C’était un samedi soir de juillet, entre deux orages, que je m’en allais sonner chez P. Thévenin. Souriant mais pas trop, sympathique juste ce qu’il faut, il était là ; on s’est installés dans son salon, au milieu de centaines de vinyles (Oxygène de Jean-Michel Jarre au premier plan), accompagnés par sa chatte, Rose. Face à lui, calé au fond d’un grand fauteuil (presque un trône), j’ai hésité avant de lancer mes questions ; ce n’est pas que j’avais peur ; je redoutais simplement de passer à côté du personnage – P. Thévenin étant réputé pour la distance qu’il met naturellement entre lui et les autres.

Numériser

Nova, Têtu, Trax, Grazia, Act up et d’autres, son parcours de branché désormais débranché (de la nuit et de la pharmacopée euphorisante) résume – un peu – son caractère : élitaire plus qu’élitiste, il fait tout pour ne pas s’embarrasser des boursouflures d’une existence trop normée en s’intéressant plutôt exclusivement aux choses pointues de la vie (la musique électro, le cinéma, la littérature, la gaytitude, et des tas d’autres trucs). C’est chouette puisque qu’il sait tout mais ne donne pas beaucoup ; ainsi, on a toujours beaucoup de questions à lui poser.

De 17h à 19h, le dictaphone est resté allumé ; deux heures intenses à l’interroger pour, au final, ne retenir que ceci : Patrick Thévenin est un homme bien, un chic type, un mec brillant, drôle, acide juste ce qu’il faut, militant mais plus tellement ; il est surtout extrêmement bienveillant, profondément sincère, précautionneux avec les mots qu’il prononce. En commençant par le début de sa vie, je ne pouvais pas me tromper ; progressivement, on arriverait bien à la fin, pour peu que l’on s’entende bien. « Biiiip », la mémoire du Sony saturait. Pas grave, on a continué à parler.

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D’où viens-tu ?

J’ai grandi en Algérie ; mes parents étaient des pieds rouges (on appelle ainsi les coopérants français qui sont partis après l’indépendance) ; mon père (ingénieur) a reçu une offre pour aller travailler là-bas et cette mission qui devait durer un an a, en fait, duré quinze ans. Nous sommes finalement rentrés en France parce qu’on commençait à sentir la montée de l’islamisme ; ce qui était un paradis est devenu un pays nettement moins accueillant. On a atterri en Sologne, dans un trou perdu ; nous sommes passés d’une vie d’insouciance, sous le soleil, à une vie beaucoup plus solitaire et triste.

Ensuite, j’ai fait une prépa véto à Fontainebleau ; j’ai plutôt bien réussi la première année et j’ai raté la seconde lamentablement ; Fontainebleau était une étape pour me rapprocher de Paris ; je voulais vivre à Paris pour sortir du cercle familial et m’éloigner de la France profonde et trop calme ; j’ai du coup enchaîné avec ce qui était le plus simple vu mes études) les études en pharma’ (avec succès), (en option industrie), avant de faire une école de commerce (ESCP), un mastère de management international (titre pompeux mais qui ne veut rien dire), puis j’ai dû partir à l’armée à Brest, pas longtemps puisque je sortais déjà beaucoup, je découvrais la nuit gay, la house et la techno, mais j’ai préféré me faire réformer.

Quelle est ta première expérience avec la musique ?

En Algérie, on avait Radio Monte-Carlo et c’est tout ; ma mère m’a appris la variété française (je suis incollable sur Becaud, Ferré ou Ferrat) et je me souviens que mon père achetait en France dans les supermarchés des disques de covers ré-enregistrées de tube disco et funk. J’ai ainsi découvert plein de grands titres de funk et de disco, dans leur version ultra-cheap, quasi cocktail, sans le savoir.

J’ai vraiment découvert la musique lorsque je suis arrivé au lycée en France et que je traînais avec une bande de branchés punk/new wave, on était pédant, on écoutait Lenoir religieusement, je montais à Paris pour aller acheter des disques chez New Rose.

