Onur Tukel est un réalisateur new-yorkais bien connu dans le milieu du cinéma indépendant américain. De passage à Paris pour présenter son dernier film Summer of Bloodj’en ai profité pour l’interviewer. 

Onur Tukel

Il est de la trempe de ceux qui me fascinent ; ces anti-héros irresponsables, égocentriques mais doués d’un talent tel que cela suffit à faire d’eux des êtres uniques, inimitables et parfois même infréquentables. Jamais plus il n’y aura d’autres Onur Tukel sur cette Terre. Égoïstement, je clame sans aucun sens de la mesure que c’est tant mieux : le talent, cela ne se gaspille pas à tout-va, cela ne se disperse pas aux quatre vents pour faire plaisir aux voyeurs avides d’égalité pour tous les Terriens. Non. Concernant la virtuosité et l’unicité, il faut préserver ces denrées rares et, pour y arriver, il est conseillé de les dissimuler. J’ai donc pensé qu’il serait stupide de ne pas proposer à ce personnage si atypique un entretien, histoire de voir si sa vraie personne était aussi séduisante dans la réalité que le personnage qu’il s’était conçu sur mesure pour son dernier film. Et je n’ai pas été déçu : Onur m’a TUER. Adepte du triolisme, attiré par le libertinage, la mort, ou l’existentialisme, Tukel pourrait être un des fils spirituels de Gilles Deleuze qui disait lui : « Faire l’amour n’est pas ne faire qu’un, ni même deux, mais faire cent mille. » Onur Tukel, hésite en permanence, questionne, répond spontanément et avec brio aux interrogations que lui pose la vie ou d’éventuels intervieweurs qui viendraient à sa rencontre. Explorateur de lui même, il semble avoir trouvé la « voie royale » vers sa destinée : faire des films fous / brillants / décalés / difficiles d’accès / gores / bizarres / révulsants / inquiétants. Et « des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. » Onur Tukel, lui, a, paraît-il, trouvé ce qu’il cherchait. Désormais, il s’octroie le luxe de faire ce qui lui plaît !

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Interview :

D’où viens-tu ?

 Je viens d’une petite ville – Taylorsville -, située en Caroline du Nord. Je suis né là-bas, et j’y suis resté jusqu’à mes trente-huit ans. Je n’habite à New York que depuis seulement quatre ans, pour y faire des films indépendants. Avant de déménager, j’avais déjà fait quatre films, tournés soit en 16 mm, soit en 35 mm. À New York, je me suis mis au numérique simplement parce que c’est moins cher et plus simple de tourner de cette manière.

Tu as également été acteur, n’est-ce pas ?

Je n’ai jamais joué dans aucun vrai film avant d’arriver à New York. Je crois que la première fois où j’ai joué dans un film, c’était dans Septien (2011), où j’interprétais le rôle d’un peintre. Et après ça, j’ai été repéré par Alex Karpovsky – un acteur connu qui a joué dans la série Girls – qui m’a pris pour jouer dans son film Red Flag (2012). Sinon, j’aime bien joué dans mes propres films !

Est-ce la première fois que tu viens à Paris ?

Non, je suis déjà venu ici l’an passé, pour cinq jours, à Montmartre, comme un vrai touriste, pour visiter Beaubourg et le Louvre. Mais cette fois-ci, je n’ai pas du tout joué au touriste, j’ai juste beaucoup fait la fête pendant le festival : c’était pas mal du tout !

Penses-tu que les Français aimeront ce film ?

Honnêtement, je n’en sais rien et je n’ai pas eu le courage de rester dans la salle pendant les deux projections de cette semaine. Mais d’après ce que l’on m’a dit, certains Français ont aimé, et d’autres ont détesté. Le problème, je pense, c’est que Summer of Blood est entièrement basé sur les dialogues et des jeux de mots qui sont difficilement traduisibles. Donc si l’on ne parle pas anglais parfaitement, ce film est presque incompréhensible.

Le cinéma d’horreur est-il un genre qui t’obsède ?

J’ai toujours aimé les films d’horreur. Mais à mes débuts, lorsque j’ai fait mes premiers films de ce genre, je ne voulais pas utiliser mon vrai nom de peur d’être associé et catalogué en tant que simple réalisateur de film d’horreur. J’ai donc choisi d’utiliser le pseudonyme de Sergio Lapel, notamment pour le film Ding-a-ling-Less.

Qu’est-ce qui t’as motivé à te lancer dans la réalisation de films ?

