Les Globes de Cristal sont des récompenses polythématiques attribuées par des journalistes dans les domaines du cinéma, du théâtre, des spectacles musicaux, des one man show, de la littérature, des téléfilms, des expositions et de la création de mode. Serge Benaïm en est le fondateur. Je suis donc allée l’interviewer.

Serge Benaïm

Avec une seule plaisanterie potache, les Globes de Cristal ont pénétré dans la sphère publique, celle dont on parle dans les journaux télévisés. « Voulez-vous que je vous tienne vos globes », avait lancé feu Jean-Luc Delarue à Yamina Benguigui pendant la remise de l’un des fameux trophées sphériques. Avec cette seule réplique mal dosée, il avait provoqué l’ire des féministes et de leurs allié(e)s. Depuis, Serge Benaïm continue de développer la notoriété des Globes, sans relâche, avec panache.

Interview : 

Quel est votre parcours ? Comment a commencé pour vous l’aventure des Globes de Cristal ? 

J’ai quitté l’école à 15 ans à cause d’ une grave maladie et je n’y suis jamais retourné. Je suis issu du milieu sportif. Puis, je suis rentré comme coursier dans une société qui ne s’occupait que de sport, et j’en suis sorti 23 ans après, en 2000, comme directeur général. J’ai ensuite crée ma boîte : Paulimaxi (ndlr : société spécialisée dans le conseil et l’achat d’espaces dans le sport et produit des événements sportifs). Ma première régie publicitaire a été le Festival du Film de Paris. Je travaillais en collaboration avec Daniel Toscan du Plantier et Louisa Morin. Un jour, j’ai rencontré l’ancien président d’Orange, Didier Quillot, qui, avec Louisa Morin, avaient créé les Globes de Cristal et cherchaient un peu à faire grandir cet événement. C’était en 2006. Pendant 2 ans, je me suis occupé de la régie publicitaire et du marketing et ça c’est tellement bien passé qu’un jour je me suis dit : pourquoi ne pas racheter l‘évènement ? Et c’est ce que j’ai fait en 2008. Je suis donc devenu le producteur des Globes de Cristal ; on fête ses 10 ans cette année.

Pourquoi cette cérémonie est-elle différente de toutes celles qui existent ? 

Elle est la seule à récompenser certaines catégories. Gad Elmaleh l’a dit l’année dernière en recevant son prix : « Je remercie les Globes de Cristal de récompenser les one man show, ce sont les seuls à le faire ! »

Est-ce que Gad Elmaleh, dont la notoriété n’est plus à prouver, a besoin de cette récompense ? 

C’est sûr que nous ne sommes ni les Oscars, ni les Césars ; nous n’avons que 10 ans. Mais Gad Elmaleh a beaucoup apprécié recevoir ce prix. Il n’y a pas de récompense de la part des journalistes aujourd’hui pour les one man show ! C’est touchant pour un artiste de se dire que les journalistes ont voté pour lui, c’est une reconnaissance. Pour le meilleur roman/essai, pour les expositions, pour les comédies musicales, pour les téléfilms c’est pareil il n’existe aucune autre cérémonie. Nous sommes là pour réunir toutes ces catégories en plus de celles déjà récompensées par la profession, comme celles pour les acteurs, pour les actrices ou pour les films.

Qui sont les journalistes votants ? 

Uniquement des journalistes issus de la culture ou issus des catégories récompensées, c’est-à-dire des journalistes du cinéma, du théâtre, de la musique. Ils viennent  de tous les médias : du web, de la radio, de la télévision, de la presse écrite, etc. Sur une base de 15 000 journalistes il y a eu plus de 7000 votants soit quasiment 50 %, ce qui est très rare pour ce genre de manifestation.

Les nommés sont-ils toujours présents ? 

Les lauréats, oui, toujours ! On en a raté 2 en 9 ans : Stromae mais il nous a fait une vidéo quasiment en direct et Marion Cotillard car elle était aux Etats-Unis pour les Golden Globes approchaient. Normalement cette année tout le monde sera là.

Quelles sont vos motivations ? 

Faire découvrir de nouveaux talents. En arrivant du foot, j’ai réussi, au bout de 10 ans, à maintenir cette manifestation et j’en suis fier. Ce fut long et difficile à organiser car nous n’étions pas reconnus par la profession. Beaucoup se questionnaient à notre sujet. Que je ne vienne pas du monde de la culture ou du milieu du cinéma ne m’a pas aidé. Mais chemin faisant, j’ai démontré que cette cérémonie avait sa place.

