Johnny Mafia est un groupe français originaire de l’Yonne qui s’apprête à sortir son premier LP, Michel-Michel Michel le 21 octobre prochain. Nous n’avions plus entendu parlé de lui depuis décembre 2014 et il ne comptait auparavant qu’un seul EP à son actif, EP 5 tracks. Autant dire que personne n’attendais Johnny Mafia (article réalisé et publié en collaboration avec nos amis de Still in Rock).

92375945jj

Pourtant, Johnny Mafia est une claque pour le garage français que l’on attendait sortir un nouveau nom. Le voilà, avec Johnny Mafia, la scène va se rappeler que l’on est désormais en très bonne position sur le podium des nations les plus rock’n’roll. Ce groupe rappelle Mozes and The Firstborn  autant qu’il nous berce de quelques illusions seventies. Et puis, cet LP est particulièrement fort en ce qu’il ne se prend pas au sérieux. On sort ainsi des productions grandiloquentes, des mélodies dissonnantes et des accords impossible à répéter sur scène. Johnny Mafia a quelque chose de punk en lui, une recherche d’immédiateté qui ne gache rien de nos écoutes répétées.

« Sleeping« , le tout premier morceau, est probablement le meilleur de tous. Son aspect mécanique à la Parquet Courts le place très vite très haut. Taillé pour les amoureux de proto-punk, il a le mérite de l’originalité, ce qui nous passionne immédiatement pour l’écoute de cet album et permet ainsi d’éviter l’eccueil de nombreux LPs de garages : l’apparence d’uniformité. « Sleeping« , c’est un titre que l’on écoutera encore des plusieurs années, et c’est triste à dire, mais force est de constater qu’ils ne sont pas si nombreux (voir par ici. « Bad Michel » est plus punk (Pere Ubu, voir par là). La voix de Théo Courtet trouve la place qu’elle mérite sur un titre nerveux qui rappelle les sonorités métaliques de quelques grands noms. C’est excellent, du garage rock à son meilleur.

« Scarycrow VI » est plus attendu en ce sens que la structure est plus classique. Toutefois, le long passage instrumental pousse vers plus de psyché, à la Druggy Pizza. Et l’on ne saurait résister à une fuzz pleine de bonnes choses : pepperoni pour la 8 et coca-cola pour le batteur. « Black Shoes« , pour sa part, traduit ce que très peu de groupes de garage osent faire : prendre le temps de temporiser. On retrouve cette attirance qu’a Johnny Mafia pour les ’90, aussi, celle pour un lifestyle de slacker qui colle parfaitement à sa cover. Les Black Shoes qui ont accompagné les révoltes anglaises ont encore de belles heures devant elles, dans les caves françaises.

« Sometimes 666 », c’est un titre qui semble tout droit sorti de l’univers des Soft Boys. Je m’explique, les premiers accords de guitare sont fidèles à la jangle pop du groupe précités alors que Mafia cherche ensuite à cogner le plus fort possible. Il y a donc la confrontation de deux univers opposés, pop d’un côté (voir aussi le refrain) et rock’n’roll de l’autre. Une fois admis que le « pop rock » n’existe pas (voir, sur ce sujet, les déclarations de Lux Interior: « Rock’n’roll seperate the squares from the cool people. Pop music doesn’t do that. Pop music is just for everyone’s entertainment, rock’n’roll is something more than that »), on se dit que « Sometimes 666 » fait une synthèse dont l’antinomie n’a d’égale que sa réserve live. On imagine déjà Johnny Mafia enchainer trois morceaux avec celui-ci, sans coupure, pour ne laisser respirer personne, à la façon des Ramones.

« Smell » est un autre morceau trash et rieur. On note particulièrement la bonne production de cet LP ainsi que le potentiel d’un groupe qui sait également laisser place à autre chose que des riffs à gogo. Vient alors « Kim Deal », avant tout un hommage à la douce leader des Pixies. Si le titre n’a rien de très alternatif à la façon de Boston, il a le mérite de nous laisser fantasmer à quoi ressemblerait un déhanché de la belle Kim, « she’s cool so cool ». Et puis, Mafia conclut avec « One Two One Two », pas le plus essentiel de cet LP, mais tout aussi fort en cheedar.

Au final, Johnny Mafia a ce quelque chose qui n’en fait pas un énième groupe de garage français postiche des influences anglosaxonnes. Sa maitrise mélodique, la voix, la durée des morceaux, ça fonctionne à merveille. Peut être est-ce un peu du sourire de ce mec en bas à gauche (voir plus haut), un air coquin et décalé, comme pour nous dire : vous ne nous avez pas vu venir ? Vous allez nous voir rester. On entre là dans la catégorie des excellents disques de garage, capables de sortir plusieurs titres géniaux sur un seul et même album. La dernière fois que ça arrivait en France, c’était avec Wild Raccoon. Le reste de la scène est averti.

Pour les voir en gig (et on vous le conseille vivement) :

  • 22/09 – Le Creusot – Salle l’Arc
  • 05/10 – Paris – Le Petit Bain
  • 28/10 – Mulouse – Le Noumatrouff
  • 29/10 – Auxerre – Le Silex
  • 19/11 – Brainans – Le Moulin
  • 01/12 – Bars en Trans – Bar Hic
  • 02/12 – Chateaubriand – La Charrue

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.