 Comment es-tu devenu journaliste ?

 Le déclic, ça a été quand je me suis payé après avoir bossé deux mois l’été, un long voyage à New York, je logeais dans une YMCA, je suis allé au Sound Factory et aussi au MARS, et puis par hasard je suis tombé sur l’immense manif d’Act Up à la bourse de NY et je suis resté scotché. J’étais fasciné par ces gens malades qui prenaient le pouvoir ; par cette manière nouvelle de manifester, par cette manière aussi d’afficher son homosexualité. En rentrant en France, j’ai donc rejoint Act Up, j’ai rencontré un mec qui allait à Act-Up, je l’ai suivi, j’y ai rencontré Pascal Loubet et Didier Lestrade, qui m’ont poussé à écrire, et m’ont entraîné dans l’aventure Têtu.

L’industrie pharmaceutique ce n’était pas pour moi (et je ne me voyais pas porter des costumes toute ma vie pour aller travailler), j’ai commencé à travailler en pharmacie, je bossais à tiers-temps, le soir, j’avais mes journées et mes nuits. Durant mon adolescence, j’étais un grand lecteur de Libé et Actuel ; je ne comprenais pas tous les articles mais je les lisais et relisais; je cherchais dans le dictionnaire pour décrypter ce que je ne saisissais pas ; j’empruntais les livres dont ils parlaient à la bibliothèque, j’éprouvais un tropisme pour tous ces gens qui étaient différents de la norme.

Juste après le premier arrêt de Têtu (le magazine s’est arrêté au bout de quelques numéros presque six mois avant de repartir), j’ai contacté Nova ; j’ai appelé le standard de la radio et j’ai demandé à parler au rédacteur en chef du magazine qui m’a reçu le lendemain ; à l’époque, Nova était un melting pot de gens où personne n’avait de bureau fixe ; les gens passaient, partaient, fumaient ; des SDF dormaient dans la salle de rédaction ; des personnes inconnues venaient pour y passer des coups de fil à l’autre bout du monde ; tout était toléré. Après six ou sept mois de piges pour eux, Jean-François Bizot m’a convoqué dans son bureau ; il m’a dit que je n’étais pas fait pour être pharmacien et qu’il voulait que je rejoigne l’équipe de Nova ; j’ai répondu que je n’avais pas la formation nécessaire pour cela ; ça tombait bien, Bizot n’aimait pas du tout ceux qui avaient fréquentés les écoles de journalisme ; il m’a demandé combien je gagnais et il m’a offert la même chose pour travailler chez lui ; j’ai appris le métier sur le tas. Mais je ne considère pas vraiment mes années passées à Nova comme un travail ; j’ai l’impression de n’avoir rien fait pendant tout ce temps ; à part sortir tout le temps et me défoncer, tout cela grâce à Bizot, ce genre de mec que tu rencontres qu’une seule fois dans ta vie ; il s’agissait de quelqu’un doté d’une culture extraordinaire ; il te faisait vraiment progresser ; je n’en ai jamais croisé d’autres comme lui.

L’avantage à Nova c’est que tu écrivais en utilisant le je, je n’ai donc jamais caché ma sexualité dans mon écriture ; au contraire je n’hésitais pas à en parler, comme je parlais de drogues et de musique ; j’étais une petite terreur de la nuit puisque dans mes chroniques nocturnes publiées dans Nova, je descendais parfois des soirées ; les organisateurs m’appelaient ensuite, et me réinvitaient deux jours plus tard. À l’époque, on se défonçait pas mal; lorsque j’étais en pharmacie, je piquais des amphétamines. J’adorais le mélange de la nuit parisienne ; des fois, on se retrouvait, par exemple, en soirée dans l’immense appartement d’un riche antiquaire, puis ensuite dans un sauna gay de nuit, puis ensuite dans un after en proche banlieue ; la techno, l’ecsta, les mélanges, le cul, tout cela composait une sorte de Paris hystérique, une nuit switch où rien n’était jamais pareil.

C’était pendant les années 1990 ?

