Quatre ans après leur premier opus « Everybody’s god », le quator français revient avec un nouvel album en mars 2014. Le premier extrait, « Siblings » est déjà disponible. Interview.

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Vous vous appeliez Guts. Pourquoi avoir changé pour Gush ?

Yan : Que dire. Il y a un magazine qui s’est créé et qui s’appelait Guts et qui a déposé son nom sous 300 catégories différentes en comprenant sac de plage, CD, slips, chaussettes … qui était tenu par un gars qui s’appelle Cauet. On tenait pas forcément à finir en procès parce qu’on avait le même nom sachant qu’on s’était formés deux ans plus tôt. Donc c’est un peu une faute d’inattention de notre part. Puisque Guts veut dire « qui vient des tripes », on a gardé la même sonorité pour ne pas perdre les gens qui nous connaissaient déjà et encore mieux symboliser l’esprit du groupe qui est basé sur l’énergie. On nous a toujours dit qu’on était assez frontal en concert. Que ça prenait bien tout le corps. Par conséquent, on s’est axés là-dessus.

C’est une histoire de famille, vous êtes deux frères et deux cousins. C’est pas un peu chiant ?

Yan : C’est des liens de parenté liés à des secrets de famille qu’on ne peut pas révéler. Je ne pense pas que ça soit chiant, c’est pas vraiment quelque chose qu’on prend en compte.

Mathieu : Comme on dit souvent, « il y a des familles ça marche, d’autres ça ne marche pas ». T’as parfois des rapports avec tes potes qui sont plus forts que ceux que t’as avec ta famille. Ce n’est pas quelque chose qui rentre vraiment en considération mais c’est cool d’avoir des liens familiaux. C’est super.

Yan : On est habitués, on joue tout le temps ensemble. Xavier et Vincent qui sont frères, entre eux ça roule au maximum. Donc y’a plein d’automatismes qui se sont crées aussi grâce à ça, du gain de temps. Avoir une famille, ça apporte un truc d’un peu plus direct au disque.

Vous avez sorti 4 EP. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour faire votre premier album « Everybody’s God » ?

Y : D’abord, on s’est formés. On a fait nos premières armes, on a fait des démos. Comme on avait des moyens techniques limités, on s’est plus tournés vers des ordinateurs et des machines, incluant quelques éléments pop-rock. On est partis en Angleterre et on a essayé de faire vivre nos premières auto-productions, pour se faire connaître. Quand tu fais des concerts il faut avoir quelque chose à vendre. Nos EP étaient un moyen de donner notre état d’esprit, de le montrer. Après on a signé avec une maison de disque. Et le premier album est venu.

Vous vous êtes autoproduits pendant 6 ans, puis vous êtes passés sur un label…

M : L’autoproduction ça veut tout et rien dire. Nous on s’est toujours enregistrés et produits tout seuls depuis le début. On n’a pas été catapultés comme ça avec un producteur. Ça fait des années qu’on fait tout par nous même. Effectivement le label et notre producteur de l’époque sont intervenus pour financer beaucoup de choses, pour promouvoir le disque. Mais en termes de production concrète des textes, de la réalisation (etc.); on le faisait déjà et on a continué à le faire seuls sur ce disque. Le label était juste là pour nous orienter. Et ça continue aujourd’hui.

Pourquoi avoir sorti un EP uniquement pour le titre « Siblings » ?

M : Au début, le titre est sorti en tant que single. Ensuite, c’est devenu un EP parce qu’il y a eu 2 remix. C’est la maison de disque qui avait aussi cette envie de voir sortir un EP.

Y : Ce qu’il faut dire c’est que sur le premier disque on a eu des opportunités pour être remixé. Par manque de temps on l’a pas fait. On trouvait que cet album se prêtait bien à la réinterprétation. Un remix doit se réapproprier la chanson. On a trouvé super les deux remix de « Siblings » donc on a voulu montrer aux gens que la chanson pouvait être protéiforme. On a voulu insister sur le côté « je revisite la chanson « Siblings » plutôt que de l’assortir à d’autres chansons qui auraient pu être trop distillantes et trop diffuses ».

