J’ai rencontré l’icône des mondains d’hier et d’aujourd’hui, Emmanuel de Brantes pour l’interviewer au sujet de son existence flamboyante.

Emmanuel de Brantes

Quel chic type ! Il suffit de taper « jet-setteur » dans Google pour comprendre à quel point Emmanuel Sauvage de Brantes est incontournable lorsqu’il s’agit d’aborder cette thématique. Lui, l’éternel dandy à la fine moustache, à l’apparence impeccable, au maintien irréprochable, au phrasé aussi précieux qu’étudié fait partie de l’imaginaire collectif français au même titre que d’autres grandes vedettes. D’ailleurs, quand j’étais gosse et que je regardais la télé du fond de ma Normandie natale, j’imaginais Paris à son image, c’est-à-dire flamboyante ! Certes, la jet set n’est plus à la mode et désormais, tout le monde s’en fout des princes, des princesses et des « beautiful people » ; l’heure est aux starlettes sexy et éphémères, aux icones warohliennes autrefois moquées ; l’heure est aux paillettes de la célébrité spontanée, plus à la notoriété justement et durement acquise ; deviendra star celui qui le voudra à condition de sacrifier sa dignité. Mais Emmanuel de Brantes résiste sans forcer ; son élégance, il ne la perdra jamais. Je l’ai donc rencontré un mardi soir au Victoria 1836, un restaurant situé juste à côté de l’Arc de Triomphe. Lui a bu un thé, moi un Perrier. Pendant une heure, on a discuté. À aucun moment il n’a émis la moindre réticence à aborder un sujet, même les plus pénibles comme ceux qui concernent ses échecs ou ses erreurs. Distinction et éducation ne riment pas forcement avec langue de bois, au contraire. Et rien que pour cela, je le remercie.

Comment s’est déroulée votre enfance ?

J’ai grandi à New York dans les années 60/70, à l’époque où c’était un peu le centre du monde. Tous les regards étaient tournés vers l’Amérique et New York était la ville la plus vibrante de la planète. J’y suis resté jusqu’à mes 16 ans. Et j’ai mis pour la première fois les pieds au Studio 54 à l’âge de 13 ans. Or, il était illégal de pénétrer dans un tel lieu avant ses 21 ans normalement. Ça n’avait rien à voir avec Disney ; des gens faisaient l’amour sur les banquettes de la boîte, il y avait des performances sur scène, des concerts, de l’alcool, de la drogue ; c’était un sorte de playground pour adulte. Puis, lorsque je suis arrivé en France, j’ai fait deux ans de pensionnat dans les Alpes, ce qui m’a permis d’apprendre à skier et d’appréhender ce que pouvait être un Français, puisque je n’en avais pas la moindre idée. Enfant, j’étais un petit new-yorkais qui ne voyait que des new-yorkais, qui parlait américain en permanence à l’extérieur du lycée, et qui ne pratiquait le français qu’en cours et à la maison. Mais je ne parlais pas encore un français que je qualifierais d’élaboré pour être suffisamment rassuré par rapport à la culture française. La transition fut bénéfique ; j’étais affolé, terrifié, de devoir m’adapter à une nouvelle culture. Et puis, finalement, je me suis glissé dans la peau du parisien assez facilement qui me paraissait plus conforme à ce que j’étais au fond. Mais en arrivant à Paris, j’étais en décalage avec l’esprit français : j’ai quitté un monde en couleurs pour découvrir un monde en noir et blanc dans lequel les gens portaient du Loden…

Et votre oncle était le président de la République ?