Les années 1990 ont été vraiment excitantes ; la techno nous a fait aimer la fête ; la french touch était à l’honneur, le monde entier ne parlait que de ça, et nous on le vivait en direct, cette période là correspondait aussi aux début de la mixité entre gays et hétéros. C’était ces ambiances que j’aimais filles-garçons-beaux-moches-jeunes-vieux-hétéro-straight, je n’ai jamais trop adhéré à l’esprit ghetto du Marais même si j’y ai traîné comme tout le monde ; je préfère les choses plus ouvertes et surtout plus modernes…

En tant que membre d’Act Up, quelle position as-tu pris lors de la polémique au sujet du bareback et de Guillaume Dustan ?

Guillaume Dustan arrive sur la scène médiatique et littéraire à un moment où l’on observe un certain relâchement dans l’usage de la capote ; les barebackers ont toujours existé parmi les gays mais il s’agissait d’une petite minorité, de quelque chose d’assez tabou ; jusqu’à ce que Dustan mette les pieds dans le plat, on n’en parlait pas, les gays se devaient d’être exemplaires et beaucoup l’ont été d’ailleurs ! Quand la polémique entre lui et Act Up a commencé, je n’en faisais déjà plus partie ; je suis parti d’Act Up quand l’association a commencé à trop se politiser et à se revendiquer de la gauche (alors qu’ils étaient en train de se faire récupérer). Dans cette association, c’était surtout l’aspect militant, cette nouvelle forme de protestation qui m’intéressait ; on pouvait autant faire parler de nos actions en protestant à dix personnes qu’en manifestant à trente mille. Je n’ai jamais partagé l’avis d’Act Up au sujet de Dustan : pour moi c’était d’abord de la littérature avant toute chose, et j’ai toujours beaucoup de mal avec les gens qui veulent interdire ou faire détruire les livres. Je n’ai pas beaucoup aimé, il le savait d’ailleurs, ses trois premiers livres, la trilogie de la défonce. Et puis à partir de Nicolas Pages et Génie Divin, on a bien compris qu’un grand écrivain était né. J’ai traîné un peu avec lui, en boîte et en soirée, à une cession des Universités d’Eté à Marseille où il avait réussi à se mettre toutes les lesbiennes sur le dos… Il avait parfaitement conscience de la provoc dans certains de ses propos, il s’amusait à appuyer là où ça faisait mal. C’est une immense perte pour la culture LGBT, à mon avis. Quand Act Up a commencé à se focaliser sur le sujet Dustan, déjà c’était bien après la sortie de ses livres, et on voyait bien que les gens d’Act Up, ses détracteurs, et Didier Lestrade aussi, n’avaient jamais lu ses livres ; je l’ai défendu alors qu’il était quasiment considéré comme un pestiféré dans Têtu avec un texte qui devait s’appeler « Dustan, comédien et martyr » en hommage au livre de Sartre sur Genet, mais Thomas Doustaly, le boss de l’époque, l’a changé et c’est devenu« Dustan finalement »… et ça m’a valu beaucoup de critiques, toujours de gens qui n’avaient pas lu ses livres. Je me souviens être allé à son enterrement, je me souviens que certains s’en sont servis contre moi… j’ai encore honte pour eux ! J’ai toujours pensé que le bareback était un problème de responsabilité personnelle, c’est-à-dire qu’il s’agit de réfléchir à ce que tu infliges potentiellement aux autres, et si tu en as le droit. C’est un truc entre toi et toi, toi et les autres, les autres et toi, c’est tout. Et puis arrêtons d’être hypocrite : la situation a changé depuis ces années-là ; les trithérapies et les progrès des traitements ont permis aux malades de ne plus en mourir ; l’erreur serait de soit prôner le laxisme absolu, soit de conserver la même position qu’au commencement du Sida ; ce n’est plus la même maladie. Mais il faut bien avouer que ces années furent hyper excitantes : la mort se mélangeait au plaisir ; beaucoup de choses de la culture gay actuelle ont été inventées pendant cette période-là ; on a été la première génération de gay réellement visible. Même si je déteste sombrer dans la rétromania.

