Collection Romans Erotiques Vol 2 – « Bondage » de Noboru Tanaka, « La Femme aux cheveux Rouges » de Tatsumi Kumashiro et « Fleur Secrète », « Une femme à Sacrifier » de Masaru Konuma.

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Naomi Tani :  «  Je ne comprends pas l’érotisme d’aujourd’hui. Avant, on jouait avec les rideaux et la dentelle alors qu’aujourd’hui les poils pubiens sont montrés sans aucun scrupule. À l’époque, je portais des dessous de Kimono en dentelle et un cache-sexe, qu’on prenait soin de ne pas faire apparaître. Et puis surtout, quand on me ligotait, l’expression de mon visage figurait amplement l’érotisme sans même avoir à tout dévoiler. »

C’est ainsi que s’exprime la star du « pinku eig » des années 70 dans l’interview qui est offerte en bonus avec « Une femme à Sacrifier » de Masaru Konuma. Naomi a des formes généreuses, un teint pâle qu’elle s’efforçait de garder, osait montrer ses seins et acceptait toutes sortes d’humiliations pour la joie des spectateurs des deux sexes Ces phantasmes japonais peuvent nous laisser insensible mais il faut reconnaître que l’art de l’érotisme et aussi dans leur cinéma est d’un esthétisme passionnant. Il y a eu de grands chefs-d’œuvres comme « Onibaba », de Kaneto Shindō, « La Femme de Sable » de Hiroshi Teshigahara. C’était des films moins « putes » que « l’Empire des Sens » d’Oshima qui a été fabriqué typiquement pour le public européen. Ce cinéma érotique tentait de concurrencer la télévision.

Dans les années 1970, elle faisait beaucoup de tort à l’industrie cinématographique. Nikkatsu, une de plus importantes sociétés de productions cinématographiques japonaises, né après guerre, se tourna alors vers la production de ce qu’elle nommait « roman porno » ou « pinku eig » (film rose). C’était des films érotiques soft avec violence, sadomasochisme et romantisme. De nombreux réalisateurs et acteurs quittèrent ce groupe mais certains restèrent. Une nouvelle génération talentueuse de réalisateurs émergea. Ce sera le cas des réalisateurs comme Kumashiro, Tanaka, Konuma, Sone… Plus de 1000 films érotiques furent produits ! Les quatre films que propose cinemalta dans ce deuxième coffret, sont des films magnifiques que tous les cinéphiles devraient voir. C’est une partie du cinéma mondial qu’on ne peut négliger et qui mérite que l’on s’y attarde. Bien sûr ils parlent de l’éternel combat entre l’homme et la femme ; il y a la soumission de cette dernière qui dans cette acceptation (bondage, pendaison, plongée dans l’eau glacée,…) a des orgasmes et devient comme dans toute relation SM la maîtresse des phantasmes de l’homme – éros et thanatos sont aussi toujours présents – Ces films ont une totale vision macho du couple et nos chiennes de garde ne les supporteront pas. Qu’importe, il y a un esthétisme, une réalisation, dignes des dessins des grands maîtres du XIXème siècle japonais. On n’est pas dans cet univers lamentable de stupidité des films roses que certaines sociétés françaises fabriquaient à la chaîne pour la télévision du dimanche soir ou même la série des Emmanuelle. Vint ensuite le X et ses gros plans, mais là on s’éloigne du sujet – voir les articles sur Roads de R. Enault sur média et pornographie – Ici dans ce cinéma, il y a une vraie volonté artistique, une vraie recherche de filmer l’érotisme, le corps de la femme dans toute sa splendeur et dans toutes les positions. Le gros plan n’est que sur le visage qui exprime la jouissance dans la douleur. « Bondage » de Tanaka avec la sublime Junko Miyashita est un film d’une incroyable beauté. Kumashiro avec « La Femme aux Cheveux Rouges » et la toujours envoûtante Junko Miyashita dit dans son interview que son cinéma ne parle que des rapports humains et non de biologie. Une belle formule. Voilà encore quatre films japonais, après le précédent volume, qui sont des petits bijoux de cinéma tout simplement.

Pour en savoir plus et où se les procurer : www.cinemalta.com

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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