Phèdre, c’est un peu une tragédie mise en scène comme une comédie musicale tribale. Des titres à la croisée de la pop expérimentale et du hip-hop où se mêlent chants vaudous et rythmes psychédéliques. Les Canadiens étaient à Paris pour un concert surprise et la sortie de leur second album : Golden Age.  L’occasion de rencontrer le groupe composé des deux musiciens les plus prolifiques de la nouvelle scène canadienne.

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Daniel Lee et April Aliermo s’occupent de la partie chant et guitare avec beaucoup de fougue. Ces deux amis jouent aussi avec la troupe du Hooded Fang et du duo Tonka Puma.

En voyage express, ils n’avaient pas le temps pour une vraie interview. Daniel et April nous ont quand même proposé de discuter un peu, « là, maintenant », sans rendez-vous, ni attaché de presse, dans le brouillard d’un bar parisien du vingtième arrondissement.

Clip de « Infinity Chamber »:

Pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de Phèdre ?

April : Daniel et moi, on se connaît depuis 2005, grâce à d’autres projets plus rock. Avec Phèdre, on voulait continuer à travailler ensemble mais sur des sons plus hip-hop. Notre objectif est aussi de faire un vrai show en misant sur notre univers visuel. Cela a commencé il y a un an et on a déjà eu pas mal de propositions de labels…

L’atmosphère des concerts est assez dingue. Vous donnez beaucoup de vous-même sur scène et buvez aussi quelques verres. Vous aimez être alcoolisés lorsque que vous jouez ?

April : Oui et non. C’est vrai que ce soir on n’était pas très sobre, mais ce n’est pas tous les soirs le cas. J’essaye seulement de faire ce qui est le mieux pour que le show soit bon… Je me souviens d’un concert à Londres, il y a quelques semaines. J’étais sobre. J’avais dû boire un verre. Une de mes amies dansait dans le public et a entendu une fille qui disait : « Ils sont totalement défoncés ». Ce qui n’était pas du tout, mais du tout le cas ! Ce trip de musicien tout le temps saoul, c’est aussi un fantasme du public.

Pendant les concerts, la mise en scène, les masques, le maquillage, les figurants sont très importants.  Qu’est-ce que tout ça signifie finalement ?

April :  Ca ne signifie pas grand chose. Dans les peuples tribaux, les hommes aiment se peindre le corps et le visage. Dans les sociétés occidentales, ce n’est pas une pratique courante. Quand je suis sur scène, j’aime m’approprier cette tradition juste pour me sentir bien.

Daniel : En me déguisant j’essaie de trouver le meilleur compromis entre ce qui peut plaire au public et ce dans quoi je suis à l’aise. Quand je me maquille, c’est un peu comme si j’étais quelqu’un d’autre. En tant que musicien, on passe beaucoup de temps en studio à composer. Une fois qu’on a terminé et qu’on présente nos créations, on a envie que ça soit le plus inoubliable possible pour tout le monde. Sur scène, avec nous, il y a aussi le bébé de Phèdre (un mec de 1m80 avec un masque de bébé un peu flippant). Il a un vrai rôle dans la théâtralité du show, mais on préfère se taire et laisser le public se créer sa propre explication.

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Pendant le concert, des spectateurs montaient sur la scène pour danser avec vous. J’ai cru entendre que c’était une habitude ?

April : C’est un peu bizarre pour nous d’avoir d’un côté nous et de l’autre les spectateurs, c’est ce qu’on appelle le quatrième mur dans le jargon du spectacle. Notre but durant les concerts, c’est d’essayer de casser ce mur et d’être en connexion avec le public. Il y a plusieurs raisons : d’abord, je me sens un peu bizarre de chanter et de danser devant des gens qui me regardent, même si c’est censé être mon travail. Ensuite, c’est aussi un désir d’être dans la masse, de pouvoir s’amuser avec le public et de vivre le moment avec eux.

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De cette interview fortuite, difficile de séparer la blague de la déclaration tant les deux canadiens sont dans le jeu permanent. Pour rendre l’interview intelligible certaines fulgurances alcoolisées ont été coupées : Daniel aurait un contrat avec Disney et Sony et aimerait collaborer avec Céline Dion… Des propos qui définissent bien l’étrange spleen qui habite ce beautiful loser de 31 ans. Une rencontre aussi envoûtante que les dix titres de « Golden Age ». On vous laisse sur le clip « In Decay », extrait de leur premier EP éponyme qui risque d’être popularisé par sa présence sur la Bo de « Drinking Buddies », comédie indé avec Olivia Wilde. Dans cette vidéo nos héros rêvent d’un jardin d’Éden un brin crado mais très mielleux.

Phèdre « In Decay » : 

 Propos recueillis par Lisa Revil et Eleonore Prieur

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