Es-tu toujours militant ? 

J’ai des idées militantes (trop parfois), mais je suis incapable de me définir ; je ne sais même pas si je suis algérien ou français, c’est te dire… Après j’aime assez questionner ce qui dérange à un moment précis, par exemple l’homophobie, je fais partie de ces gays privilégiés sans doute, qui ne savent pas ce que c’est, qui ne se sont pas fait agresser et pour qui ça n’a jamais été un frein dans mon travail… Je suis totalement d’accord avec le fait qu’il faille lutter contre l’homophobie, je regrette juste que les LGBT en ait fait la pierre d’achoppement de leur lutte sans se poser la question de savoir ce que ça signifiait de leur propre haine intérieure.

Qu’est-ce qui a changé depuis les années 1990 ?

Au milieu des années 2000, toute la société s’est un peu transformée ; Nova commençait à s’essouffler, des concurrents plus propres de Nova sont arrivés sur le marché, la normalisation pointait le bout de son nez et bonus Internet a bien foutu la merde dans les médias. La crise de la presse commençait, Bizot avait son cancer et Nova n’a pas résisté : c’était un concept dépassé à l’époque, une belle aventure alors qu’aujourd’hui, je suis certain que Nova aurait à nouveau du sens avec le retour des années 90 !

Qu’as-tu fait après Nova ?

Après Nova, j’ai travaillé un peu à la télé, au Grand Journal, avec Tania Bruna-Rosso, jusqu’à ce que Nova Prod obtienne le contrat pour produire la quotidienne de Pink TV ; évidemment, je me suis retrouvé plongé dans les « joies » typiques du groupe Nova ; une semaine avant le lancement de l’émission, rien n’était fait, ni les décors, ni la ligne éditoriale, et j’étais censé tout diriger ; j’ai paniqué parce que je ne connaissais rien à la télévision ; j’ai voulu me barrer, j’ai rencontré Pascal Houzelot, magnat de la TV, le genre de personnage que je n’avais jamais croisé, ou de loin, dans ma vie, tellement je me suis toujours tenu à distance d’un certain système basé sur le fric, mais il a insisté pour que je reste, puis Frank Annese de la bande So Foot m’a rejoint. J’y suis resté une année, assez pénible, je n’ai pas gardé un super souvenir de cette expérience télévisuelle ; je m’y faisais chier, j’étais amoureux de Maxime et je ne pensais qu’à lui, je n’aimais pas les animateurs. Puis ensuite je suis resté trois ans chez Trax ; comme rédacteur en chef du mensuel, ce n’était pas très compliqué pour moi puisque je connaissais la techno depuis le début ; ensuite c’est devenu trop compliqué avec Fabrice de Rohan-Chabot l’éditeur de Trax et Technikart ; on n’avait jamais d’argent ; il entourloupait tout le monde. Autant Nova était du bordel chic et excitant, autant avec lui c’était le bordel cheap.

Qu’est-ce que tu trouves à la musique électro ?

La musique électro, ça révolutionne tout ; à l’époque, on se faisait chier jusqu’à ce qu’arrive cette nouvelle forme musicale ; désormais, c’est moins pertinent parce que ça fait déjà vingt ou trente ans que ça existe, mais à l’époque, c’était révolutionnaire, ça cassait tous les codes ; il s’agissait d’un doigt d’honneur extraordinaire à la pop et au rock ; ceux qui produisaient de l’électro ne voulaient pas passer par des majors pour produire leurs morceaux ; ce milieu était un petit cénacle très plaisant. On se connaissait tous, on se retrouvait dans les magasins de disques et les clubs… Puis tout doucement tout s’est organisé, tout s’est mis en place, c’est devenu une petite industrie avec ses codes et ses débordements, la manière parfois de se faire beaucoup de frics, les indécents se sont pointés et c’est un peu devenu l’enfer… mais aujourd’hui c’est comme si on essayait de revenir aux basiques après trop de débordements. Et puis, j’ai toujours été fasciné par les machines, les boites à rythmes, les synthés… Le concept du unplugged est un cauchemar pour moi.