Ça m’est simplement venu en regardant des films, beaucoup de films. Le premier long métrage qui m’a marqué,  c’est Les dents de la mer, de Spielberg. Vers douze ans, l’un de mes amis a eu une caméra pour son anniversaire, et à partir de là, on a commencé à tourner plein de petits trucs complètements débiles. Puis, j’ai intégré l’université de Caroline du Nord – UNC Chapel Hill – où j’ai choisi d’étudier le cinéma. Mais honnêtement, ça me stressait un peu de sortir de la fac avec simplement un diplôme de cinéma, donc j’ai aussi étudié le journalisme et le graphisme, histoire de me rassurer quant à mon futur. D’ailleurs, aujourd’hui, la plupart de mes revenus proviennent du graphisme, donc ce n’était pas une si mauvaise idée. Je fais aussi pas mal d’illustrations de livres pour enfants. Mais puisque le cinéma commence à me rapporter un peu d’argent, je risque de petit à petit délaisser l’illustration et le dessin. Tu sais, aux Etats-Unis, c’est plus facile de faire de l’argent dans le cinéma quand tu te focalises sur des productions de genre, comme la science-fiction ou l’horreur.

 Pourquoi as-tu fait Summer of Blood ?

J’ai fait ce film pour faire de l’argent. On voulait le réaliser rapidement, et ne pas en faire quelque chose de trop précieux. Il y a deux mois, Summer of Blood a été présenté au Tribeca Film Festival, et il a été vendu. Je ne te dirai pas pour combien je l’ai vendu, mais tout de même assez cher pour couvrir les frais de production et générer un certain bénéfice. Et maintenant, un agent s’occupe de vendre le film en Europe, et c’est un peu pour cela que j’ai atterri ici, dans ce festival. D’ailleurs, il a déjà été vendu à des distributeurs dans quelques pays à travers le monde ; cela suffit à me contenter. Et comme tous les réalisateurs, j’espère que ce film sera vu par le plus grand nombre de personnes possible. Pour info, il sortira à New York en septembre prochain et sera disponible simultanément en VOD. Le but ultime, c’est d’avoir assez d’argent pour faire d’autres films comme celui-ci, c’est-à-dire de faire une série, et donc une suite à Summer of Blood genre Winter of Blood, etc… Ce film-ci avait pour thématique l’engagement maritale ; le suivant sera plutôt au sujet de la peur de devenir parent, et celui d’après, bien sûr, devrait aborder le thème de la peur de la mort… En fait, tous ces films sont et seront basés sur la peur. Même si l’on ne devrait pas laisser la peur guider nos vies, on ne peut pas vivre sans peur, sinon, on meurt.

 Comment t’es venu l’idée de Summer of Blood, ce film complètement barré ?

J’ai 41 ans et, à mon âge, dans ma situation, on se pose des tonnes de questions du genre : « Vais-je finir pas me marier ? » « Vais-je rester célibataire ? » « Suis-je capable de m’engager avec une autre personne que moi-même ? » Ce film est une sorte d’extension de ma propre vie et des questions qui traversent mon existence en permanence. Évidemment, c’est une comédie et donc, c’est très con, mais c’est aussi un reflet de mes propres peurs. Après tout, c’est logique : un film d’horreur est basé sur la peur, et celui-ci est basé sur la peur de l’engagement avec une femme. Erik Sparrow, le personnage du film, est terrifié à l’idée de vieillir et d’affronter ses responsabilités, celles qui sont inhérentes à l’âge.

Est-ce que, dans la « vraie vie », tu prends les choses sérieusement ?

Non, absolument pas. Mais si je peux me permettre de ne pas prendre les choses trop au sérieux, c’est parce que j’ai eu de la chance et une existence heureuse jusqu’à présent. J’ai n’ai, personnellement, jamais eu à faire face à aucune tragédie dans ma vie. Et puis, c’est aussi un truc de famille l’autodérision… Ma mère est une adepte des blagues stupides, et mes deux grands frères n’hésitent pas à se moquer de moi depuis toujours.

Qu’est-ce qui te pousse à être aussi obsédé par des thèmes comme l’existentialisme ou la mort ?