Vous avez pris un tournant bien plus électro…

M : On n’identifie pas vraiment ça comme électronique mais plus comme du synthétique. Sur « Everybody’s God », on ne les entend peut être pas autant, mais il y a des synthétiseurs. Sur le nouveau, ils sont beaucoup plus mis en avant. Pourquoi ? Parce qu’on en avait envie tout simplement. On ne voulait pas refaire le même disque, avec simplement des nouvelles chansons. Pour nous la création c’est aussi se renouveler et aller vers de nouveaux horizons. Avant « Everybody’s God », on avait beaucoup exploré la programmation, les synthés, la musique assistée par ordinateur. Donc on est revenus à ça. Le premier disque c’était un peu un écart qu’on a fait, mais qui était très cool.

Y : On a mélangé l’organique du premier disque avec notre savoir-faire d’avant. On est très fans de synthé. On a amassé depuis nos 16-17 ans, beaucoup de matériaux et d’instruments divers et variés. Par exemple, Vincent confectionne lui-même ses boîtes à rythme. Nous sommes tous très axés sur les beats, les sons, les synthés et les guitares. Comme on est tous multi-instrumentistes, on n’a pas de limite et on n’a pas envie de s’en imposer. L’équilibre avec le premier disque est inversé. Sur cet album, le tissu synthétique est plus mis en avant. Mais pour nous, ce qui compte c’est la compo. Tu l’as fait avec un synthé, une guitare ou n’importe quoi d’autre dans n’importe quel style. Comme on est passionnés de production et qu’on a envie de maîtriser la production, on s’est dirigés vers ça. Sans regarder à droite à gauche. Juste en étant dans l’expérimentation et la recherche.

Vos clips sont assez intimes.

M : On ne le pense pas forcément comme ça, mais c’est vrai que c’est intéressant de pouvoir offrir cette opportunité. S’il y a plusieurs lectures pour ce clip, ce n’était pas uniquement pour montrer aux gens « regardez on est soudés, on est ensemble ». Mais c’est le cas. Partir comme ça en expédition sur un glacier, c’est quelque chose d’assez fort. Ça été un moment très enrichissant pour nous. Un dépassement physique, mental…

Y: Finalement, ça reflète finalement bien la production de ce disque. On est descendus loin dans nos « nous » intérieurs.

Vous êtes arrivés à une finalité à travers cet album ?

M : La finalité c’est le titre de l’album : « Mira ». Tu pourras faire des recherches parce qu’il y a plusieurs lectures. C’est le titre qu’on a trouvé en dernier et je pense que c’est une bonne finalité. Cela regroupe pas mal d’aspects du disque. Après, faut s’intéresser à ce que ça représente réellement.

Combien de titres sur ce prochain album ?

Y : Dix titres, mais il y aura aussi une édition avec un bonus.

Vous n’avez rien sorti depuis 4 ans. Vous êtes étonnés que le public soit toujours au rendez-vous ?

Y : Déjà il y a plein de gens qui sont venus nous voir et qui ont aimé le premier disque. Rien qu’en France, on a eu la chance d’avoir une tournée assez importante. Par rapport à d’autres groupes qui débutent, on a eu une réponse hyper positive. C’est pas qu’on s’y est habitués, mais au contraire on est toujours hyper reconnaissants et étonnés. On a toujours essayé de diffuser quelque chose de bon et qui amène les gens vers quelque chose de bien. Et ils ont envie de revenir parce qu’ils sont attirés par ça. On espère qu’il va y en avoir encore plus. Quand ils reviennent et qu’ils nous attendent, on les remercie mais surtout on a envie de leur dire c’est que le début de l’aventure: « restez les yeux ouverts, venez avec nous ça va être fou fou ». Bien sûr, on ne se dit pas, « tiens c’est normal qu’ils soient là ». En plus avec ce changement de couleur sur ce disque, il y a des gens qui pourraient très bien être perdus. Mais on a vu ces gens qui sont restés et qui avaient hyper hâte de nous voir. Evidemment, ça nous met du baume au cœur. On est contents qu’il reste un peu de lumière dans leurs yeux.