Sors-tu encore beaucoup le soir ?

Je le dis sans honte : ça ne m’amuse plus de sortir ; j’ai toujours pensé qu’à un certain âge, quand j’étais encore à 10 heures du mat en after il faudrait que je me range un jour; désormais, mon plaisir va vers d’autres choses et la nuit ne me fait plus envie ; j’ai épuisé mon capital nocturne comme certains ont épuisé leur capital soleil et puis je n’ai pas de regrets. Je trouve la nuit moins excitante, moins politisée, moins inclusive, alors je m’intéresse à d’autres univers plus excitants, même si je suis l’actualité musicale de très près (trop même).

Pourquoi avoir rejoint Grazia ?

J’ai commencé à Grazia à la pige et rapidement on m’a embauché ; j’ai pénétré dans la presse mainstream ; la télé m’y avait déjà un peu amené, et puis quand tu étais chez Nova tu étais souvent sollicité par des médias mainstream, comme Canal +, il était certainement temps de se frotter au fonctionnement d’un gros groupe de presse avec ses avantages et ses contraintes, et puis j’ai toujours aimé mettre mon grain de sel underground dans la mass culture ! Ca m’a radicalement changé de mes années passées plus ou moins dans l’underground ; j’avais vraiment envie d’essayer quelque chose d’autre ; la presse underground, j’en avais ras-le-bol, enfin ras-le-bol de ce qu’elle était devenue, un truc un peu d’entre-soi, entre ceux qui savent et les autres… Depuis le début de l’année, je travaille sur le web; je retrouve l’excitation des débuts ; l’invention de formes, l’idée qu’un monde sans limite s’ouvre à toi… Même si la violence des réseaux sociaux a tendance à me déprimer avec tous ces gens qui s’improvisent flics ou juges, qui insultent et qui trôlent, qui dénoncent les autres et attaquent comme des chiens quand ils sentent l’odeur du sang. J’ai parfois peur de ce que ça signifie quand les twittos deviennent des loups pour les autres twittos, alors que l’outil en lui-même pourrait être tellement mieux utilisé…

Quel était l’objectif de ton article au sujet de Richard Descoing ?

Mon article au sujet de Richard Descoing avait été publié dans la revue Minorités ; le sujet touchait quelque chose de très à vif, ce tabou qui existe au sujet de la sexualité des gens ; la société considère qu’il est raisonnable de dissimuler sa sexualité, même pour les homosexuels ; effectivement, lorsque tu es un anonyme, tu peux te permettre de jouer sur les deux tableaux, mais pas quand tu arrives au niveau de Descoing, ce n’est plus possible de faire la folle la nuit, entre drogues et alcool, et après poursuivre Libération parce qu’ils ont sous-entendu que tu étais homo ; ce n’est pas clair comme positionnement ; d’ailleurs, je suis favorable à l’outing ; et concernant Florian Philippot, je trouve très bien ce que Closer a fait, c’est juste dommage que la presse « sérieuse » n’ait pas joué son rôle ; car si le fait de dire que tu es homosexuel modifie la perception des gens à ton sujet, c’est quand même la preuve qu’il y a un toujours problème, une crispation dans la société.

Pourquoi as-tu cette image de teigneux qui te colle à la peau ?

Je dis les choses comme je les pense ; avec un humour souvent assez cinglant, des fois je m’en veux mais je me suis calmé avec les années ; avant j’étais beaucoup plus teigneux. Je peux aussi être un peu bagarreur ; j’aime bien clasher définitivement quand on m’attaque; c’est juste de la self-défense (« don’ t bother me, I won’t bother you »). On m’appelait « le Venin » à Nova ; je pense que ma froideur vient de ma timidité, malgré ce que les gens pensent ; je défends mes convictions, même si ça dérange. En fait, je suis plus gentil que méchant. Et jeune, j’ai mis du temps à me former physiquement ; j’étais petit, frêle mais je n’ai jamais subi de moqueries parce que j’ai toujours été pote avec les plus grands ; j’ai vite compris qu’en les faisant rire je les aurais dans ma poche, j’étais bon à l’école, par contre, j’étais le premier à foutre le bordel ; je n’ai jamais été le souffre-douleur ; au contraire, je décidais qui seraient les souffre-douleur ; c’était une manière de me protéger.

