Des groupuscules d’extrême droite radicale reprennent du service en Hongrie. Trois ans après la dissolution de la « Garde Hongroise », des nouvelles milices calquées sur les milices fascistes des années 1930 reviennent hanter les petites bourgades Hongroises. Rassemblant de plus en plus de militants lors de ses manifestations, ces milices s’en prennent aux minorités gitanes du pays mais également à la police quand elle « tente » de s’interposer.

La scène se déroule dans la petite ville hongroise de Devecser. Au cour du mois d’août dernier, une manifestation d’ampleur contre les Gitans a été organisé par l’extrême droite hongroise. Près de 1000 personnes se sont réunies à l’appel du Jobbik et de milices civiles telles que la nouvelle garde hongroise  en noir et rouge, la garde nationale  en vert et l’ordre de la nouvelle aube en noir et argent.

Des milices qui rappellent les sombres heures du 3 ème Reich. On voit sur les vidéos une ribambelle d’homme au crane rasés et en uniformes (en somme, le cliché du néo-nazi) défilant au pas dans les rues hongroises. Ces derniers  » accusent » la police d’abandon et d’inaction face aux populations gitanes et font part de leur ferme intention de faire « justice » eux même…

La manifestation s’est accompagné d’une prise de parole violente et explicite d’un des leaders :  » partout où cette ethnie est présente, la destruction et la dévastation apparaît. Les gitans veulent exterminer les Hongrois et s’ils veulent se battre, alors on doit mener la lutte contre eux, il n’y a pas d’autre possibilité » .

Dans un contexte de récession économique et de chômage, les tensions s’accroissent en Hongrie autour des quelque 500.000 à 700.000 Roms vivant dans ce pays de 10 millions d’habitants, soit 5 % de la population.

Le parti d’extrême droite hongrois Jobbik fête les cinq ans de sa milice

Des organisations semblables à celles de Devecser ont eu lieu une vingtaine de jours plus tard, le 25 août, à Budapest. Plusieurs organisations hongroises d’extrême droite, le parti Jobbik en tête, ont défilé au coeur de Budapest pour réclamer l’expulsion des roms, qu’ils considèrent comme des «parasites». Ils étaient quelques centaines, dont environs 200 portaient l’uniforme interdit de la Garde hongroise. 

La Garde Hongroise a été prohibé en 2009, pour opération illégale de maintien de l’ordre. Le groupuscule n’a pourtant pas perdu de temps et s’est recréé aussitôt, sous un autre nom et avec un uniforme légèrement différent.  La manifestation, d’abord interdite, a finalement été autorisée en appel, les organisateurs arguant qu’ils n’étaient pas la Garde hongroise, mais de la Nouvelle garde hongroise. Un beau foutage de gueule…

Dans la foule, Zoltan Lengyel, un fermier de province, est en uniforme : chemise blanche, pantalon et gilet noir. Ce membre du Jobbik confie : « Il y a beaucoup d’organisations ici, elles ont toutes le même but : il faut que les Hongrois protègent eux-mêmes leurs intérêts. Actuellement, ce sont les étrangers qui dictent la loi. » a relevé le site RFI.

Le Jobbik (Alliance des jeunes de droite – Mouvement pour une meilleure Hongrie) a fait son entrée au parlement à l’issue des législatives, en avril 2010. Jobbik, qui plaide au nom de la préservation de l’identité nationale, pour le retour des valeurs chrétiennes, de la famille et de l’autorité, se référant parfois aux symboles d’une formation nazie des années 1930, dispose actuellement de 46 sièges sur 386 au parlement.

Récemment, ce même parti extrémiste avait fait parlé de lui sur le Web, lorsque l’eurodéputé Csanad Szegedi -un des dirigeants connu pour son antisémitisme virulent-  avait annoncé la découverte de ses origines juives : « Je ne dis pas que je n’ai pas été étonné par ces nouvelles informations », reconnaît-il dans une interview accordée au journal Barikad, proche du Jobbik, ajoutant qu’il lui faudrait « un certain temps » pour « digérer » l’annonce.

« Je pense que ce qui compte, ce n’est pas de savoir qui est hongrois de race pure, mais l’important est la façon dont on se comporte en tant que hongrois », a-t-il ajouté. « Etre hongrois pour moi, cela a toujours été une responsabilité (envers mon pays), cela n’a rien à voir avec une suprématie raciale », a-t-il conclut.

Un de ses collègues du Jobbik avait fait d’ailleurs les gros titres après avoir demandé l’autorisation de procéder à un test génétique visant à prouver qu’il n’avait pas de sang juif ou rom dans les veines.

Selon l’AFP,  le blog Narancs.Hirado, critique envers le régime du conservateur Viktor Orban, jugeait « impossible que Szegedi n’ait pas été informé du fait que sa grand-mère, Magoldna Klein, était juive et une survivante de l’Holocauste. » Pour le premier journal en ligne Index.hu, la morale de cette histoire est que « la stupidité n’est pas liée au patrimoine génétique ».

Ici, un reportage de la télévision hongroise qui fait froid dans le dos

D’ou vient cette montée de l’extrème droite en Hongrie ?

La France n’est pas le seul pays où l’extrême droite bat des records. La crise et la « crainte » de perdre l’identité nationale jouent inégalement selon les pays. D’après Stéphane François, politologue et chercheur associé au Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL) du CNRS, on peux observer deux types d’extrême droite en Europe :

D’une part il y a les partis dits néopopulistes, qui participent davantage à la vie politique et parfois à certains gouvernements. Ces derniers surfent actuellement sur deux éléments: la crise économique et surtout la peur de la perte de l’identité européenne face à l’immigration. Sur ce dernier point, les attentats du 11 Septembre ont représenté un vrai tournant.

Il s’agit souvent de partis de droite qui se sont de plus en plus droitisés, ou de partis créés par des personnes venant de la droite de gouvernement. L’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse, à l’origine du référendum sur les minarets, le Parti pour la liberté(PVV) de Geert Wilders aux Pays-Bas et le Parti du progrès en Norvège en sont représentatifs. Ce sont ces partis néopopulistes qui sont en plein essor en Europe.

D’autres part, on trouve l’extrême droite « classique », virulente, antisémite, parfois violente, qui plaide pour le retour des valeurs chrétiennes, de la famille et de l’autorité et se réfère parfois aux symboles d’une formation fasciste pronazie des années 1930 (le Parti des croix fléchées de Ferenc Szalasi). Le Jobbik en Hongrie est l’exemple même de cette gangrène qui sévit principalement en Europe Occidentale.

A propos de l'auteur

Co-fondateur de Roads Magazine / Responsable de la rubrique Culture (sur twitter : @BonhommeVincent) / Web Designer (plus d'info sur : vincentbonhomme.github.io/resume/)

3 Réponses

  1. Hanssen Maxime

    Très bon article, très documenté et avec des vidéos à l’appuie qui permettent de prendre conscience de la situation, outre les lignes!
    Arrivé à Budapest dimanche dernier et vivant ici pour un an, je surveille de près cette question de la montée de l’extrême droite. A mon sens, les perspectives ne sont pas trop encourageantes.. Wait and see.

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