Vous avez participé à la guest list des Naives New Beaters ?

M : Ils nous ont proposé de faire ce morceau avec eux. Ils sont arrivés, ils avaient une instru. On n’avait jamais fait de trucs avec eux à part une intervention sur scène quand ils étaient en concert à la Cigale. C’était une super expérience. C’est des mecs qu’on adore, qui sont très marrants, qui ont du talent. Ils ont un vrai monde à eux, une image très cool. D’ailleurs, on est dans le même label.

Y : On était avec eux à la Flèche d’Or avant d’être signés. On vient un peu de la même scène, du même endroit.

Ca va faire 10 ans que vous existez.

Y : Notre premier concert, c’était le 5 mai 2004 à La-Celle-St-Cloud.

M : On aura peut-être une banderole.

Y : Officiellement, on existe vraiment depuis 2009. On a commencé la tournée à ce moment-là avec notamment « Rock en Seine » et pas mal de premières parties qui nous ont beaucoup amené à voyager. Mais les gens vont se dire : « Ah ouais 10 ans ? Ah ouais… C’est vrai que 10 ans, ça se fête avec un nom d’album ». Faire ses 10 ans après 1 ou 2 albums, c’est un peu présomptueux, un peu étrange. Mais nous, on se fera un gros câlin.

Des bonnes résolutions pour 2014 ?

M : On va continuer.

Y : On est à fond dans la construction. On aurait pu refaire le même disque, on n’est pas allés dans cette voie-là. On construit, faut que ça roule là. On espère juste que ça va plaire aux gens et qu’on va les emmener avec vous.

Certains disent que vos chansons parlent beaucoup de sexe, vous en pensez quoi ?

M : Pas du tout. Ca parle de la vie, et le sexe en fait partie. C’est quelque chose qui malgré tout turlupine les gens, c’est un sujet qui revient assez souvent, qui est plutôt présent dans notre société. C’est pas du tout un sujet central, ce n’est pas une obsession qu’on a. Si les gens ont envie de voir ça, qu’ils le voient, que ça leur plait et qu’ils se retrouvent là-dedans, c’est cool.

Y : C’est le sujet qui est plus porté sur le plaisir et sur ses dommages collatéraux, il y a des chansons qui sont là-dessus comme « No Way ». Mais ce n’est pas à proprement dit sur l’acte sexuel. D’ailleurs on voulait prendre des chansons, parce que tout le monde fait des chansons sur l’amour, chaque groupe essaie de prendre un chemin différent, de le contourner. Sur ce disque-là, il y a un côté « je fais plein de péchés mais je suis quand même un peu un dieu, quelqu’un qui est divin. Je fais partie du monde, je suis matérialisé comme ça, mais j’ai un esprit divin. J’ai beau parler de choses futiles comme le sexe, je reste quelqu’un de divin ». Là aujourd’hui, on va pas se mentir, il y a des chansons qui parlent de plaisir. On n’est pas en train de décrire un coït ou quoi que ce soit, c’est vraiment pas notre truc. Par contre, il y a des petites touches à droite à gauche qui nous amènent à ça. Par exemple comme des chansons qui s’appellent « Dirty Attitude » ou « Full Screen » ont une tonalité un petit peu plus charnelle, sensuelle.

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gush-grotte-9s-couleur (1) Gush

« Mira »

Mars 2014

En concert le 24 janvier à La fléche d’or et le 21 mai au Trianon à Paris

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