Exactement, en parlant de Loden… Bref, ce fut pour moi un choc de civilisation. La France n’était pas encore dans le XXIe siècle alors que l’Amérique avait déjà l’impression d’y être. C’était un retour vers le passé, avec le frein à main tiré pour retarder l’évolution. Heureusement que Paris m’a paru plus vivant que les Alpes ; ça m’a rassuré. Mes premiers pas dans la nuit parisienne furent relativement classiques ; je me fondais facilement dans ce pays étrange que pouvait être la France où l’on dansait encore le rock en tenant son partenaire alors que de l’autre côté de l’Atlantique, les gens dansaient déjà le boogie-woogie (c’était plus vieux que le rock ? laisse juste disco) ou le disco ; des danses sur lesquelles personne ne s’effleurait. J’ai donc, dans un premier temps, plutôt fréquenté les endroits classiques, bourgeois, comme Régine ou Castel, avant de découvrir le Privilège, situé au sous-sol du Palace. J’ai découvert ce lieu grâce à une amie qui m’avait demandé de l’accompagner. Et je m’y suis régalé, puisque tout à coup, je retrouvais la même ambiance que celle que j’avais brièvement entrevue un soir à New York, au Studio 54. Je me suis dit : « La fête est donc aussi possible aussi de ce côté de l’Atlantique ». Du coup, j’y ai passé beaucoup de mes nuits, grâce à des techniques astucieuses et très imaginatives de jeune étudiant fauché pour passer le filtrage des différentes portes et arriver jusqu’au Privilège, dans le saint des saints, sans avoir à débourser un centime. Il est aussi exact de dire qu’à cette époque là, la jeunesse dorée était accueillie dans ce genre de lieu de manière tout à fait privilégiée ; on nous payait souvent des verres ou alors on croisait des amis de nos parents accompagnés d’inconnus qui nous offraient des coupes.

Vous êtes ensuite allé à Assas et à l’IFP.

J’ai fait des études de droit puisque c’était ce qui me semblait être le cursus le plus carré et le plus pluridisciplinaire, m’apprenant tout ce qu’il fallait que je sache sur la société française et ses lois. Puis, j’ai ensuite élargi mon cursus vers des disciplines comme la science politique et le journalisme à l’IFP, qui dépendait de Paris II. Pendant que je faisais ma maîtrise en science politique et en droit, je faisais en même temps de l’info-com ; ça me paraissait mieux correspondre et épouser mes capacités et mes goûts personnels, jusqu’à sortir avec un DESS et me faire embaucher juste après mon stage de fin d’études.

Que vouliez-vous faire quand vous étiez plus jeune ?

Je n’ai jamais pensé à aucune carrière en particulier. Humainement, j’ai simplement toujours cherché à maintenir une qualité de vie extérieure et intérieure autant que possible. Donc je n’ai jamais sacrifié ma vie pour ma carrière. Quand j’ai commencé comme jeune journaliste et que j’ai découvert le monde de la presse après un long stage au service photos de Paris Match, je n’ai pas eu spécialement envie de poursuivre dans cette voie. Mais quand je suis rentré au Quotidien de Paris, j’y ai découvert un incroyable laboratoire à jeunes talents, d’où le meilleur comme le pire en est sorti.

C’était sous la direction de Philippe Tesson, n’est-ce pas ?

Exactement. Mais il y avait aussi au sein de la rédaction Claire Chazal, Eric Zemmour, Bertrand de Saint Vincent et encore plein d’autres signatures prestigieuses. C’est à cette époque que l’un de mes mentors dans ce métier, Jean-Paul Mulot, m’a expliqué que pour réussir dans la presse, il existait deux types de carrières, deux options possibles : la verticale et l’horizontale. La carrière verticale, c’est celle où l’on peut gravir les échelons à l’intérieur d’un journal ; c’est une carrière faite de politique, d’accointances, de réseaux, d’amitiés, de trahisons, etc. L’horizontale, c’est plus comme ce qu’a fait Philippe Bouvard où Paul Wermus ; cela consiste à multiplier les collaborations pour différents titres pour, à terme, devenir sa propre signature. La deuxième option me séduisait d’avantage que le première. J’ai donc décidé de faire briller ma petite étoile de manière indépendante, jusqu’au jour où j’ai décidé de quitter ce métier.

Comment passe-t-on de jeune journaliste prometteur à chroniqueur spécialiste de la jet set et des mondanités ?

C’est un peu un piège de la profession dans lequel je me suis laissé entraîner par facilité parce que lorsqu’on est multicasquette comme je l’étais, c’est-à-dire que l’on touche un peu à toutes les thématiques, et que l’on est employé par une douzaine de patrons différents, on se laisse tenter par le multitasking, ce qui n’est certes pas donné à tout le monde, et l’on perd parfois la notion de ce que l’on devrait accomplir, la notion du devoir ou du moins de ce qui pourrait être le mieux. Quand je me suis laissé offrir ce job très prestigieux chez Vogue qui consistait à couvrir l’actualité mondaine dans cette fameuse rubrique baptisée l’œil de Vogue, cette activité est devenue pour moi une sorte de carte de visite qui me permettait d’avoir accès en permanence au tapi rouge. Plus ça allait et moins je faisais d’articles de sociétés ou de grandes interviews ; chemin faisant, je rédigeais de plus en plus de « sound bites », comme disent les Américains, c’est-à-dire de petits textes pour illustrer en légende des photos. Nous étions déjà en avance sur notre temps, puisqu’ en 1993, il y a eu la création du magazine Gala à laquelle j’ai participée. Fondé par Alex Ganz, Gala était un cocktail en trois tiers : un tiers de personnalités, un tiers de stars et un tiers de têtes couronnées ou d’aristos. À cette époque là, l’intérêt du public pour l’actualité « people » était indéniable ; les émissions people, les magazines ; tout cela se vendait très bien.

