Ex-chroniqueuse multifonctions sur Canal +, journaliste, actrice, Julia Molkhou mène une carrière hétéroclite. J’ai discuté projets artistiques et société française avec la jolie comédienne.

juliamolkhou

Julia Molkhou n’aurait pas pu se présenter comme Axelle Laffont qui, lors de sa première météo, avait dit : « Et oui, vous vous attendiez à un canon, raté : ce n’est que moi et mes petits seins ». la raison est simple : elle est sublime, presque intimidante. En plus, ses idées sont claires, son discours bien rodé. Sur un rythme très soutenu, elle déroule sa pensée sans jamais hésiter une seconde ; la copie est parfaite. Et moi, face à tant d’assurance, j’en suis presque complexée. Pour une première interview, je m’en rappellerai.

Après avoir égayé nos pauses déjeuner de ses costumes loufoques, pleins d’autodérision (de l’hommage à Wes Anderson, en passant par le Brocoli !), Julia, désormais moins présente dans le paysage audiovisuel, nous manque. Mais elle ne s’ennuie pas. Finissant tout juste le tournage d’un film, la jeune maman semble heureuse de disposer – enfin – sa vie comme elle seule l’entend. Jusqu’à quand ?

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Avant d’être connue, que faisais-tu ?

Oula ! Avant d’être connue comme tu dis, j’ai fait beaucoup de choses ! Etudiante en droit à Assas pendant trois ans, je ne m’y plaisais pas. Christine Parat, agent d’acteurs, m’a repérée devant la fac et m’a invitée à venir la voir à son bureau : j’y suis allée, et nous avons signé trois films dans la foulée, dont Brice de Nice.

Gladys la reine du kiss…

Exactement,  « Gladys la reine du kiss ». Voilà donc comment j’ai débuté comme actrice. Et puis, Ma carrière ne décollait pas vraiment, ce qu’on me proposait me décevait, alors j’ai monté une boite de com’ pour femmes, « Mademoiselle Claude » qui organisait des soirées dans Paris et s’occupait des relations presses de femmes chefs d’entreprise. Parallèlement j’avais un blog sur lequel je postais des billets d’humeur, des nouvelles, bref, un jour France Télé m’a proposé de faire partie du lot d’animateurs de Fort boyard.

J’ai décliné, là-dessus Canal + m’a fait passer le casting de la Miss météo – ils ne te disent pas que c’est pour ce poste, mais c’est un espèce d’entonnoir. Ça n’a pas marché, en revanche Christelle Graillot qui est à la tête de la cellule repérage de Canal, m’a gardée en tête.

C’est comme ça que j’ai commencé à « La matinale » avec des billets d’humeur & des magnetos, «  Chéri qu’est ce qu’on fait ce week end ». Au bout de deux ans, une nouvelle Miss météo a fait son entrée à la Matinale et ça n’était pas le grand amour entre l’équipe et elle. Alors quand elle est partie tourner un film, on m’a demandé de la remplacer 3 semaines. Et finalement, c’est moi qu’ils ont préféré garder. Ensuite, Canal m’a proposé d’entrer à La Nouvelle édition, où j’ai passé une année géniale, avec une chronique tendance et la reprise de cette fameuse rubrique météo ce qui n’est pas rien à Canal.

Rien de comparable à celle du Grand journal, nous n’avions pas les mêmes moyens, mais c’était une présentation dont j’étais (assez) fière, puisque que ce soit à La Matinale, où j’écrivais 3 sketchs météo par jour, ou bien à La Nouvelle Edition où je n’en avais plus qu’un seul à produire, je les écrivais seule. Alors quand c’était bien, c’était de moi, mais quand c’était foiré c’était de moi aussi !

Et tu aimais cet exercice ?

Il y avait des jours plus difficiles que d’autres, mais j’en garde un excellent souvenir : j’ai adoré parler de la pluie et du beau temps toutes ces années.

N’avoir qu’une seule répétition a été formateur : en gros, j’écrivais le texte le matin, je le répétais à mon bureau, puis sur le plateau à 11.30, je faisais les corrections nécessaires et hop à 12.20 on prenait l’antenne. Tu vois …si ça marchait pas…fallait que ça marche !

La nouvelle miss météo du Grand journal, Raphaelle Dupire n’a pas su gérer la pression et a abandonné au bout de deux semaines … N’as-tu jamais prit de cours de comédie pour être à l’aise en direct ?

