C’était le 25 janvier 2017.

 

Il y a des films où le générique vous met le goût à la bouche, et qui, ensuite vous donne  envie de quitter la salle tant l’ennuie vous envahit. Le lendemain un ami vous dit, mais tu n’as pas vu le dernier quart d’heure c’est une tuerie ! Et bien le concert au New Morning de Dupont et son band c’était exactement cela ! A la différence, je suis resté jusqu’à la fin !

Après une duo-impro d’enfer entre Ahmad Al Khatib et Youssef Hbeisch (percussions tout à la main) sous le jeu glacial d’Hubert Dupont, on a eu une première partie où tout le monde s’ennuyait ferme (le public était clairsemé), où personne ne se lâchait sur scène, où chacun jouait ses petites notes bien sagement, où les arrangements hyper froids ne laissaient peu de place à l’impro ! On avait envie de partir (certains spectateurs l’ont fait), moi je suis resté parce que j’étais là pour faire mon papier ! A l’entracte je suis allé voir la flûtiste et je lui ai demandé si c’était toujours comme cela ? Pour elle ce n’était pas son groupe, elle n’était qu’invité mais elle m’a conseillé de rester pour le deuxième set. J’ai même osé dire face to face à Dupont qu’on s’emmerdait ferme et qu’il ferait bien de laisser ses musiciens s’exprimer.

Je ne pense pas avoir eu une influence sur le deuxième set mais enfin la pulsation était présente et chacun (mis à part le violoniste) a pu s’exprimer rondement. Des mélanges de genre ce n’était pas la première fois qu’on en entendait. Dans les années cinquante Sahib Shihab,  alias Edmund Gregory, saxophoniste et flûtiste de Gillespie, de Monk, a accueilli les musiciens bédouins, dans les années soixante-dix c’était même la mode, « Moon In Tunisia » de George Gruntz , Achie Shepp et le festival panafricain en Algérie, plus récemment John Zorn avec « Massada » et bien d’autres jazzmen ont mélangé les musiques moyennes orientales et le Jazz. Je parle de jazz et non de la musique que joue Ibrahim Maalouf . Donc au cours de cette deuxième partie le duo Hbeisch-Al Khatib, sourire au coin, a réchauffé l’atmosphère et les cris et impros à la Roland Kirk de Jalal étaient déchirants et excitaient nos neurones – cette Syrienne exprimait-elle ce qui se passe dans son pays d’origine ? Elle est une fervente défenseuse de la cause palestinienne paraît-il ? – bref le concert s’est terminé bien mieux qu’il n’avait commencé, le fameux quart d’heure final des films !

Ce concert était organisé pour le lancement de leur disque « GOLAN Al Joulan, vol 1 ». Et sur ce CD il n’y a que du bon ; des extrait de concerts dont un avec un solo de Zouari au violon, magnifique – le mixeur aurait dû enlever les applaudissements ou les doubler car on a l’impression que la salle est à moitié pleine –  des solos de Dupont, des interventions superbes de  Al Khatib, des solos de la flûtiste Jalal envoûtant, et tous ces musiciens sont soutenus par les percussions de  Hbeisch ; et Donarier le clarinettiste ? Et bien il fait le boulot et même très bien. Voilà un disque qui nous réconcilie avec le concert et qui mérite d’être dans toutes les bonnes discothèques. Que sera le vol2 ? Sûrement pas le live du New Morning !

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Un CD édité par Ultrack N°UTK 1004

 Avec Youssef Hbeisch, percussion, Ahmad Al Khatib, oud, Naïssam Jalal, flûte, Zied Zouari, violon, Matthieu Donarier, clarinette, Hubert Dupont , basse.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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