D’où vient cette idée de faire du « name dropping » dans des textes très courts pour légender des photographies ?

On appelle ça le travail par l’épure, c’est-à-dire que ceux qui ne sont pas mentionnés sont ceux qui n’ont pas à être mentionnés.

Ça ressemble un peu à ce que faisait déjà Alain Pacadis dans le Libé des années 70/80…

Effectivement, Pacadis faisait ça, comme Elsa Maxwell aux Etats-Unis avant lui, puis ensuite Éric Dahan a poursuivi la rubrique de Paca ; les gens n’achetait Libération que le lundi ; le tirage était bien supérieur à celui des autres jours de la semaine ; ce côté néo-Pacadis plaisait à tout le monde ; il décrivait un univers mêlant « high society » et « underground » et il faisait d’une certaine manière évoluer les personnages qui l’entouraient. Dans les années 1990, le gossip parisien pouvait encore se raconter dans la presse. Or, plus les années ont passé et plus les textes et les comptes-rendus se sont rétrécis et raréfiés, au point que lorsque Carine Roitfled est arrivée chez Vogue, elle a complètement banni les textes ; elle ne voulait plus que des images. Cette façon de faire est à son reflet : « less is more », pour être gentil, ou comme disait mon ancienne rédactrice en chef, Joan Buck, avant, ça prenait trois heures d’Eurostar pour lire Vogue, maintenant, il suffit d’une bonne colique.

Comment avez-vous vécu cette période où tous les médias vous invitaient parce que vous étiez le grand spécialiste de la jet set ?

Ce fut le deuil éclatant de ma carrière de journaliste parce que je n’avais plus le goût pour cela, et en même temps, c’était aussi une manière d’en sortir par le haut, en tant que scénariste. Ce sont des professions qui restent cependant ouvertes, à partir du moment où je dispose d’un ordinateur pour écrire. Mais je ne me voyais pas rester journaliste toute ma vie puisque je n’avais pas le goût de l’enquête, de l’investigation ou des faits divers, ni un art consommé de l’éditorial, donc je voyais bien que j’allais devoir changer de cap à un moment donné, et le cinéma était une superbe opportunité pour en sortir et faire la transition. Le film jet set a commencé dans la tête d’un réalisateur qui, quand il m’a demandé de le rejoindre pour rédiger le scénario, avait déjà prévu un personnage à son film qui porterait mon nom. Je passais donc de l’autre côté du miroir, puisque ce n’était pas moi qui allais jouer mon propre rôle [incarné par Lambert Wilson puis par Rupert Everett].

Avez-vous pioché dans des anecdotes et des personnages réels pour écrire le scénario de Jet Set ?

Il y a plein de choses qui sont vraies dans ce film. Je l’ai revu il n’y a pas si longtemps, ce qui m’a permis de repenser à une chose que j’avais complètement oubliée et qui est présente dans ce film; il s’agit d’un gag à répétition, quand Ornella Muti essaye de refourguer son magnifique centre de table tout le long du film. C’était directement inspiré de Ira von Fürstenberg, qui faisait ça en permanence dans les événements mondains. Évidemment, nous avons aussi un peu boosté la réalité pour en faire un film comique.

Régine vous en a voulu pour ce film, par exemple ?