Si, j’ai pratiqué un peu au cours Florent, sous l’impulsion de ma mère qui me trouvait trop dissipée au lycée, mais je n’aimais pas ça. Je fais partie des rares à ma connaissance, qui ont d’abord fait du cinéma et des téléfilms, avant de faire de la télé pure et dure. Mais moi, j’adore la télévision…J’adore le direct, j’avais un plaisir dingue à entendre « antenne dans deux minutes » donc je n’ai pas eu à gérer ce genre de stress.

Pas de pression, que de la passion ?

Exactement. « La Matinale » est diffusée très tôt, sans public en plateau, je n’avais pas peur – excepté la première fois, je ne vais pas te mentir- . Ensuite « La Nouvelle édition », c’est en direct et en public, mais ça ne m’a pas effrayée non plus… au contraire !

Et cette année, tu n’es plus à Canal…

Et oui c’est la vie de la télé ! Je n’ai pas été reconduite à la Nouvelle Edition. Ca m’a rendu malheureuse un temps, un puis c’est passé. « Tout s’arrange toujours même mal » je ne sais plus de qui est cette phrase, mais je me la répète souvent.

La météo du Grand journal, tu aurais dit oui ?

Ah ouais attends c’est un graal ! Enfin, passer à la suite de Doria, je ne suis pas sûre. C’était un sacré niveau…

Bon, j’avoue, je t’ai un peu traquée sur Google : On a beaucoup salué ta voix, la radio ne t’a jamais tentée ?

Si ! J’adorerai ! D’ailleurs on peut passer un appel là : j’adorerai faire de la radio ! Après, tu ne rentres pas comme ça en radio, il faut présenter des idées…J’ai fait ma dernière année de matinale enceinte jusqu’aux dents, repris La Nouvelle édition très, très peu de temps après avoir accouché – C’était un peu du Rachida Dati en terme de timing, mais c’était un choix personnel, pas du tout imposé par Canal – j’avais vraiment envie de reprendre, ce qui ne m’empêche pas d’aimer mon enfant.

Le fait est que, malgré tout, mener une quotidienne de front avec un nourrisson, je n’avais plus d’idées, justement. Difficile du coup, d’aller dans une station de radio en disant «  Salut les gars ! Alors, tu l’aimes ma voix ? »

Tant qu’on est dans la minute « traque », j’ai vu aussi que tu avais alpagué Bein sport…ça te brancherai aussi ce milieu là ?

C’est assez différend, mais je pense que Bein a beaucoup de place dans ses programmes, je comptais leur proposer des concepts qui ne soient pas que du commentaire de match – parce qu’en revanche pour ça, je suis absolument nulle, je n’ai aucune notion footballistique ni sportive en général .

En revanche, j’ai des idées de programmes qui montreraient les sportifs sous un autre angle, mais ils ne m’ont pas répondu jusqu’ici donc, cher Bein n’hésitez pas je suis encore là !

Tu te considères plus comme journaliste qu’actrice ?

Non, on ne peut pas dire ça …. Ou alors, il y a douze classes de journalistes et j’appartiens à la dernière classe.

J’adore ce métier, j’ai toujours aimé écrire, faire des enquêtes, m’intéresser à des projets mais malheureusement, ce n’est pas ce qu’on m’a le plus proposé dans ma carrière pour l’instant. Je respecte assez ce métier pour y aller mollo sur ma « carrière de journaliste », bien que je sois très fière de ma carte de presse! Et c’est grâce à Canal Plus que j’ai appris ce métier. C’est eux qui m’ont mis le pied à l’étrier dans bien des domaines en fait !

Penses tu que tu as hérité d’une chronique plus soft parce que c’est le genre de choses qu’on donne aux jolies nanas sur Canal ?

Ce n’est pas spécifiquement cette chaîne qui place les jolies filles à certains postes : à mon avis la télé, c’est un truc de jolies filles.

Concrètement, dans tes projets, la télé a la priorité sur le cinéma?

J’étais hyper déçue de ne pas être reconduite à la nouvelle édition. Très déçue parce que je suis une boulimique de taff, et tout d’un coup, plus rien…

J’ai assez peur du vide, de me retrouver sans occupation. Puis finalement, la rentrée est arrivée. Je suis revenue de tournage avant-hier ( « Le Sang de la vigne », avec Pierre Arditi et Catherine Demaiffe ndrl ) , j’ai du temps avec mon fils, c’est très agréable. Du temps pour réfléchir à ce que je peux et à ce que je veux faire ; Du temps pour rencontrer des chaînes …

Pour avoir bossé sans discontinu pendant quatre ans, avec un enfant d’un an, ça fait du bien.
Donc si on me propose des films, je les ferai avec plaisir et si une prod me propose un chouette projet à la télé, j’irai aussi ! Mais je ne ferai pas de la télé à tous prix.

