FM Laeti n’est pas une station de radio, mais un duo pop dynamique composé de Laetita Bourgeois au chant et de François Marie à la composition. Leur deuxième album sort ce mois-ci et j’ai rencontré la moitié féminine du binôme pour l’occasion.
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crédit : Mélanie Elbaz

Rendez-vous donné au « Très honoré » restaurant chic (comprendre, très cher) à deux pas des Tuileries, Laetitia attend tout en sourires sur les sofas de l’étage.

Il s’agit d’une personnalité à la fibre artistique prononcée, qui ne tient pas en place : Laetitia a envie de s’exprimer, finit les questions qu’on lui pose et ne les entend pas lorsqu’elle se perd dans ses pensées à haute voix… C’est au départ assez déstabilisant, mais je parviens à m’adapter à la chanteuse trilingue et survoltée qui ponctue ses phrases par des anglicismes et des éclats de rires communicatifs.

En creusant un peu, la jeune femme a beaucoup à dire en dehors des sentiers battus et rebattus des communiqués de presse qu’elle semble toujours vouloir glisser inopinément – le rythme promotionnel semble assez soutenu au vu du groupe de cinq journalistes qui attend déjà derrière moi 10 minutes après le début de l’entretien.

Bref, un aspect promotion compensé par une authenticité qui rend tolérable ces petites phrases toutes faites, puisque Laetitia reste entière. Ses yeux s’allument lorsque l’on évoque les Antilles ou ses salles de concerts idéales et j’ai presque l’impression de revivre en direct la composition de ce deuxième album lorsque en parle. Ma raison en définitive, ne se perd pas dans ces huit lettres là ; FM Laeti n’a pas tout écouté à mes questions mais qu’importe, ses souvenirs emmêlés rendent ses confessions pleines de sincérité, surtout lorsque ses réponses s’éloignent de son discours  promotion déjà rodé.

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Quel est ton parcours artistique ?

Je suis née aux Antilles. J’ai vécu un peu en métropole, six ans en Guadeloupe et ensuite au Canada jusqu’à mes dix huit ans, avant d’entamer mes études près de Chicago.

Qu’as-tu étudié ?

L’ Art et le théâtre ; je me suis spécialisée en costume via mon option pour mon « double major » en histoire de l’art. J’ai marié les deux disciplines, c’était du sur-mesure dans cette université. Et puis finalement, je suis revenue en France car j’ai toujours été attirée par Paris ; j’avais des souvenirs olfactifs de petite fille de trois ans c’est assez marrant…

Oui ça je l’ai déjà lu pas mal de fois ces derniers temps … Mais pourquoi Paris alors que l’industrie du disque est à l’agonie ?

Je suis arrivée il y a déjà douze ans ! Je ne pensais pas du tout faire de la musique ; cette destination s’est imposée principalement pour la mode puisque je travaillais dans les costumes. Ce n’est qu’une fois sur place que l’envie de chanter m’a reprise et que j’ai recommencé dans des sessions jazz – une très bonne école. Que ce soit au sein de chorales ou dans mes représentations de danse, je ne travaillais ma voix que dans un univers de spectacle avant cette expérience.

Donc avant FM laeti, tu étais en solo ?

Voilà. Après le travail, je composais quelques morceaux très « new soul » avec des amis, et c’est en les présentant que j’ai rencontré François Marie dans le cadre de l’émission , « Tout foutre en l’air » pour Radio campus qui invitait des artistes en auto production. J’y allais comme ça car à l’époque, mon producteur était un peu véreux : il avait le titre mais finalement, c’est moi qui payais tout !

Ta rencontre t’a sauvée de l’arnaque…

On peut dire ça. J’aimais surtout beaucoup ce que je composais et cette rencontre a été déterminante pour m’investir sérieusement.

Que faisait François-Marie à ce moment ?

Il avait aussi un petit projet. Une fois l’émission terminée, nous avons interprété ensemble «  What a wonderful life » ainsi q’un morceau d’Amy Winehouse et ça a été un coup de cœur réciproque. Un an après, on enregistrait !

C’est là que tu as décidé d’en faire ton métier à part entière ?

Jusqu’en 2011, je continuais les contrats comme costumière même après l’enregistrement du 1er album. Le temps de trouver un distributeur et tout ce qui va autour, je voulais assurer mes arrières et la boite dans laquelle j’officiais s’apprêtait même à me signer en CDI ! Dès que j’ai eu ma première scène, je me suis lancée à fond.

Qu’est-ce que tu faisais comme costumière ?

Beaucoup de création même si sur certains films cela relevait plus du domaine du stylisme. Je travaillais également en showroom avec des maisons de mode assez réputées, Givenchy, Agnès B….

Ça ne te manque pas ? (Elle ignore ma question au début, perdue dans sa réflexion)

Là, je suis vraiment concentrée dans la musique. Mais j’aimerai bien faire une collaboration avec une marque.

En tant qu’invitée ?

