Drogue, sexe et jeunesse sont les thèmes principaux de ce livre qui théorise et décrypte les codes de la « génération H. »

William S. Burroughs fumant un joint

William S. Burroughs, pétard au bec

Alexandre Grondeau pourrait bien devenir l’incarnation vivante de la littérature underground. Son nouveau roman « Génération H » explique sans aucun tabou et avec une étonnante authenticité le quotidien de milliers de jeunes qui se défoncent mais qui, pourtant, n’ont rien de caricatures de junkies marginaux, ces tristes clowns de la drogue véhiculant avec leur mode de vie atypique, les clichés d’un univers malsain et dramatique. Exit donc la Beat Generation, et place à la H Génération.

Depuis très longtemps maintenant, drogue et littérature font bon ménage. Agissant comme un catalyseur de créativité,  « la came » permet, à en croire les plus géniaux de ses utilisateurs, de décupler le potentiel imaginatif des auteurs en mal de d’inventivité. Des poèmes opiacés des siècles passés à l’écriture « cut-up » des William Burroughts & co, la drogue a occupé une place centrale dans le processus littéraire de nombreux écrivains. Pourtant, même si les thèmes abordés dans « H Génération » sont les mêmes que ceux traités à l’époque par les pères de la Beat Generation (à savoir: le sexe, la drogue et la jeunesse), ce roman n’a rien à voir avec « Junky » ou « Le Festin nu », au contraire.

L’héro et la weed, deux choses différentes

Les voyages psychédéliques ont beau occuper une partie de l’histoire, jamais la plume d’Alexandre Grondeau ne dérape: pas d’utilisation du cut-up, pas d’idées dépressives et malsaines au possible, mais un récit formidablement bien construit, qui se déroule page après page d’une façon quasi métronomique, à la manière d’un carnet de voyage. Mais ne vous y méprenez pas, même si la cocaïne, l’héroïne ou la MDMA sont présentes sporadiquement dans cette histoire, il ne s’agit en aucun cas d’un livre faisant l’apologie de ces drogues. À l’inverse, le cannabis occupe une place centrale dans ce roman. Quand la prise d’héroïne magnifie le style de certains écrivains qui, bien souvent, imprègnent leur littérature de réflexions uniquement compréhensibles par les « initiés », A. Grondeau fait preuve de beaucoup de simplicité et de cohérence, et pour cause: son livre a pour but de retranscrire avec limpidité le quotidien de jeunes fumeurs, qui depuis 1995 sont probablement devenus de vieux fumeurs… Pas celui de junkies.

Grâce à cette oeuvre, la frontière entre drogues douces et drogues dures semble avoir été pour la première fois théorisée. Vous ne comprenez pas? Pourtant, c’est très simple: le talent de d’un écrivain est d’adapter son histoire à son style, ou l’inverse. Les amphétamines ont, par exemple, déteint sur l’écriture d’Allen Ginsberg, elles ont guidé la rédaction d’une partie de son oeuvre, et lui a simplement retranscrit sa perception du monde sur papier. Alexandre Grondeau a, quant à lui, parfaitement compris les effets du cannabis. Sans présomption aucune, sa plume transpire le tétrahydrocannabinol. Le résultat est un livre où la réflexion et l’introspection occupent une place importante dans la psychologie du protagoniste, qui néanmoins conserver une vision extrêmement lucide du monde qui l’entoure. Serait-ce possible de rester lucide en fumant du cannabis? Il semblerait bien que oui, malgré ce qu’affirment les autorités.

imageLa renaissance et la transformation d’un style

En 1981, Alain Pacadis décrivait William Burroughs comme étant « un nom qui a marqué toute une génération d’Américains, le pape de la Beat Generation, le théoricien de l’utilisation des drogues dures comme élément de connaissance et de plaisir (…). »  Aujourd’hui, Burroughs, ses amis et son époque sont tous morts. Mais entre temps, d’autres sont nés, dont Alexandre Grondeau. La techno, le rap ou le reggae sont devenus les musiques d’une jeunesse moderne française avant-gardiste (intellectuellement parlant) qui a depuis longtemps délaissé le disco et les slow du samedi soir pour les free parties sauvages et les DJ stars. Pat Cash (l’organisateur des raves à Paris au début des années 90) avait compris cela en même temps que les héros du roman de Grondeau, preuve que l’auteur ne s’est pas trompé en contextualisant de cette manière l’histoire des personnages de Generation H.

Aujourd’hui, les consommateurs d’herbe maudite tels que Dominique Broc (tête de proue des Cannabis Social Club) sortent de l’ombre. Certains ministres s’interrogent même sur les dangers réels du cannabis et les conséquences éventuelles de sa légalisation. Alexandre Grondeau théorise ce qu’est la reine des drogues douces. À quand le changement?

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Génération H par Alexandre Grondeau, éditions « La lune sur le toit », 314 pages, 18 euros.

 

 

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