C’est une drôle d’année pour moi. J’ai quitté mon 1er agent il n’y a pas très longtemps, pour rejoindre Dorothée Grosjean chez Cinéart, parce que j’avais besoin d’un peu de renouveau. Je craignais cette séparation, je déteste quitter les gens, si Canal ne m’avait pas mise de côté, dans trente ans j’y serais encore.

Avec De Caunes, qui a fait son grand retour sur la chaîne 12 ans après « Nulle part ailleurs », sait-on jamais !

Exactement, nous ne nous sommes pas quittés fâchés : si le groupe Canal me rappelle demain avec des propositions, je serais ravie de revenir dans cette famille.

Je n’oublie pas que c’est quand même eux qui m’ont mise à l’antenne en premier, alors que je n’étais personne. Et des Christelle Graillot, j’en ai pas croisé des tonnes dans ma vie, j’ai eu de la chance de rencontrer beaucoup de gens bienveillants.

Tu as des envies particulières, à la télévision?

De la télé qui fasse sourire. La conjoncture est difficile, le monde est triste et j’ai des soirs où je suis très angoissée de me dire « putain, dans quel monde on va vivre », que ce soit l’écologie, toutes ces guerres…

Je ne suis pas miss France, je vais t’épargner le «  je suis pour la paix et contre la guerre », mais j’aimerai proposer au public un programme qui ne soit pas du divertissement, ni un jeu, mais quelque chose où je pourrai aller rencontrer des gens qui sont heureux, qui font des choses, qui ont des envies, qui croient en des choses quoi ! Qui ont l’impression qu’on va y arriver, pour donner à ceux qui nous regardent une espèce de sentiment de soulagement, qu’ils se disent « Ok c’est bon, en fait avec notre jeunesse, ça va aller ».

Pas question de tourner le dos à ceux qui sont accablés par la maladie, le chômage et la misère, mais j’aimerai mettre en lumière ceux qui sourient.

Tu commentes pas mal l’actualité sur ton Twitter : Les élections européennes, les manifestations en soutien à Gaza récemment …

Sur Twitter je fais attention. Les élections européennes, c’était important parce que tout le monde s’en tape, ça a des conséquences et c’est dramatique.

Les manifestations de Gaza, ce à quoi tu fais allusion, mes réactions étaient liées non pas au conflit mais aux débordements à Paris. Tout d’un coup, je me suis retrouvée Place de la République, à quasiment live tweeter, parce que c’était très violent et je trouvais ça hyper grave. Je peux comprendre que des gens manifestent pour des mômes qui se font bombarder, tout comme je peux comprendre qu’on manifeste pour un pays qui est attaqué depuis sa création, je me mêlerai pas de ce conflit, en revanche, j’ai un gros problème avec les gens qui défoncent les bagnoles et violentent des gens, ça pour moi c’est pas possible.

Sinon, j’essaye de ne pas trop m’engager sur le Web, mon entourage y veille. De la même façon, j’y vais doucement avec les Haters. Je n’ai répondu qu’une seule fois à un mec qui m’insultait sur Twitter, c’était clair et concis : «  Et si tu te mettais du gravier au Tabasco dans l’anus pour voir ? bisous  », je n’en pouvais plus. Ça n’a pas tellement plus à mon redac chef de l’époque, donc je l’ai effacé, mais le mal était fait. Je trouvais ça assez drôle, le coup des graviers.

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Tu pourrais t’engager en politique ?

En politique je ne sais pas, mais m’engager pour les autres ça oui. Par exemple, alors que je ne viens pas du tout de ce milieu là, j’ai un rapport particulier avec le compagnonnage. Je trouve ça tellement formidable ! La transmission d’un ancien à un plus jeune !

Et puis ça pourrait paraître un peu idiot comme phrase, mais tant pis, j’y vais quand même : j’adore l’artisanat. Tu vois si un jour mon fils Jim me dit qu’il veut faire de la communication ou une école de commerce un peu nulle, je crois que je lui dirai NON. En revanche s’il me dit qu’il veut devenir artisan, luthier, boucher, fleuriste, là je l’encouragerai, je l’aiderai à devenir le meilleur de sa branche.

Ça rejoint un peu ce que tu envisages comme programme télé quelque part ….