Qu’est-ce que cela vous rapporte ? 

Ca ne me rapporte rien, si ce n’est d’exister dans ce monde là, celui des médias. Si l’évènement prend de la valeur vous gagnez de l’argent le jour où vous revendez ce que vous avez crée mais en attendant, ce n’est pas avec ça que je vis.

Auriez-vous aimé être comédien ou réalisateur ? Est-ce un moyen de vous immiscer dans la culture ? 

Comédien non ! Mais écrire un jour un film, ça me plairait. Je n ai côtoyé que le monde du sport. J’avais envie de changer d’univers… ça me plaît beaucoup.

Qui est le/la président(e) du jury cette année ? 

C’est la première année pour les 10 ans que nous avons une femme présidente du jury. Il s’agit de Christine Kelly, ex-journaliste, écrivain et membre du CSA. On a toujours eu du mal à trouver une femme qui n’était pas associée à une chaîne. Christine Kelly est neutre par rapport à la télévision. On tenait à avoir une femme.

Pensez-vous que votre cérémonie sera aussi longue que les Césars de cette année ?

Je ne l’espère pas, la cérémonie en elle-même est courte ! Notre soirée est longue parce qu’on dîne et qu’il y  a 20 à 25 mn de la revue du Lido (ndlr : cette année une nouvelle revue est prévue pour la ré-ouverture du Lido) et la cérémonie commence à 22h15 et finit à minuit. Vous passez quatre heures là-bas mais vous y dînez et vous y voyez un spectacle ! Alors qu’aux Césars, vous restez assis sans boire ni manger et sans même pouvoir vous lever ! Récompenser les costumes, c’est très bien mais ça n’intéresse que la profession, même si ça reste une belle cérémonie.

Quel public visez-vous ? 

Les Golden Globes représentent tous les publics ; pratiquement tout l’art et toute la culture française.

Vous ne trouvez pas qu’il y a trop de cérémonies de ce type en France ? 

Oui, c’est vrai. Et on a toujours du mal avec les gens qui se congratulent entre eux. Mais dans le cas présent, la profession ne vote pas, seulement les journalistes ! Pourquoi pas, un jour, le prix du public d’ailleurs ! Mais pour l’instant, ce n’est pas d’actualité.

Quel est l’objectif pour les prochaines cérémonies des Globes de Cristal ? 

Ce serait d’avoir l’assurance que cet événement se pérennise.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être salué par François Hollande ? 

C’est toujours une fierté de rencontrer le président de la République ! D’ailleurs il m’a promis de venir cette année, si son emploi du temps le permet.

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Cette année, les personnalités nommées sont :

Meilleur Film :
« Deux jours », une nuit de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne,
« Hippocrate » de Thomas Lilti,
« La famille Bélier »de Eric Lartigau,
« Les combattants » de Thomas Cailley
« Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako.

Meilleure Actrice :
Adele Haenel dans « Les combattants » de Thomas Cailley
Aïssa Maïga dans « Prêt à tout » de Nicolas Cuche
Emilie Dequenne dans « Pas son genre » de Lucas Belvaux
Marion Cotillard dans « Deux jours, une nuit » de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne
Sandrine Kiberlain dans « Elle l’adore » de Jeanne Herry.

Meilleur Acteur :
François Damiens dans « La famille Bélier » d’Eric Lartigau
Gaspard Ulliel dans « Saint-Laurent » de Bertrand Bonello
Guillaume Canet dans « La prochaine fois je viserai le coeur » de Cédric Anger
Pierre Niney dans « Yves Saint-Laurent » de Jalil Lespert
Reda Kateb dans « Hippocrate » de Thomas Lilti.

Meilleure Pièce de Théâtre :
« La colère du Tigre » de Philippe Madral, mise en scène de Christophe Lidon (Théâtre Montparnasse)
« Lucrèce Borgia » d’après la pièce de Victor Hugo, mise en scène de Denis Podalydès (Comédie-Française)
« Ouh Ouh » d’Isabelle Mergault et Daive Cohen, mise en scène de Patrice Leconte (Théâtre des variétés)
« Un dîner d’adieu » de Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, mise en scène de Bernard Murat (Théâtre Edouard VII)
« Trahisons « de Harold Pinter, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia (Théâtre du Vieux Colombier/Comédie Française).