Exactement. Je viens de signer une collection avec une nouvelle marque de lunettes qui souhaitait avoir une artiste pour les promouvoir. Je n’y connaissais rien ! Je commence à recevoir les premiers prototypes, n’ayant fait que du textile, c’était très intéressant de découvrir le monde des accessoires ….Faire une collaboration mode à nouveau, ça serait comme une jonction entre mes deux sphères de travail !

C’est un appel d’offre? Je transmets !

(Elle rit) Hello… JE VEUX UNE COLLECTION CAPSULE !

Revenons à ton groupe. Comment tu définis FM Laeti ?

C’est une chanteuse, un duo à la composition et finalement presque un trio grâce à notre éditeur et producteur Pierre Marie. C’est quelqu’un d’engagé sur le plan créatif, ce qui n’est pas le cas de tous malheureusement, pas du genre à arriver, prendre 50% sans s’investir et ciao !

Ça sent le vécu…

Mon ancien « producteur » était un cas foireux c’est vrai, mais le premier avec qui j’ai signé était le bon ; j’ai eu de la chance ! Du coup nous sommes trois mais il y a aussi le groupe que j’emmène avec moi. J’aime bien dire que je suis la figure de proue parce qu’on me voit sur la pochette, avec ma bande de pirates qui baroudent derrière !

Pourquoi chanter en anglais ?

J’ai vécu dans un environnement anglophone toute mon enfance en jonglant avec le français et le créole jusqu’à la fac, près de Chicago où ce n’était que la langue de Shakespeare. J’ai plus de facilité comme auteur dans cette langue et je trouve qu’elle se marie bien avec le créole. Ce n’est pas calculé mais c’est ce qui me vient naturellement, mais je pourrai très bien changer de bord en fonction des collaborations.

Avec qui aimerai-tu collaborer alors ?

J’ai tellement d’idées…Si je devais t’en citer trois comme ça, je dirais Franck Ocean, Devonté Hynes de Blood orange – un gars très talentueux qui déborde d’idées – et puis pour changer de registre pourquoi pas Keith Richards !

Comment vous répartissez vous le travail avec François-Marie ?

Il n’y a pas de règles spécifiques, on reste juste dans l’équilibre l’un envers l’autre pour la répartition des titres, des instrumentaux, etc. François-Marie écrit de superbes mélodies, c’est un excellent compositeur doué également pour les arrangements et moi je suis plus tournée vers l’écriture. Chaque chanson se fait assez spontanément, les paroles peuvent inspirer l’air et réciproquement. On s’entraide quand ça coince, donc certaines pistes sont vraiment écrites à deux mais généralement cela se fait en complémentarité.

C’est quoi cette histoire de contrat publicitaire avec Danone et qu’est ce que ça a changé dans ta carrière ?

Merci Danone ! J’ai payé mon loyer grâce à ces deux spots ! En fait, c’est plus ceux qui m’écoutaient qui sont venus me dire « mais je t’ai entendue à la télé » que l’inverse…. Qu’est ce qu’elle m’a fait marrer cette pub… En interne, ils l’ont nommée « le brushing » parce que la fille mange son yaourt très lentement, ses poils se hérissent et à la fin ses cheveux se dressent carrément sur sa tête sur ma musique (elle mime)… Ce genre de contrat aide énormément les artistes, surtout ceux en développement. «But can’t be only for the money ! »

A l’écoute de votre 2ème album, on trouve en vrac pop, rock, soul…Pas peur de s’éparpiller ?

En composant, on voulait quitter notre zone de confort. Sachant que les ballades sortaient facilement au fil de notre collaboration, on a beaucoup joué avec les sonorités clavier pour voir ce qu’on pouvait faire dans un autre genre. Et puis c’est parti très loin en se racontant des histoires : «  …. » parle d’une romance a la Ian Fleming où la fille enferme son cœur dans un paradis fiscal, c’est la course ! Il fallait quelque chose de plus rythmé à apposer sur cet univers là.

En tant que jeune artiste, tu n’as pas peur de perdre ton public en prenant trop de risques ?

L’album reste très pop dans l’ensemble, mais c’est vrai qu’en le créant, c’était volontaire d’ignorer les attentes et les distractions pour jouer de la musique pour le plaisir d’en jouer. Au montage, il a fallu sélectionner les morceaux assortis justement, car il y en avait plus d’une vingtaine ! Mais bizarrement, une forme de cohérence ressort à l’écoute – et l’ordre est assez important du coup, comme plusieurs thèmes se rencontrent ; t’en prend plein les oreilles, c’est un ensemble dynamique !

Le morceau le plus tonique reste « Rock matata », c’est ton «  Sunday bloody Sunday » ?

 Nous l’appelons « les Rollings stones dans la jungle », ça tambourine un peu plus…

Pour la référence à U2, Je parlais plus des paroles

 Ah oui c’est vrai ! C’est engagé ! En fait, je vais te dire, j’ai un problème avec U2 depuis que j’ai travaillé dans un atelier de costumes où une collègue était obsédée par ce groupe. Pendant trois ans, du matin au soir je me les suis farci ….Alors quand je vois qu’ils me mettent leur album d’office sur mon téléphone, mais je ne suis pas d’accord ! «  Invading my personnal space ! », franchement ! Comment les gens ont réagi à ça ?