Regarde, dans le film, il y a cette scène dans laquelle Sparrow est confronté à la mort – quand le vampire lui demande s’il veut mourir ou pas. Et ce genre de question me traverse parfois l’esprit. Pourtant, j’aime la vie, et je ne compte pas mourir prochainement mais il faut regarder la réalité telle qu’elle est : beaucoup de gens meurent à chaque instant dans le monde, soit dans des accidents de la route, soit d’une maladie, ou encore à la guerre. Puisque jusqu’à présent, j’ai toujours été très heureux, si je devais mourir demain, je serais certainement triste et énervé, mais j’aurais aussi eu une très belle existence, donc je relativiserais cela facilement… Et il faut également prendre en compte que le futur est, d’une manière général, très effrayant. C’est très dur de ne pas penser en permanence au futur : les gens disent souvent qu’il faut vivre le moment présent, jouir de l’instant, mais malgré tous ces bons conseils abondamment distillés, je sais qu’un jour, quelque chose dérapera dans ma vie, quoique je fasse. Un jour, j’aurai certainement un cancer, ou un jour, il y aura peut-être un autre acte terroriste commis à New York, et crois moi, j’ai constamment peur de toutes ces éventualités ! Certes, j’essaye de m’améliorer, de ne plus être aussi peureux, mais ce n’est pas facile du tout.

Dans Summer of Blood, il est vrai que, par exemple, tu parles de la peur automatique que provoque chez les Américain un arabe avec un sac à dos dans un lieu public…

Exactement ! J’ai une anecdote à ce sujet d’ailleurs : juste après l’attentat du marathon de Boston, j’étais dans un train à New York, et je voyais les gens autour de moi me fixer de manière très suspicieuse. C’était gênant, mais j’ai tendance à faire la même chose quand je vois un arabe barbu… Je pense simplement que c’est un réflexe naturel après les actes terroristes qui ont frappé les Etats-Unis ces dernières années. Je ne veux pas passer pour un mec paranoïaque, qui essaye de décrypter ou de profiler tous les gens qu’il croise selon leur apparence ; je pense juste que ce sentiment de peur est logique, puisque l’on sait aujourd’hui que cela peut arriver n’importe où et n’importe quand. C’est terrifiant !

Pourquoi avoir choisi d’incorporer également à ce film la thématique du libertinage ?

Cela fait partie de cette peur globale de l’engament. Soyons francs : la monogamie n’est pas quelque chose de nécessairement naturelle pour tout le monde, et encore moins pour moi. Il existe une peur pathologique chez chaque individu, qui se matérialise sous cette interrogation : « Si je m’engage dans une relation sérieuse avec quelqu’un, serais-je capable d’également m’engager sexuellement uniquement avec cette seule personne ? » Quand j’étais plus jeune, mes mœurs étaient incontestablement plus légères que maintenant. Et pourtant, j’ai toujours cette envie de liberté sexuelle, notamment lorsque je voyage et que je rencontre de nouvelles personnes qui, éventuellement, pourraient m’attirer… Or, quand tu es marié, il découle systématiquement de l’adultère cette idée de regret, voire de culpabilité, et ça, ce n’est pas pour moi. Je n’aime pas les normes, au contraire, je suis quelqu’un de très spontané ! Seulement, dans mon film, Erik Sparrow, cet éternel célibataire frivole qui refuse le mariage, finit par s’apercevoir que ce genre de vie dissolue est un peu vide de sens, et que, peut-être, le mariage serait une alternative plus confortable. J’ai donc cherché à juxtaposer l’idée de liberté et l’idée d’engagement marital dans mon film. À partir d’un certain stade de réflexion, le sérieux prend le pas sur l’amusement et la liberté…

Summer of Blood est aussi un film au sujet de l’égoïsme : la scène qui se déroule dans le métro est typique de cette réflexion, puisqu’elle met en perspective le personnage principal dans un environnement où il est confronté à d’autres personnes – des inconnus. De cette séquence se dégage beaucoup d’humanité puisqu’elle replace l’homme dans un contexte où il n’est qu’un individu parmi tant d’autres.

Quel est l’intérêt d’avoir noyé le film sous des litres de sang ?

C’est un point très important de ce long métrage ! On recherchait un titre accrocheur (Summer of Blood), et pour cela, il fallait du sang, beaucoup de sang. C’est logique : les amateurs de films d’horreur seront automatiquement attirés par un titre de ce genre. L’objectif était aussi de mélanger le sexe et le sang, ce qui permet de sous-entendre l’existence potentielle de M.S.T. dans certaines scènes malsaines. Mais les maladies de ce genre ne sont pas un sujet dont on peut rire facilement, et plus spécifiquement le SIDA, et ce même si je me permets de faire une blague là-dessus dans le film. En clair, s’il y a du sang, du sexe, et qu’il suffit de se faire mordre par un vampire pour devenir l’un de ses congénères, on subodore une certaine notion de contamination, de transmission d’une maladie d’un individu à un autre, et donc d’éventuelles M.S.T., sans que cela ne soit directement abordé dans Summer of Blood, puisque les vampires sont, par définition, immortels.

Cela t’as pris combien de temps pour tourner Summer of Blood ?