C’est vrai que ça se rejoint, c’est ce genre de vies que je souhaiterai diffuser à la télé…Tu sais, je lis un livre exceptionnel, « La nuit sera calme » de Romain Gary. C’est un entretien fictif daté de 1974, mais d’une modernité … Il écrit «  pendant très longtemps la France, c’était un pays aux mains d’or » quelque chose comme ça, faut que tu retrouves ( « Mais des mains ridées, prudentes, qui avaient un rapport vrai, un rapport honnête avec ce qu’elles faisaient…

La France, c’étaient des mains humaines, avec un vrai sens du toucher, du fond et de la forme, et qui avaient un peuple derrière elles » ndrl ) parce qu’en France, tout était réalisé avec les mains, et c’est précisément ce que je voudrais remettre au goût du jour, l’artisanat traditionnel : La lutherie français, la broderie française, les vitraux, les architectes…

C’est un plan économique qui aurait plu à Montebourg…

Tu sais, j’ai adoré le reportage « made in France »! A la fin j’avais envie de consommer français et c’est tout.

Personnellement, ma viande, je l’achète exclusivement chez mon boucher. D’abord parce que je ne veux pas acheter de la viande dont l’animal a été gavé on ne sait où, mais surtout parce que je fais très attention aux commerces de proximité, aux artisans quoi… Tu ne peux pas pleurer qu’il n’y a plus aucun commerce dans les rues, si tu vas faire toutes tes courses au Franprix.

Question tout à fait à part, et le théâtre ?

Je n’en ai jamais fait ! J’ai reçu des propositions mais qui n’ont finalement pas abouti pour l’instant…Mais ce que j’aime à l’écran, c’est justement l’absence de répétition, le renouveau tous les jours, le côté one shot.


Ça serait une sorte de direct tous les soirs !

Ouais c’est vrai…Je ne sais pas si j’en suis capable. J’ai réussi à prouver mes capacités télévisuelles, parler en direct tout les jours, et même me déguiser en brocoli, mais j’ignore si j’ai déjà démontré que j’étais une très grande comédienne. On verra !

Le problème, c’est qu’il va y avoir un moment décisif : est-ce que je veux rester journaliste, ou bien redevenir actrice. Tu sais bien qu’en France, nous détestons les passerelles ! Choisir de faire du théâtre, c’est renoncer à être journaliste…Et aujourd’hui, je ne suis pas certaine d’avoir envie de choisir.


Tu veux dire qu’en France il n’y a pas de format type «  The Tonight show » de Jimmy Fallon, mi-show- mi info?

En France ça n’existe pas vraiment et pourtant, j’adorerai ! C’est exactement ce que j’aime regarder ! Et c est ce que j’aimerai présenter ! En plus je parle bien anglais, je chante, je sais relativement bien danser …C’est une télé hybride qui me fait rêver.

Mais même en présentant ce genre de show, tu restes considéré comme un animateur et non comme un acteur. Et par exemple, Antoine de Caunes, qui est présentateur certes mais également réalisateur, doit être un peu gêné aux entournures quand il doit dire « non on ne parlera pas de ce film, parce qu’il est mauvais ». A ce moment là qui parle ? Le réalisateur ou le présentateur ? La frontière est mince voire poreuse et en France, on n’aime pas ça du tout.

Le stress du « Je suis débarquée de l’émission, j’ai plus de boulot » est passé ?

Voilà, je ne suis plus malheureuse. Ça a prit du temps, j’ai passé un été compliqué, et cette rentrée me faisait peur. Heureusement le jour où tout le monde a reprit, quand je n’avais rien de mon côté, je tournais à Cahors donc je ne me suis pas sentie complètement sur la touche.

Tout le monde me disait « T’inquiètes la fin d’un truc, c’est le début d’un autre » et je me disais  que c’était (là encore) une phrase de Miss Monde, mais finalement, je crois qu’ils ont raison, maintenant je suis sûre qu’il va y avoir quelque chose, je ne sais pas quand, je ne sais ni où ni avec qui, mais j’ai repris confiance.

Donc là, pour le moment, tu souffles ?

Je souffle, je choisis, en attendant d’avoir de bonnes propositions ce qui n’est pas garanti- je suis pas non plus une immense star.Mais je dois reconnaître, que C’est plutôt pas mal d’avoir le temps. Ça me permet de voir des films, des expos, bref, de me nourrir et de prendre le temps de réfléchir… je reprendrai bien assez vite ! Et si le vrai luxe c’était le temps ? Je te laisse y penser et on s’en reparle dans quelques mois ?

Une réponse

  1. quaireau

    Sympa l’interview mais sans fautes d’orthographe, ça ferait quand même plus professionnel…

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