Le patron de Titan, Maurice Taylor, s’est attiré les foudres d’Arnaud Montebourg après sa lettre au vitriol qui insinuait que les Français n’étaient que des feignants. Le ministre du redressement productif lui a donc répondu hier soir de manière cinglante…

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 « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéréssé par l’usine d’Amiens nord ». Dans sa lettre, Maurice Taylor ne mâche pas ses mots. Pour lui, « les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. » 

Certes, il est compréhensible qu’un investisseur habitué à traiter avec des industries chinoises et indiennes soit un peu choqué des « tarifs » pratiqués en France – le coût du travail n’est pas le même en France qu’en Chine. Mais en employant un ton volontairement provocateur, il a blessé l’orgueil du ministre: « Monsieur, votre lettre signale que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça? Titan est celui qui a l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’a le syndicat fou? Il a le gouvernement français »

Quand la politique devient une affaire personnelle

Le ministre juge les propos de Maurice Taylor « aussi extrémistes qu’insultants », et estime qu’ils « témoignent d’une ignorance parfaite de ce qu’est notre pays ». Dans la foulée, Arnaud Montebourg menace de faire surveiller « avec un zèle redoublé les pneus d’importations » de Titan.

Au passage, M. Montebourg défend l’attractivité de la France, soulignant que la présence en France d’entreprises américaine est « très ancienne » et que l’ensemble de ces sociétés « connaît et apprécie la qualité et la productivité de la main d’oeuvre française, l’engagement, le savoir-faire, le talent et les compétences des travailleurs français ». Comme le PDG de Titan, M. Montebourg fait référence à l’histoire, remontant à La Fayette pour évoquer « l’amitié ancienne et passionnée » entre la France et les Etats-Unis et saluant la politique de Barack Obama. D’ailleurs, cette référence au président Américain n’est pas inocente, car Maurice Taylor est connu pour être un républicain convaincu. En 1996, il s’était présenté à la primaire républicaine, sans succès. En évoquant Obama, Arnaud Montebourg savait que cela chatouillerait l’égo du titanesque PDG.

De son côté, Maurice Taylor, le président de Titan, persiste et signe ce matin : Dans des entretiens publiés par ‘Les Echos’ et ‘Le Figaro’, il déclare que la France « finira comme la Grèce » si elle ne travaille pas davantage, et estime que les ouvriers français « coûtent trop cher (…) Toute la fabrication est partie depuis longtemps (de France). Vos constructeurs automobiles perdent de l’argent, toute l’industrie va disparaître ». Provocateur, il ajoute: « j’aime la France. J’aime les femmes françaises. Je n’ai pas oublié que La Fayette nous a sauvés. Il faut que les Français comprennent : leur mode de vie va disparaître s’ils ne changent pas leurs habitudes ».

Laurence Parisot pondère

«Il pointe des anomalies qui ont peut-être existé dans l’entreprise, mais il le fait d’une telle façon qu’il généralise à ce que serait l’ensemble du fonctionnement des entreprises de France, à ce que serait la France finalement et cette généralisation est choquante et elle provoque chez moi vraiment un rejet absolu», a déclaré Laurence Parisot, la « patronne des patrons ».

Pour elle, Arnaud Montebourg, «a eu raison de dire que c’était inacceptable», mais cette lettre soulignait des «anomalies» que la France «ne veut pas regarder».

La Fayette disait: «J’ai pu me tromper mais je n’ai jamais trompé personne.» Reste à savoir qui trompe qui dans cette histoire…

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