Elle m’en a voulu pour la scène du film dans laquelle les oisifs se demandent où ils devraient aller pour poursuivre leur nuit et que l’un d’entre eux suggère de partir chez Régine et qu’un autre lui répond « et pourquoi pas la morgue ? » C’est vrai, qu’à l’époque, elle était sur le déclin, et elle l’a mal pris. Mais globalement, elle en veut à tout le monde en permanence ; elle distribue les gifles comme d’autres distribuent des cigarettes ; celui qui n’a pas été giflé par elle n’est pas digne de me serrer la main. Frédéric Beigbeder, qui vient d’ailleurs ici tout à l’heure pour une séance de signatures de son dernier livre, a lui aussi été giflé par Régine qui, un jour, lui a reproché d’avoir mis une casquette nazie pour une fête un peu SM chez elle. Elle a la main très facile.

Est-ce que je surinterpréte le scénario de Jet Set si, à la fin du film qui se finit à Montreuil dans un bar, j’y vois un clin d’œil à la Main Bleue ?

Ce n’était pas vraiment un clin d’œil à la Main Bleue, même si j’y ai bien sûr pensé. La Main Bleue était un endroit inouï qui nous a permis de découvrir la banlieue est de Paris. La fête que Karl Lagarfeld a organisée là-bas est restée dans la mémoire de tous. Mais quand le film a été tourné, Montreuil était déjà considérée comme une ville du « 9.3 ». L’histoire se résume vraiment au pot de terre contre le pot de fer, c’est-à-dire au petit bar pouilleux de Montreuil face à la jet set parisienne.

Pourquoi avoir participé à la Ferme Célébrités ? Cela vous a inspiré un livre intitulé Le spectacle de la société, mais n’aviez-vous pas l’impression d’être dans la critique automatique du système médiatique et people ?

J’ai pris conscience, à mi-chemin dans cette affaire, que, si je devais procéder à une dénonciation de quelque chose, cela ne devait être que de ma seule imbécillité de m’être mêlé de près à tout cela. L’image emporte tout. J’ai d’ailleurs reçu récemment une demande d’Endemol pour me demander si j’acceptais qu’ils utilisent des extraits de la Ferme Célébrités dans lesquels j’apparaissais. Je leur ai dit qu’il n’y avait aucun souci à utiliser ces images s’ils mentionnaient explicitement que je n’étais pas candidat à cette émission mais bien « special guest ». Mais dans l’esprit des gens, je pense que même si je n’étais pas candidat, j’ai été assimilé à ce programme. Avec du recul, je peux dire que ce n’était pas un choix très malin de ma part. Puis, j’ai fait un second mauvais choix en écrivant ce livre dans un style aussi pauvre que les programmes qu’il critiquait, c’est-à-dire que j’ai appauvri volontairement la qualité romanesque de cet ouvrage et c’était une erreur; on a pas le droit de traiter la littérature comme cela.

Avez-vous des regrets ?

Non, il ne faut jamais regretter ce que l’on a fait. Je n’ai ni regrets du passé, ni peur de l’avenir, donc je me tiens debout, content de ce que je pourrai encore entreprendre demain dans le futur.

Pourquoi avez-vous aussi participé à Pékin Express avec Albert de Paname ?

C’était différent de la Ferme Célébrités puisque Pékin Express n’est pas un huit clos sous le regard permanent des caméras. Il ‘agissait plus d’une aventure, d’une compétition physique qui fut très intéressante. Le soir, les caméras s’arrêtaient et l’on pouvait vivre notre vie sans être épiés, alors que le huit clos rend les gens fous comme dans un laboratoire ; c’est une forme de torture psychologique très efficace. Pékin Express, je ne l’ai pas vécu comme de la télé-réalité, mais plutôt comme une prouesse technique de la part de la production, parce qu’il est très difficile de filmer ce genre d’émission tant il y a d’imprévus et que rien n’est écrit et scénarisé à l’avance.

Comment avez-vous connu Albert de Paname ?

Je l’ai connu au Balajo, il y a très longtemps. Albert était un magicien qui passait des musiques que l’on n’entendait nulle part ailleurs.

Évoluez-vous toujours dans ce milieu que l’on nomme « jet set », même si je ne suis pas vraiment sûr de comprendre ce que cela signifie exactement ?

« jet set » est un terme évolutif. Je fréquente encore ce milieu parce que j’y ai des obligations professionnelles, des connexions amicales ou bien encore des habitudes de vacances. Et je vais vous confier quelque chose : tous les lieux « jet set », je les préfère toujours hors saison, mais que voulez-vous, quand la demande est forte, on finit bien par se résigner à devoir y accéder.

Que faites-vous depuis que vous n’êtes plus journaliste ?

