Intégrale des sonates de Mozart (4/4). Jean Muller, piano, Salle Cortot, 17 mars 2019, Paris.

  • Fantaisie en do mineur KV 475
  • Sonate en do mineur n°14 KV 457
  • Sonate en fa majeur n°15 KV 533
  • Sonate en si bémol majeur n°13 KV333.

Dernier concert de l’intégrale des sonates de Mozart par Jean Muller, pianiste luxembourgeois, à la salle Cortot, cette salle nappée de bois que nous aimons tant.

Les sonates pour piano de Mozart nous les avons souvent entendues soit au concert soit enregistrées. Elles réclament une technique irréprochable et Jean Muller la possède. On peut alors discuter du fond comme si nous  parlions d’une œuvre littéraire ou d’un opéra.

Lorsque Jean Muller entre sur la scène, il se précipite vers le piano et commence, sitôt assis, sans même respirer. Ce rythme sera celui du concert tout entier. Mozart peut s’y complaire, la rapidité ne lui fait pas peur.

La fantaisie en do mineur K475 commence adagio par une solennité que Jean Muller rend presque beethovenienne par la puissance de ses graves dans les accords, sa main gauche fera preuve d’une belle force durant tout le récital. A partir de l’allegro, la mécanique de la virtuosité se met en branle et la main droite tricote allégrement le clavier, dommage que parfois la pédale dissolve un peu le fil de la mélodie qui demande à être limpide de bout en bout. Quand Mozart resurgit avec sa profondeur si légère, l’instant se suspend et le sublime de la musique explose, comme si on tranchait l’ombre de la lumière avec un couteau acéré.

 

Pas de répit entre les deux premiers morceaux, la Sonate en do mineur n°14 KV 457 s’enchaîne directement à la Fantaisie, deux morceaux dédiés à son élève Thérèse von Trattner, qui ont la même tonalité de base.

Douleur et passion, difficile d’analyser le sentiment réel de Mozart, la musique n’étant là que pour magnifier ce sentiment, pas le dévoiler.  

Sonate dont l’adagio annonce vingt ans avant, celui de la sonate pathétique de Beethoven, adagio quasi douloureux, émaillé de silences épais comme les secrets de la franc maçonnerie que Mozart ne va pas tarder à rejoindre. Ce second mouvement dégage une force primaire qui débouche à l’évidence sur l’allegro final où Mozart retrouve les repères de ses allegro héroïques. Ce qui permet à Jean Muller d’alterner la force de ses frappes comme une onde sinusoïdale qui permettrait de résoudre une équation aux inconnues dont Mozart oblige sans cesse à décrypter les codes pour enfin la résoudre. Et s’envoler dans une légèreté qui ne manque pas de retomber dans des graves qui portent bien leur nom.

Clin d’œil à tous les pianistes qui ont débuté, avec la sonate, dite facile, KV 545 en do majeur, facile pour les doigts grâce aux accompagnements d’Alberti, mais d’une rigueur et d’un brio qui nous ramènent aux exercices de Bach et que Jean Muller joue légèrement pour éviter l’ennui d’une pédagogie dépassée.

Après un court entracte, Jean Muller interprète la Sonate en fa majeur n°15 KV 533 composée en plusieurs fois. A l’origine le KV 494 n’était qu’un rondo auquel Mozart a rajouté deux autres mouvements pour en faire une sonate que son éditeur lui réclamait. Elle est souvent donnée pour inachevée; il est vrai que Mozart, tout en respectant scrupuleusement les règles du contrepoint, se lance après un début proche d’une fugue de Bach, dans un flot de notes que Jean Muller aime à faire courir sur le clavier; dommage que la dernière note celle qui conclue le morceau soit amputée de ses harmoniques finales par une pédale relevée trop vite.

Le programme se termine par la Sonate n°13 en si bémol majeur KV333.

Mozart vient de quitter Paris qu’il n’aimait guère et sur un thème emprunté à Jean Chrétien Bach, il se laisse aller à la légèreté, comme s’il écrivait une “sonate du retour“ à sa langue germanique, avec une souplesse et une superficialité dansante qui n’empêchent ni les syncopes ni les ruptures dont se délecte Jean Muller, avant d’entamer l’andante cantabile où quatre thèmes s’enchaînent et sonnent comme une respiration dans l’exaltation des précédentes sonates. L’allegretto final nous entraîne dans plusieurs thèmes qui fusent et reviennent comme des refrains, un allegretto ou plutôt un rondo alerte que l’interprète joue avec le brio d’un final de concerto sans orchestre, en balayant et en frappant le clavier de sa virtuosité galopante et précise, même si parfois de petites notes semblent escamotées, sans dommage pour cette œuvre aux accents héroïques qui se termine par la reprise du refrain conclue par  trois accords forte.

Avec un bis plus que populaire, Jean Muller achève ce concert par « la marche turque » troisième mouvement de la Sonate n°11 en la majeur, qu’il joue avec une célérité inhabituelle plus proche de la course que de la marche.

Mozart n’est pas mort, Jean Muller l’a fait revivre à son rythme avec une rare énergie.

Le premier volume de l’intégrale des sonates parJean Muller vient de paraître sous le label Hänsler classic.

Jean François Robin

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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