Avec Régis Santon, Alain Dumas et Bénédicte Mayer. Mise en scène par Stéphanie Lanier. Espace Georges Bernanos. 4, rue du Havre 75009 Paris. Les vendredi, samedi, dimanche jusqu’au 7 février 2016 et plus…

Univers-démasqué-tract-2-624x870

Mais que fout ce micro onde en plein milieu de la scène !?? Mais que fout cette pipe dans la bouche d’Alain Dumas ! ??? Mais que fout Régis Santon en soutane !?? Et pourquoi il veut offrir son portrait à Pie XII ? Et pourquoi une pomme tombe d’un tableau alors qu’on sait pertinemment que ce n’est pas une pomme ! ???

En une heure l’auteure Bénédicte Mayer ( ?) va avec talent faire tomber ces masques aidée par deux comédiens ( ?) d’exception, une mise en scène d’une rigueur implacable de cette superbe et formidable comédienne qu’est Stéphanie Lanier ( ?), avec des lumières étonnantes de Nicolas Simonin, ( ?), un décor intelligent de sobriété de Nicolas Thers ( ?) et une musique d’une inventivité, d’un humour ravageur, écrite par Olivier Gavignaud ! ( ?). 

Ce n’est pas normal ? Oui car le théâtre n’est fait que d’illusions, et l’imaginaire n’est qu’au centre de notre univers comme les micros ondes ! D’ailleurs ce curé, alias Georges Lemaître, alias Régis Santon, a eu cette idée incroyablement farfelue d’inventer le Bing Bang ( ?) et de faire toute une théorie sur « les radiations des micros ondes cosmiques » un an avant de disparaître de la galaxie…donc les micros ondes servent à faire chauffer la soupe primordiale, l’origine de la vie, et on revient toujours au début : expansion, contraction, expansion… ahahaha ! Imaginer que Magritte alias Alain Dumas, le comédien à la pipe, va peindre un portrait c’est aussi biscornue que d’imaginer la nuit en plein jour ( ?) !

Voilà pendant une heure terrestre (faut faire gaffe à la théorie de la relativité générale) c’est un enchantement cosmique, une histoire improbable et terriblement jouissive d’une rencontre entre deux atomes Belges les plus célèbres de ce pays ! C’est un voyage dans l’espace Bernanos et dans le temps sidéral d’un quotidien banal – un petit chez soi, propret, bien rangé, autour d’un micro onde qui trône anachroniquement – un pied de nez au créationnisme et à toutes les théories révisionnistes théologiennes qui parcourent nos champs journaliers, c’est drôle et terriblement intelligent ; c’est comme un tableau de Magritte donc : ce n’est pas une pièce de théâtre ! ahahahah ! Courrez à la vitesse de la lumière pour entendre et voir ces mots qui fusent du fin fond du cosmos écrits par une cosmologue en ébullition certifiée.

Pour en savoir plus on a discuté avec Stéphanie Lanier dans un bar assez cool, face à l’espace Bernanos (grand essayiste qu’on apprécie chez Roads), devant une bonne bière belge et un plateau de fromages bien français.

Comment êtes-vous venue à la mise en scène ?

C’est une histoire d’amitiés ; d’abord un coup de cœur sur le sujet, puis le plaisir de diriger mon professeur Régis Santon qui a une grande carrière théâtrale, Alain Dumas, un frère de Théâtre avec qui j’ai beaucoup joué, et Bénédicte Mayer qui est sa femme et qui a écrit cette pièce incroyable sur ces deux célébrités belges et qui m’a emballée. Je me sentais capable de la mettre en scène.

Est-ce votre première  mise en scène ?

Non j’ai mis en scène la Cagnotte de Labiche adaptée pour Botto Strauss.

Quelles indications Bénédicte vous a données pour la mettre en scène ?

A la lecture j’avais des images qui me venaient ; Je ne connaissais pas Lemaître et Bénédicte m’en a beaucoup parlé et j’ai lu pas mal de littérature sur lui, par contre je connaissais très bien Magritte ; sa passion pour le cinéma, ses tableaux surréalistes qui pour moi avaient une correspondance avec les travaux de Lemaître, tout de suite m’est venu la scénographie, avec une démultiplication des plans, le regard qui regarde et qui fait le tableau – Magritte a beaucoup écrit sur l’œil –  la profondeur du champs, tous ces éléments donnaient des perspectives pour mettre en scène ; Nicolas Simonin est venu se greffer à l’aventure, je l’avais connu en jouant au Théâtre 95 chez Joël Dragutin, il est obsédé par les coloris…

J’ai été frappé par l’originalité de la musique

Oui Olivier Gavignaud c’est encore une histoire de famille ; il a beaucoup travaillé avec Alain Dumas. Moi je voulais de la musique ; la musique qu’il a écrite est comme une musique de film avec des leitmotives ; il fallait aussi donner des ambiances pour qu’on puisse pas savoir si on était dans le rêve ou la réalité, le jour la nuit, si la scène était fini ou pas. La musique a un côté très datée avec des moments de polar, de mystère. C’est la musique qui termine la pièce avec une pirouette musicale, c’est un personnage à part entière.

Vous avez aussi utilisé de la vidéo

J’ai utilisé la vidéo pour illustrer les obsessions de Magritte ; la mort de sa mère, noyée, qu’on a retrouvé dans la Sambre en chemise de nuit ; dans sa peinture il y a beaucoup de femmes sans tête, avec des voiles et puis il y a Georgette l’amour de sa vie qui était une source importante d’inspiration ; d’où cette vidéo de Bénédicte qui joue la femme de Magritte, la femme au mille visages ; on s’en sert aussi pour faire entrer le rêve, le sommeil, la réalité.

Pour écrire cette pièce et la mettre en scène Bénédicte et vous, vous êtes beaucoup documentées sur ces deux personnes.

Oui ; Bénédicte Mayer est comédienne et a étudié l’astronomie, nous nous sommes beaucoup intéressées sur l’opposition qui existe entre les deux. Magritte était très méticuleux, très précis ; Georgette sa femme, devait lui préparer à heure fixe ses repas, tout était bien réglé ; Lemaître quant à lui avait une pensée qui fusait dans tous les sens, il avait un parcours hallucinant,  il avait une foi inextinguible dans l’invisible. Lemaître dans la pièce parle à Magritte une langue totalement étrangère sur la science, l’abstraction alors que le peintre est dans tout ce qu’il y a de plus concret ; mais ce qui l’intéressait le plus c’était le prolongement d’une pensée, l’émotion d’une pensée sans entrer dans la psychologie. Ils se retrouvent quand même tous les deux sur plusieurs points dans la pièce, ce sont deux gamins qui ont un regard très particulier sur le monde ; je suis sûr qu’ils auraient eu beaucoup de choses à se raconter s’ils s’étaient rencontrés.

Cette expérience vous donne envie de continuer dans la mise en scène ?

Si c’est avec des amis pourquoi pas, quand on est sur le plateau c’est quand même plus angoissant, s’occuper des autres j’aime beaucoup 

Et de jouer dans cette salle au Bernanos c’est spécial ?

On a joué l’année dernière à Toulouse, puis à la Reine Blanche dans le 18éme arrondissement de Paris ; la reprise se fait au Bernanos où l’accueil est formidable grâce à Catherine Richaud, régisseuse ; elle a réussi à transposer la pièce au dimension de la salle pour la musique, les lumières, les décors, elle a fait un travail fantastique. On se sent bien dans cet espace où Michel Lonsdale vient faire ses spectacles.

Maintenant vous voilà démasquée chère Stéphanie !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.