C’est dramatique ce qu’il se passe avec tous ces pauvres gens qui meurent en tentant de rejoindre l’Europe. D’ailleurs, en tant que dirigeant d’une petite entreprise et citoyen français, j’aimerais payer plus d’impôts, ou une sorte de nouvel impôt temporaire qui permettrait de financer, le temps que tout cela se résorbe, des structures d’accueil et des plans d’aide pour tous ces migrants, histoire qu’ils se sentent les bienvenus en France. La dignité, c’est la seule chose qu’on devrait être fiers de pouvoir leur offrir. Et je n’ai pas un rond en ce moment. Mais c’est à l’État de régler ça, pas à des associations de qualité hétérogène.

Par contre, cette photo insupportable qui tourne sur les réseaux sociaux (celle qui montre le cadavre d’un enfant échoué sur une plage), c’est juste trop. Si l’on montre ça, qu’on diffuse les images des mecs de Daech qui décapitent des otages. L’horreur n’est pas un bien commun. Mais le pire, ce n’est pas ça, ce n’est pas l’image en elle-même; le pire, c’est vous. Ou eux (suivez mon regard). Oui, vous qui culpabilisez les autres (qui ne vous ont rien demandé) à coup de « vous n’avez pas honte » et d’autres hashtags #notinmyname, #jesuismigrant, ou je ne sais quelle autre connerie, sous des images insoutenables ou des photomontages foireux qui ne montrent rien d’autre que la mort, ou plutôt l’humanité dans ce qu’elle a de plus misérable.

Et le mieux du pire est encore ailleurs. Le fond de l’âme collective de nos sociétés occidentales, donc ce qui les caractérise puisque l’on parle ici de l’essence de l’être, c’est le manque de volonté de penser. Oui, on ne pense plus. Ou trop peu. Tous les jours, je vois passer sur mon mur Facebook des messages de prêt-à-penser qui prennent la forme de petites phrases nulles dignes d’un horoscope, le tout collé sur une image tout aussi stupide (et l’on peut s’estimer heureux lorsque ces dernières ne sont pas bourrées de fautes). On se contente ensuite de les repartager, pour montrer que l’on approuve le(s) message(s) qu’elles contiennent. Mais on ne crée pas, donc on n’existe pas. On est une lavette, un relai, une pompe à merde sans filtre. Et quand les gens se permettent un commentaire contradictoire, ou ne serait-ce que nuancé, on attaque, tête en avant, comme un con, et avec de grandes phrases toutes faites (évidemment) : « Faut respecter les autres », « Tous les goûts sont dans la nature et on ne les discute pas », « Reste toi-même »(la nullité qui dit à la nullité de ne surtout pas changer, c’est risible), « C’est à cause de gens comme toi que … (complétez le trou) », etc. Cela finit par des insultes; au lieu de discuter, d’apprendre, d’écouter, on s’affronte, par principe, par bêtise, par feignantise. Chacun reste campé sur ses positions et se contente de se nourrir en circuit fermé de petites phrases faciles et d’articles qui épousent ses propres affinités idéologiques.

J’avais déjà écrit : « Le sens moral (à deux balles) de l’époque leur colle au cul comme le catholicisme collait aux culs de leurs grands-parents. C’est la même chose, le même ennui, les mêmes dérives; ça donne l’unanimité populaire, la dictature des émotions acceptables et la persécution de celles qui le sont moins; on s’indigne et on condamne; l’Homme esclave de lui-même et des autres (comme lui). » Et je le pense toujours. Fuck y’all.

Dernier point : la notion trouble de responsabilité. Paraît-il que nous sommes responsables, de tout, de tous, et de rien, comme si l’on portait en nous le sens des responsabilités de manière innée, ambiguë automatique, noble. Mais responsables de quoi, ou pour quoi? Suis-je responsable de la mort de ces gens, moi, pauvre con coincé au fond d’un lit et sous morphine depuis une semaine? Mon voisin est-il responsable de la crise de l’agriculture? Et vous, êtes-vous responsables de tous les malheurs du monde? Non. Personne n’est responsable de rien. Tout le monde est responsable de soi-même. Si l’on souhaite préserver notre monde (à titre individuel), on se doit simplement d’agir en fonction de nos propres intérêts. Est-ce dans notre intérêt de manger des OGM? Probablement pas, sauf si le cancer est un objectif. Alors on boycotte. Est-ce dans notre intérêt d’ignorer le malheur des autres? Non plus. Car cela finira toujours par nous toucher, directement ou indirectement, comme le poids de la pauvreté qui impacte les riches, comme la pollution grandissante qui aboutira à notre propre destruction et dans un premier temps à notre propre inconfort, etc. La seule responsabilité qui pèse sur nous n’est pas partagée ni partageable; elle s’accorde simplement avec notre capacité à penser. Pour le bonheur, on verra plus tard. Et moi, tous ces cons responsables, tous ces gens qui pensent et s’indignent ensemble, tous ces passagers de l’appareil-traître, j’attends qu’ils meurent (rien d’autre à faire). D’ailleurs, on attend tous qu’ils meurent.

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