Es-tu heureux ?

C’est une question très étrange que je ne me pose jamais, certainement parce que je n’ai pas envie d’entendre la réponse. Je te dirais que ça dépend des jours. J’ajouterais aussi que je n’ai pas le droit de me plaindre, donc par devoir de décence, je ne me plains pas parce que quand tu n’es pas dans la misère, alors que plein de potes le sont, ça la fout mal. Mais je persiste à penser l’époque actuelle comme très dure, plus dure que les années 1990, qui étaient pourtant violentes quand les amis mouraient chaque semaine ; aujourd’hui nous sommes dans un entre-deux flottant qui se traduit par une sorte d’insatisfaction généralisée.

Que penses-tu de la fermeture de Têtu ?

Il est temps que ça ferme ; Têtu a occupé une certaine place médiatique qui a étouffé d’autres initiatives ; c’était un magazine de vieux qui devenait de pire en pire ; les derniers numéros, les couv’, les articles, me faisaient honte ; honte d’y avoir travaillé 18 ans et que mon nom y soit associé. Pendant des années, ça a été un super magazine ; Thomas Doustaly était un grand rédacteur en chef, mais là, je ne comprenais plus ce qu’ils foutaient ; ce n’était plus dirigé ; il n’y avait plus aucune réflexion. Quand on a créé Têtu avec Lestrade, Loubet, Trieulet, il était clair qu’on ne mettrait jamais des gens comme Mylène Farmer ou Mika en couverture. Et puis ils l’ont fait, et on voit le résultat !

Et des gays qui s’affichent de plus en plus ouvertement au Front national ?

Les gays qui adhèrent aux idées du Front national, ça a toujours existé, mais ça se disait moins. Et aujourd’hui, les jeunes pédés qui votent FN sont justes des cagoles éprises de leur image dans le selfie; en plus, Marine Le Pen et Floriant Philippot ont compris qu’en intégrant des jeunes pédés mignons, ça ramènerait une partie de l’électorat gay vers leurs idées ; on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Mais sérieusement, la plupart de ces jeunes mecs auraient fait de la téléréalité s’ils n’avaient pas rejoint le FN ; le Front national et la téléréalité, c’est un peu la même chose : ça attire des gens qui ont soif de célébrité, de passer à la télé, même s’ils n’ont rien à dire. L’erreur serait de croire que les gays sont plus intelligents et raffinés que les autres ; cette médiatisation récente des gays au FN, ce n’est qu’un des travers de la visibilité, c’est-à-dire qu’avant, ces gens-là seraient restés au placard ; or, cela ne fait que prouver que chez les gays il y a aussi des cons, des racistes, des intelligents, des riches, des pauvres ; bref, comme chez les hétéros.

Une réponse

  1. didier le podium

    c’est juste un opportuniste. perso, je l’ai jamais croisé chez BPM, Bettino, Black Market… mais c’est vrai, qu’il vient du rock et qu’il achetait ses disques chez New Rose. encore une fois, pour les gens qui aiment sincèrement la house, et qui ont des racines profondes dans la soul, le funk, le disco, et les musiques noires américaines, ce type ne représente rien. Didier Lestrade, et Pascal Loubet (à qui il pique régulièrement des phrases sublimes piqués dans de vieux articles…), avait eux, cette culture, cet amour pour les musiques urbaines noires américaines. Lui, le dit lui même, il vient de la new wave. Ce n’était que la bande son de ses nuits de défonce… ni plus, ni moins. C’est marrant de le voir en photo des années plus tard. C’est fou ce que la méchanceté rend laid.

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