Un film réalisé par Jude Ratnam. Sortie le 21 mars 2018.

L’histoire

Sri Lanka, 1983, Jude Ratnam a cinq ans. Il fuit à bord d’un train rouge les massacres perpétrés contre les Tamouls par une partie de la population cinghalaise, avec la complicité des autorités. 
Aujourd’hui, réalisateur, Jude parcourt à nouveau son pays du sud au nord. Face à lui défilent les traces de la violence de 26 ans d’une guerre qui a fait basculer le combat pour la liberté de la minorité tamoule dans un terrorisme autodestructeur. En convoquant les souvenirs enfouis de ses compatriotes ayant appartenu pour la plupart à des groupes militants, dont les Tigres Tamouls, il propose de surmonter la colère et ouvre la voie à une possible réconciliation.

L’avis

Même si ce conflit n’a pas eu l’impact international comme au Cambodge, au Burundi, ou même l’Irlande, ce film sensible, un peu foutraque, est un geste nécessaire pour comprendre comment les religions engendrent des massacres, des génocides. Ceylan était ce petit paradis où les touristes venaient en nombre dans les années 80 pour se reposer sur les plages, aller voir le Bouddha couché du IIème siècle avant J.C., le rocher de Sigirîya, Kandy et ses plantations de thé, ses temples dorés… Les problèmes ethniques étaient le cadet de leur soucis et pourtant Tamouls et Cinghalais se livraient une guerre sans merci depuis des lustres et le nord-est du pays était un territoire interdit. On faisait avec. C’était leurs problèmes. Les Tamouls n’étaient que des terroristes. Ces deux « ethnies » n’ont jamais su faire vraiment la paix, chacune ayant eu le pouvoir aux cours des siècles. Aujourd’hui le Sri Lanka, ancienne île de Ceylan, possède deux langues officielles reconnues par la constitution à parts égales : le Cinghalais et le Tamoul et cela après bien des pogroms. C’est de ce dernier en date, déclenché dans années 80 dont nous parle Jude Ratnam. Le réalisateur a construit son récit sans trop nous expliquer la problématique qui, pour un néophyte de la géopolitique de l’océan indien, est difficile à saisir au début du film.

Ce film est bâti au départ sur le désarroi d’une population, comme les juifs en Europe pendant la guerre, et qui petit à petit nous envahit. Avec la deuxième partie, mieux construite, plus dense, Jude Ratnam nous fait saisir, au milieu des ruines de l’enclave tamoule, la stupidité et de la religion et aussi des luttes intestines entre factions tamoules comme cela se passa pendant la résistance en France. Aujourd’hui, les touristes de ces lieux, sont des cinghalais qui ont soutenu cette sorte de « génocide » et qui sont émus face aux monuments aux morts de cinghalais qui sont venus combattre les Tamouls. Actuellement rien n’est totalement résolu et le feu couve dans cette île soi-disant paradisiaque même si le réalisateur prêche pour la paix. Ce film réalisé avec beaucoup d’émotion est d’utilité publique. Ce paradis pour touristes n’est en fait qu’un enfer.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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