Dépressif, exténué par des crises d’épilepsie incontrôlables, les concerts à répétition et une vie amoureuse compliquée, Ian Curtis, chanteur de Joy Division, met fin à ses jours le 18 mai 1980. Il avait 23 ans.

IC

Samedi 17 mai 1980, quatre jours avant que Joy Division s’envole pour sa première tournée américaine, Ian Curtis se retrouve seul dans sa maison de Macclesfield après une énième dispute conjugale. Toute la nuit, le 33 tours « The Idiot » d’Iggy Pop passe en boucle. À la télé, il s’attarde sur « Stroszek », un film de Werner Herzog, cinéaste qu’il admire. L’histoire d’un jeune musicien alcoolique, abandonné par sa femme, criblé de dettes, qui met fin à ses jours après une tentative de hold-up ratée. Quelques heures plus tard, ce dimanche 18 mai, et probablement après une dernière crise d’épilepsie, le Mancunien se pend dans sa cuisine avec une corde à linge. Il avait 23 ans. Le mythe du martyr romantique du post-punk est en marche.

« Love Will Tear Us Apart »

Son passage dans l’histoire de la musique est semblable à celui d’un éclair : furtif et brillant. En 1976, il devient le chanteur de « Warsaw », futur Joy Division, du nom des femmes déportées forcées à se prostituer pour les nazis. Fondé sur les vestiges du punk, le groupe deviendra le chef de file du courant new wave. Quatre ans plus tard, le quatuor n’existe déjà plus et laisse place à New Order, groupe que les ex Joy Division s’empressent de fonder après la mort de leur charismatique front man. Quatre années qui ont suffi à Ian Curtis et à Joy Division pour pondre deux albums passés depuis à la postérité: « Unknown Pleasure » et « Closer ». « Love Will Tear Us Apart », enregistré un mois avant que Curtis se tue, restera le grand succès du groupe et l’un des morceaux les plus vénérés par ses fans. Le magazine Rolling Stone le considère comme l’une des meilleures chansons de tous les temps dans un classement de 2003.

Le danseur épileptique

Au-delà de son talent, c’est la personnalité atypique de Ian Curtis qui intrigue. Issu de la classe moyenne, marié à 19 ans, il vote conservateur, soutient Manchester city et est allergique au soleil. Féru de littérature, Burroughs et James Graham Ballard sont ses auteurs favoris. Côté musique, il ne cache pas sa vénération pour David Bowie, les Stoogies ou Lou Reed.

Personnage à la sensibilité exacerbée, il a du mal à accorder sa vie de famille avec sa carrière naissante. Il est aussi vite rattrapé par de violentes crises d’épilepsie, dont le traitement médical lourd le plonge dans la dépression. Des crises incontrôlables, qui l’inspire pour ses prestations scéniques légendaires. Gestes robotiques, yeux grands ouverts et fixés dans le vide, la similitude entre cette danse dite du papillon crevé, « trapped butterfly », et les symptômes de la maladie dont il souffre est troublante.

Lorsqu’il parle de leur dernier album, Peter Hook, ancien bassiste des Joy Division déclare qu’écouter « Closer est toujours aussi déchirant. C’est un merveilleux témoignage que Ian a laissé sur la manière dont il se sentait à l’époque : inquiet, anxieux et puissant ». Mais sans aucune emprise ni contrôle sur sa vie.

 

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