Inoxydable, en dépit de plusieurs décennies de nuit, officiant désormais au Mathi’s, Galia Salimo m’a confié le temps d’un café, ses souvenirs. Fidèlement mais librement, j’en ai donc fait un portrait. Action.

Galia Salimo

Femme au dessein céleste, Galia m’explique qu’elle se sent extrêmement bien au Mathi’s (fondé par son ami disparu, Gérald Nanty), où elle accueille de nuit les clients du bar avec un naturel exaspérant. La Joséphine Baker de l’Alcazar arbore un sourire perpétuel (comme le mouvement d’une Rolex) dès qu’elle sort : « Je suis un clown, mon but c’est de divertir.  Mes problèmes restent à la maison, et quand je sors, je me montre toujours heureuse. C’est la moindre des politesses, » m’explique t-elle. Sourire aux lèvres donc, nous avons commencé par aborder son passé, dans le désordre.

Paris la nuit

Comme beaucoup d’autres au même âge (dix huit ans), Galia quitte sa province (Marseille) pour « monter » à Paris faire carrière. Elle fait quelques photos pour Golden Beauty (la première agence pour mannequins afros), puis, un soir, Jean-Marie Rivière la remarque alors qu’elle dinait à l’Alcazar. «Voilà, j’ai trouvé ma Josephine Baker, » se serait exclamé le patron du célèbre Cabaret en la voyant. Galia accepte l’offre, et pendant quatre ans, elle y interprète soir après soir le rôle de la légendaire meneuse de revue.

Un jour, on lui propose de rejoindre le Carrousel (autre Cabaret parisien). Curieuse, elle dit oui, et s’embarque ainsi dans une aventure qui la conduisit en tournée à travers le monde entier : « la première fois que je suis partie en tournée, c’était en Iran vers 1977, juste avant la chute du Shah. Puis l’Australie, le Japon… »

1980’s (The Dark Wave)

 En 1985, le Carrousel ferme ses portes. Galia me confie au sujet de cette époque que  « les années qui suivirent furent beaucoup plus sombres que la décennie précédente, à cause du SIDA notamment… Pour moi, il était donc venu le moment de me reconvertir, car je n’allais pas rester danseuse nue toute ma vie. »  Puis, elle poursuit au sujet de sa reconversion : « Ayant toujours été un oiseau de nuit, il n’était pas question que je devienne poissonnière ou banquière. »

Par chance, on lui propose de rejoindre un bar (Aldo), « un endroit incroyable qui était un repère de travestis, » me décrit-elle.

Débarquant du monde du spectacle, le choc est important pour Galia quand elle découvre ce milieu « trav » qu’elle ne connaissait finalement pas : « L’ambiance était très hard, il gravitait là-bas une faune que je qualifierai d’« excessive, »  alors, les quelques mois où j’y ai travaillé, j’y suis allé en col roulé tous les soirs. »

Malgré cet univers glauque, Aldo (le taulier), fut un formateur de premier choix pour Galia qui continuait de découvrir le monde de la nuit , même si c’est Gérald Nanty qui lui a véritablement tout appris.

Ensuite vient le temps du Morocco (bar), et très vite celui du Palace, en 1986, où Galia y est recruté pour diriger le fumoir. Pendant quelque années, il y aura aussi le 49 et le Pigeonnier, où elle y découvre que contrairement aux idées reçues, les gays et les transsexuelles/travesties peuvent très bien s’entendre : « je me suis rendue compte que les homos étaient ma famille. »

 Queen of the night

1992 : Le Queen ouvre ses portes, et tous les gays les plus tendances du moment s’y engouffrent. Tous les soirs, le club est plein, sauf le dimanche. Galia décide d’organiser le « jour (ou plutôt le soir) du seigneur » la soirée Absolutely Fabulous. C’est un succès.

Elle enchaîne avec la soirée « Over Kitch » : « Á l’époque où le Queen était quasiment le temple absolu de la branchitude à Paris, et ma programmation musicale pour cette soirée (Over Kitch) était complètement à l’opposé de ce qui passait d’habitude. Le succès est arrivé, au point que je n’avais besoin de travailler que le dimanche. »

Les années passent, les événements réussis s’accumulent, et Galia fait même de la télé : « L’émission s’appelait « Good as You », c’était un des premiers programmes ouvertement gay du Paysage Audiovisuel Français. Puis, je suis allée sur TMC, pour les émissions « Tout nouveau, tout beau », et « Astro Center. » Vient ensuite (2000) le disque (Welcome). Au passage, Galia fait aussi du cinéma, dans le film «La Balance», qui obtint même trois Césars!

Au Bataclan, elle lance une soirée baptisée « In the Place. » Et pour l’anecdote, Galia est à l’origine de cette phrase culte « Être dans la place » : « Je peux affirmer que je suis la mère de cette expression, je l’utilisais déjà à la grande époque du Queen. » Alors, c’est qui la reine de la nuit ?

Flash back

Bien avant de devenir une égérie de la nuit, Galia était une enfant comme les autres, ou presque. A ce sujet, elle me raconte : « J’ai su que j’aimais les garçons dès l’âge de quatre ans. »

Sa famille la voit comme le petit garçon qu’elle était, mais Galia sait déjà qu’elle est une femme : « Petite, j’avais lu dans le journal que « Coccinelle » était devenue une femme, et dans ma tête d’enfant, j’avais imaginé qu’elle s’était réveillée un matin en femme. Tous les jours, je regardais donc en me réveillant si j’étais devenue une fille. »

A seize ans, c’est la révélation : « J’ai vu une fille magnifique dans une boite où j’allais, et il s’est avéré que c’était un homme. A partir de ce moment, c’est devenu véritablement une évidence que j’étais une femme. Tout ce que j’avais enfoui au plus profond de moi est remonté d’un seul coup», me raconte-t-elle. Change ! Aujourd’hui, Galia est une femme jusqu’à sur ses papiers d’identité.

Mais avant ça, il n’était pas évident pour elle de s’identifier dans le corps d’un jeune garçon : « Au lycée, je me rappelle que ma chemise rose par exemple faisait scandale. Mais j’avais toujours « la caution mode » pour rappeler à mes détracteurs qu’ils n’y connaissaient rien. »

Pas naïve pour autant, Galia me lâche ensuite avec une honnêteté brutale : « Je suis très dubitative au sujet de l’innocence des enfants, parce que moi, à douze ans, je regardais les mecs, et pas ceux de mon âge ! »

J’aime les fins violentes, alors j’arrête ainsi… « La nuit, tous les chats sont gris », sauf Galia…

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En décembre, Galia Salimo sortira un livre en collaboration avec Bambi.

 

 

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