Neuf jours. On a tout tourné avec deux caméras à la fois – deux Canon 5D. C’était très court. Mais, tu sais, quand je tourne un film de ce genre, je n’ai pas vraiment de vision préconçue de chaque plan, au contraire, je fais ça de manière très spontanée. Il s’agit d’un film plutôt laid du point de vue de la qualité des images, qui sont brutes et sans style. Je me suis plutôt concentré sur l’objectif d’obtenir quelque chose de très authentique, de très vivant, et donc de peu scénarisé. Les acteurs et moi avons assez peu révisé nos textes ; on a plutôt choisi d’interpréter le scripte avec nos propres mots. Pour les scènes courtes, ce n’était pas difficile de réciter nos répliques par cœur. Mais pour les scènes plus longues, je m’assurais juste au préalable que les acteurs avaient compris l’idée générale du scénario. Pour vérifier que les séquences que l’on tournait n’étaient pas trop ratées, je me suis systématiquement concerté avec le reste des membres de l’équipe de tournage qui n’hésitaient jamais à me signaler un problème ou une erreur quand quelque chose n’allait pas. Sur ce film, même si j’étais le réalisateur, je pense que tout le monde a véritablement contribué à l’élaboration de ce projet. C’est l’avantage des petites équipes : tout le monde compte. Je pense que quand tu diriges un film, tu dois pouvoir compter sur l’équipe technique ou les acteurs pour te suggérer d’éventuelles améliorations en permanence : un long métrage est une œuvre collaborative.

Combien t’as coûté ce film ?

Environ 30 000 dollars, tout inclus. J’ai géré la postproduction moi-même. Mais quand tu tournes avec des appareils photos 5D, tu disposes d’assez peu de possibilités pour améliorer l’image. Par contre, l’avantage c’est que ces appareils sont petits, et les passants dans les rues de New York ne remarquaient même pas qu’ils étaient filmés. L’usage de caméras plus discrètes que celles usuellement utilisées dans le cinéma classique aide aussi les acteurs à se concentrer plus facilement : c’est très dur de ne pas être stressé quand, sur une grosse production, une équipe de cinquante personnes te regarde fixement et que tu dois jouer ton rôle de la manière la plus naturelle possible…

Et puis, faire ce film avec un petit budget, de petites caméras, une équipe resserrée, ça m’a rappelé mon enfance du temps où je faisais des vidéos amateurs avec mon ami et sa caméra : c’était agréable. Au contraire, il y a quelques années, j’avais fait un film qui s’intitulait The Pigs avec lequel j’avais voulu tout planifier, tout contrôler, tout régler à la virgule près. Et devine quoi ? Le résultat final était catastrophique, malgré le fait que j’avais tout prévu, tout anticipé, et que tout s’était déroulé exactement selon mes souhaits. C’était donc entièrement de ma faute, puisque j’avais voulu tout maîtriser de A à Z, et que rien n’était spontané. Le pire, c’est que ma nana de l’époque produisait le film, et qu’on passait notre temps à s’engueuler sur le tournage. Résultat : j’étais insupportable ! Après cette horrible expérience, j’avais perdu toute la confiance que j’avais en moi et j’ai pris la décision de ne plus jamais reproduire ce genre d’erreur. Mon seul but désormais quand je réalise un film, c’est de m’amuser. Maintenant, j’ai pour objectif de réaliser des œuvres entièrement issues d’une collaboration étroite entre les personnes qui participent à l’élaboration du projet ; je pousse la collaboration et l’échange à l’extrême et, au final, le résultat est bien meilleur.

Quel est le concept d’un film d’horreur s’il ne fait pas peur ?

Un film d’horreur à petit budget est censé être drôle, distrayant, stupide, et je pense que Summer of Blood réuni tous ces critères. Par contre, il y a une scène dans le film où je mords quelqu’un dans le cou ; son sang dégouline partout sur mon visage et mes vêtements, et je fixe la caméra avec un regard un peu diabolique en le prenant dans mes bras, comme si j’étais pris de remords… Cette scène n’est pas effrayante, mais elle est indéniablement dérangeante.

Les éjaculations de sang exubérantes, c’est un peu inspiré de réalisateurs comme Tarantino, n’est-ce pas ?

Oui, c’est vrai : j’aime beaucoup Tarantino. D’ailleurs, certaines des musiques que j’ai utilisées dans ce film sont inspirées de l’univers de Tarantino. Mais je suis plus un fan de Woody Allen, et je crois que l’on retrouve dans mon travail des références à ses films.

Dans ce film, il est clair que tu es un adepte de l’autodérision et de l’exploitation des clichés. N’as-tu aucun tabou ?