J’organise tous les mardi au Victoria 1836 un « piano tuesday », pour animer l’avant-soirée comme il y a des access prime-time qui préparent les émissions du soir. Aujourd’hui, je fais surtout du conseil en communication, du consulting et de l’organisation d’événements que je prépare de A à Z.

Qu’est-ce qui vous passionne dans le street art ?

J’ai toujours aimé le street art. Enfant, j’ai vu à New York les premiers « lettrage bubble » ; ces derniers sont aujourd’hui devenus courants partout dans le monde, mais à l’époque, ça n’existait que là-bas. En voyant ces œuvres dans la rue, j’ai eu l’impression que l’univers de mon enfance, celui de Marvels, envahissait la rue. Quand je suis arrivé en France, j’ai découvert Miss. Tic et Jérôme Mesnager, puis toutes les générations d’artistes qui leur ont succédées, jusqu’à C215 aujourd’hui. Et j’ai toujours eu énormément de plaisir à voir l’art envahir la rue de manière gratuite, même s’il faut garder à l’esprit que c’est souvent risqué et coûteux pour les artistes. Il s’agit d’une liberté d’expression qu’il faut absolument encourager et qui existe depuis toujours : les grands artistes ont toujours peint leur nom ou collé des affiches sur les murs des villes dans lesquelles ils arrivaient ; la publicité passait et passe toujours par la publicité de soi-même. Ensuite, des messages ont été intégrés au street art ; c’est donc devenu de l’art conceptuel allant de la poésie à la politique en passant par la recherche graphique pure. Cette forme d’art casse le moule castrateur pour l’être humain dans lequel nous vivons, d’autant plus à l’ère numérique où les codes et les valeurs se perdent et se transforment et doivent être repensés et réécrits. Dans un monde où tout est très réglementaire et publicitaire, pourquoi n’y aurait-il pas plus de place pour l’art ? C’est une aberration que, quand je démarche des propriétaires d’immeubles ou des copropriétés où finalement, tout serait adéquate pour que l’art s’y installe, tous ont peur de se faire remarquer, de déranger ou de choquer. À cause de cette peur, il est presque impossible d’obtenir un mur aveugle ou vierge à Paris pour y peindre, par exemple, une fresque sur mesure ayant un contenu poétique ou social et ainsi renouer le lien social un peu distendu dans ce pays. Toutes ces choses-là sont impossibles à réaliser. Je ne comprends pas d’où provient ce blocage, sinon de la notion de droit de la propriété, c’est-à-dire quelque chose de très bourgeois.

Trouvez-vous notre contemporanéité plus liberticide que d’autres époques ?

Non, toutes les époques sont intéressantes et chacune possède ses propres périls. Dans l’époque précédente, nous avons connu la menace constante de la bombe atomique quand les Pershing et les SS-20 se multipliaient jusqu’à pouvoir faire exploser la planète 19 fois ; c’était un parapluie un peu lourd à supporter pour la jeunesse des années 70/80. La jeunesse des années 90 a connu le péril du Sida et celle des années 00 et 10 est désormais confrontée aux dangers de l’internet, du hacking international. En revanche, notre contemporanéité nous apporte tant de plaisir que nous n’avions pas par le passé. Je ne vois pas le monde à travers des rétroviseurs les yeux remplis de larmes et le regard teinté en fuchsia, ni avec des lunettes déformantes pour masquer les risques de la réalité. Les dangers, les plaisirs, la vie, tout change. Le plus important, c’est d’être soi-même et de mener la vie que l’on a envi de mener, sans ne jamais oublier que tout est toujours possible ; c’est ça la vraie clef de l’existence. Tout est une question de perspective ; j’ai appris ça dans le cinéma ; on appelle ça le champ et le contre-champ.

Est-ce que cette image de jet-setteur vous colle encore à la peau aujourd’hui ?

Non, je ne crois pas. Quand j’étais journaliste, oui, il était difficile pour moi de m’en défaire. Mais comme je ne suis plus dans la presse, ce n’est plus le cas. Comme je n’étais plus qu’un chroniqueur mondain à temps plein, c’était devenu dépréciatif. On me collait l’étiquette de chroniqueur mondain alors que journaliste eut suffi. Jet-setteur, je le suis encore, mais je ne fréquente pas que ce milieu, sinon je deviendrais chèvre.

A propos de l'auteur

Journaliste, Gribouilleur, Novö Pandore, etc...

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