Meilleure Comédienne :
Audrey Fleurot dans « Un dîner d’adieu » de Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, mise en scène de Bernard Murat (Théâtre Edouard VII)
Béatrice Dalle dans « Lucrèce Borgia » d’après la pièce de Victor Hugo, mise en scène de David Bobée (Château de Grignan)
Elsa Zylberstein dans « Splendour » de Géraldine Maillet, mise en scène Catherine Schaub (Théâtre de Paris)
Isabelle Adjani dans « Kinship » de Carey Perloff, mise en scène de Dominique Borg (Théâtre de Paris)
Marie Gillain dans « La vénus à la fourrure » de David Ives, mise en scène de Jérémie Lippman (Théâtre Tristan Bernard).

Meilleur Comédien :
Claude Brasseur dans « La Colère du Tigre » de Philippe Madral, mise en scène de Christophe Lidon (Théâtre Montparnasse)
Eric Elmosnino dans « Un dîner d’adieu » d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, mise en scène de Bernard Murat (Théâtre Edouard VII)
Francis Huster dans « Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig, adaptation de Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène Steve Suissa (Théâtre Rive Gauche)
Grégory Gadebois dans « Des fleurs pour Algernon » d’après l’oeuvre de Daniel Keyes, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène d’Anne Kessler (Théâtre Hébertot)
Jacques Weber dans « Gustave » de Arnaud Bédouet, mise en scène de Jacques Weber (Théâtre de l’Atelier).

Meilleur One Man Show :
Alex Lutz (Bobino)
Florence Foresti « Madame Foresti » (Théâtre du Chatelet)
Gad Elmaleh « 20 ans de scène » (Palais des Sports)
Gaspard Proust « Gaspard Proust tapine » (Théâtre de la Madeleine)
Nawell Madani « C’est moi la plus belge »(Trianon).

Meilleure Comédie Musicale :
« Le Bal des Vampires » de Michael Kunze et Jim Steinman, mise en scène de Roman Polanski (Théâtre Mogador)
« Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy, mise en scène de Michel Legrand (Théâtre du Chatelet)
« Love Circus » d’Agnès Boury, mise en scène de Stéphane Jarny (Folies Bergères)
« Mistinguett » d’Albert Cohen, Jacques Pessis et Ludovic-Alexandre Vidal, mise en scène de François Chouquet (Casino de Paris)
« Un américain à Paris », adaptation et mise en scène de Christopher Wheeldon (Théâtre du Châtelet).

Meilleur Roman-Essai :
« Charlotte » de David Foenkinos (Éditions Gallimard)
« La petite communiste qui ne souriait jamais » de Lola Lafon (Éditions Actes Sud)
« Le chardonneret » de Donna Tartt (Éditions Plon)
« Le royaume » d’Emmanuel Carrère (Éditions P.O.L)
« Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal (Gallimard).

Meilleure Interprète féminine :
Brigitte « À bouche que veux-tu » (Columbia)
Carla Bruni « À l’Olympia » (Barclay)
Christine and the Queens « Chaleur Humaine » (Because Music)
Indila « Mini World » (Capitol) et Zaz « Paris » (Play On).

Meilleur Interprète masculin :
Alain Souchon et Laurent Voulzy « Alain Souchon & Laurent Voulzy » (Parlophone)
Black M « Les yeux plus gros que le monde » (Wati B)
Calogero « Les Feux d’artifice » (Polydor)
Johnny Hallyday « Rester Vivant » (Warner Music)
Kendji Girac « Kendji » (Mercury).

Meilleur Téléfilm- Série Télévisée :
« Engrenages », saison 5 créee par Alexandra Clert et Guy-Patrick Sainderichin (Canal +)
« La loi » créée et réalisée par Christian Faure (France 2)
« Mafiosa », saison 5 créée par Hugues Pagan et réalisée par Pierre Leccia (Canal+)
« P’tit Quinquin », saison 1 créée par Bruno Dumont (Arte)
« Résistance », saison 1 créée par Dan Franck, réalisée par David Delrieux et Miguel Courtois (TF1).

Meilleure Exposition :
Jeff Koons (Centre Pompidou)
Niki De Saint Phalle (Grand Palais)
Marcel Duchamp « La peinture même » (Centre Pompidou)
Sonia Delaunay « Les couleurs de l’abstraction » (Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris)
Hokusai (Grand Palais).

Meilleur Créateur de Mode :
Alber Elbaz (Lanvin)
Sylvia Sermenghi (Legends Monaco)
Inès de La Fressange, Raf Simons (Dior)
Yiqing Yin.

Site web officiel : http://globesdecristal.com/

La remise des Globes aura lieu le 13 avril au Lido (Paris).

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