autour d’une installation de 54 cercueils en bois sont installées d’immenses toiles représentant les catastrophes, les épidémies, les massacres qui vouent l’homme à son malheur. L’artiste Barthélémy Toguo  a choisi de représenter ce mythe biblique, babylonien, grec, en le réactualisant, concernant l’anéantissement de l’humanité mais aussi avec une possible renaissance.

Barthélémy Toguo est né en 1967 au Cameroun et vit et travaille à Paris et à Bandjoun au Cameroun. Ces œuvres sont montrées dans le monde entier ; il emploie tous les modes d’expression pour porter un regard critique sur notre société. Pour le carré Saint-Anne il a réalisé 14 encres sur papier. Le déluge actuel est presque partout dans le monde nous dit Toguo, les ouragans, les tsunamis, le feu, les massacres, la guerre, l’exil, les naufrages, les frontières qui se ferment nous plongent dans des situations de plus en plus tragiques. Au centre de ce lieu peu commun, les cercueils sont les victimes de ces désastres ; sur les toiles sont peints des têtes, la bouche ouverte, qui hurlent leur douleur, du sang porteur de mort qui gicle des récipients ressemblant à des casques, des barbelés bloquent un enfant ( le petit Aylan ?) vers une hypothétique liberté, des femmes en burqa qui stigmatisent le manque de liberté de l’individu, en ombre chinoise des enfants lancent bien haut leur fusil mitrailleur, le déluge de feu ! … Toutes ces toiles, la plupart monochrome, suintent  l’effroi. « Comment pourrais-je ne pas être sensible aux nombreuses situations de détresse que notre monde rencontre aujourd’hui ! » s’interroge Toguo.  C’est une peinture simple, efficace, lisible dans sa symbolique et grâce à Gérard Milesi qui organise de nombreuses et gratuites visites guidées on peut mieux approfondir les messages que veut faire passer cet artiste.

De la voute de l’église, descendent des représentations végétales florissantes, telle la vigne de Noé, qui évoquent la renaissance de la vie après la dévastation ; les couleurs des pots sont les couleurs de l’Afrique, serait-ce-là le mont Ararat ? La vie est increvable nous rappelle Barthélémy Togo tant qu’il y aura des artistes et la culture pour nous inciter à une réflexion, à une prise de conscience.

Une exposition sur cet artiste est prévue en octobre 2016 au Centre Pompidou dans le cadre du Prix Marcel Duchamp. On peut aussi voir son travail à la Galerie Lelong à Paris.

www.barthelemytoguo.com

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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