Bono s’est excusé il y a trois jours donc plutôt mal, à l’évidence…

Ah ! Ben voilà ! « t’es QUI pour venir dans MA bibliothèque ? » Il y a de l’abus quand même….

Pour en revenir à Rock matata, c’est un titre qui contraste largement avec l’ensemble bien plus acidulé du reste des lyrics tu ne trouves pas ?

C’est vrai… Le thème des enfants soldats vient d’une coupure de presse que lisait François Marie. Au même moment, j’en lisais une autre sur des gang au Honduras, où des témoins ayant survécu en fuyant totalement ce milieu racontaient qu’ils étaient en fuite permanente depuis. Cette absence de tranquillité quotidienne m’a inspirée, je me suis dit « comment est ce q’ils se lâchent dans cette situation ? ». En trouvant notre rythme pour le titre, il était tout aussi suffoquant d’où le nom « rock matata ». La boucle s’est bouclée quand on a découvert justement un groupe d’enfants soldats baptisé rock matata, c’est marrant…

C’est plus pour la sonorité que pour l’engagement en soi… ?

 (Elle hésite) Par rapport aux chants qui prennent position, c’est assez personnel. Je ne veux pas mettre mes opinions personnelles en avant, mais effectivement certains sujets me touchent sans que je ressente le besoin de m’engager indépendamment ni explicitement : certains ne comprendront pas forcément la référence dans «  Rock matata » mais on a quand même voulu le mentionner. Cet album est rempli de références.

Comme celles à James Bond et Mata Hari… Tu te vois faire des B.O ?

Ça serait sûrement très intéressant, le son et l’image sont tellement liés…Mais j’aime bien les musiques qui amènent une image justement. Après, un bon Tarantino ou même quoi que ce soit d’autre comme scénario, je ne dis pas non ! Ce sont toujours des rencontres enrichissantes dans un parcours.

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En attendant, après tant d’années de danse, tu envisages quoi sur scène ?

Avec la sortie de « I wanna dance » les gens s’attendent à ce que je fasse une chorégraphie très orchestrée mais il faut reconnaître qu’en vérité pour cette chanson il faut BEAUCOUP respirer, et presque rester immobile ! J’ai du me mettre au jogging! Présentement côté scène, j’attends que ça grandisse un peu en laissant les choses mûrir. Le projet a encore sa fragilité d’adaptation avant que l’album ne se transcrive correctement en live. On se concentre plus sur la musique mais s’il s’avérait que l’occasion de monter sur la scène de la Cigale se présentait, là on travaillerait plus les lumières, les chorés…

Donc la date au nouveau casino, c’est un essai ?

Non ! C’est la naissance de notre tournée, mais il est logique que la présentation de l’album évolue d’autant plus que celui-ci est moins acoustique que le précédent. Pour nos premières dates, on va essayer de créer les bons mélanges, la programmation la plus efficace et les effets adaptés avant de faire bouger tout ça en fonction du résultat ….On adore tout tester, des claviers aux guitares pour obtenir la juste cadence.

Comment se déroulaient les concerts pour ton premier album ?

Presque comme des lives de jazz ! Mes musiciens étaient très libres dans leur interprétation des intros, ça créait une véritable ambiance mais ça restait très calme, j’ai envie que ça secoue un peu plus pour ce deuxième opus !

Tu fais des dates aux Antilles ?

 Nous jouons pour l’arrivée de la route du rhum ! J’espère que ce n’est qu’un début, j’ai adoré faire le festival « terres de blues » c’était comme revenir à la maison ! Il y avait un public de près de 3000 personnes et tout le monde comprenait quand je chantais en coco, c’était vraiment émouvant.

Pour conclure, on te demande souvent tes adresses à Paris. Tu n’en as pas sur la Côte Est pour moi ?

C’est plus difficile parce que bien que Vancouver soit sûrement ma ville préférée, je n’y suis pas retournée durablement depuis longtemps. La côte Est, c’est chez moi mais je m’y sens parfois en touriste ! J’espère qu’à la prochaine interview, je pourrais te donner des bons coins à New York… Par contre des adresses de burgers ici, j’en ai des tonnes, et des bons! J’avais juré fidélité au Big mac pendant mes études aux Etats-Unis et finalement, je n’y touche plus depuis que j’en mange des vrais, biens cuisinés ; Paris offre une bonne qualité de vie.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter alors ?

Pleins de concert… Et une Cigale surtout ! Je peux y aller à pied depuis mon appartement en plus. La salle est ronde et généreuse, le son fantastique. Ou un Trianon…une boule noire….Tous à la fois !

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FM Laeti sera en concert au Nouveau casino le 24 novembre 2014.

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