Vivre à New York permet d’être en contact permanent avec toutes les communautés ethniques ou culturelles possibles et imaginables. Je veux simplement être capable de me moquer de n’importe qui, s’en être contraint de prendre en compte des notions comme l’amour ou le respect. Bien sûr, j’évite au maximum d’être trop irrespectueux envers qui que ce soit, mais je ne me censure pas. Par exemple, l’un des producteurs du film est juif et à chaque fois que je faisais une blague sur les juifs, je lui demandais si cela n’était pas trop grave. Et jamais il ne m’a censuré, au contraire. Étant moi-même origine turque, je révérais d’être plus turque que je ne le suis déjà, puisque je ne parle presque pas la langue de mes ancêtres et que je ne me sens pas non plus complètement à ma place quand je vais en Turquie pour ce simple problème d’ordre linguistique. Et puis, je ne comprends pas pourquoi je devrais me restreindre au niveau des blagues visant les communautés : j’ai grandi dans une famille dans laquelle nous avons toujours rigolé de tout et de tout le monde, y compris de nous-mêmes ! Et puis, tu ne peux pas vivre à New York et ne pas te moquer un peu des juifs… Évidemment, le but n’est pas d’être antisémite et je ne le suis absolument pas, mais si tu le fais d’une manière gentille et taquine, il n’y aucune raison de se l’interdire. Tout le monde se moque de tout le monde : les blancs, les noirs, les asiatiques, etc… il n’existe pas de sujet tabou et, selon moi, il ne devrait pas y avoir d’interdits moraux par rapport à cela. Dans la mesure du possible, la seule limite, la seule règle implicite à cet humour, c’est de ne pas blesser ou offenser quelqu’un trop sérieusement. D’ailleurs, es-tu juif ?

Non, je suis juste un Français qui ne croit en rien ! Pourquoi me demandes-tu cela ?

Par simple curiosité ! Pour conclure ce que je disais à ce sujet, et bien, avant d’arriver à New York, je n’avais quasiment jamais rencontré aucun juif de ma vie. J’ai découvert que c’était une ville en partie très juive, et c’est aussi pour cela que j’adore y vivre. J’ai beaucoup de respect pour la culture juive qui me fascine. D’ailleurs, le plus drôle dans tout cela, c’est que, dans la vraie vie comme dans le film, le propriétaire de mon appartement à Bushwick (Brooklyn) est un juif orthodoxe qui a dix enfants et qui s’appelle Libermann ! Donc tout est basé sur ma vie, et même le petit appartement que tu vois dans le film est celui dans lequel je vis au quotidien.

Et pourquoi les vampires t’obsèdent-ils à ce point ?

Ils ne n’obsèdent pas vraiment. À vrai dire, mon rêve est de pouvoir faire un film qui mettrait en scène le personnage d’un loup-garou. Le seul problème, c’est que la transformation d’un humain en loup-garou nécessite des costumes et beaucoup de maquillage et de travail, et cela coûte très cher, alors que pour faire un vampire, tu as juste besoin de fausses canines, d’un peu de maquillage de base, et de lentilles pour les yeux. Sinon, le truc qui me plait au sujet des vampires, c’est qu’il s’agit d’une métaphore pour l’homosexualité, parce qu’ils ne sortent que la nuit – sorte de « coming out of the closet » -, que tu dois mordre quelqu’un – ce qui renvoie à la pénétration anale – et puis, une fois que quelqu’un se fait mordre par un vampire, il en devient un à son tour – ce qui peut s’apparentait la notion d’être hétéro et de devenir gay seulement après avoir pratiqué l’acte sexuel avec une personne de même sexe. Personnellement, je suis hétéro, et je suis persuadé qu’il y a une partie de ma personne qui est aussi bisexuelle, mais je n’ai jamais été capable de sauter le pas. Je n’ai jamais couché avec un mec, mais je me demande toujours si un jour je le ferai, même si je suis plutôt attiré par les femmes. Par contre, mon hétérosexualité ne m’empêche pas de reconnaître quand un mec est très beau ! Par exemple, toi, tu es très beau. Mais je ne coucherai probablement jamais avec un mec même j’adore la culture gay, et que mon meilleur ami est lui-même homo. Un jour, je réaliserai un film au sujet de la culture gay. Le seul problème, c’est que je suis hétéro, et je doute que mon point de vue d’homme à femmes soit le meilleur… Il faut faire attention, puisque en tant que mec hétéro, je ne peux pas parler à la place des gays ! Bref, tu vois ce que je veux dire, n’est-ce pas ?

A propos de l'auteur

Journaliste, Gribouilleur, Novö Pandore, etc...

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