J’ai discuté de sexe et d’étymologie avec Janine Mossuz-Lavau à l’occasion de la sortie de son « Dictionnaire des Sexualités » chez Robert Laffont. Entretien.

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Cet ouvrage a été dirigé par Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche émérite au Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences PO/CNRS), chargée de cours à Sciences Po Paris, auteure de plusieurs livres et d’un documentaire sur les questions de la sexualité. Elle s’est entourée de 185 historiens, sociologues, démographes, juristes, écrivains, cinéastes, philosophes, psychanalystes, médecins, politologues, anthropologues, critiques d’art, de cinéma et spécialistes du jazz et de la chanson. 

Je vois en lisant votre parcours professionnel que vous vous êtes intéressée à la sexualité assez tard, dans les années 2000 ?

Janine Mossuz-Lavau : Ce n’est pas tout à fait exact car mon premier article dans une revue qui s’appelle « La Revue Française des Sciences Politiques » date de 1966. J’étais toute jeune débutante et il portait sur l’histoire politique de la contraception. Ensuite je me suis intéressée à d’autres sujets et en 1991, j’ai publié un livre qui s’appelait les « Lois de L’Amour » qui portait sur les lois qui permettaient la libéralisation de la sexualité ; c’étaient les lois sur la contraception, sur l’IVG, la loi de 1980 sur le viol, la loi de 1982 qui supprime les discriminations les plus visibles contre les homosexuels, les lois qui permettent de prendre en compte la sexualité de la jeunesse. Il avait en sous-titre les politiques de la sexualité en France. Il y a eu une deuxième édition en 2001 pour réactualiser le livre. Ensuite je me suis intéressée plus à la sexualité des gens lambda et j’ai publié le livre « La Vie Sexuelle en France ». J’ai commencé à travailler sur ce sujet  à partir d’une opération qui était montée par la Direction Générale de la Santé et le Planning Familial pour faire des cours à l’initiation des risques sexuels dans les populations précaires. Je suis allée dans les centres sociaux dans toute la France qui accueillaient des femmes qui étaient souvent en grande précarité et avec qui on a mis en place des cours qui duraient toute une après-midi. Moi je faisais des entretiens avant ces cessions. C’était la première fois qu’on prenait en compte cette population d’émigrés et à partir de cette matière ça m’a donné l’idée d’élargir mes investigations sur toute la population française. Il y a eu un rapport en premier lieu avec le Planning Familial sur la gestion des risques et ensuite j’ai fait mon livre.

« PLANNING FAMILIAL »par  Bibia Pavard, page 648

« Le Mouvement français pour le Planning Familial trouve son origine dans l’association La Maternité heureuse. Elle est fondée en 1956 par la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé. Cette dernière avait pris publiquement position l’année précédente, à l’Académie des sciences morales et politiques, contre la loi du 31 juillet 1920 condamnant tant l’avortement que toute personne ayant « décrit ou divulgué, ou offert de révéler des procédés propres à prévenir la grossesse, ainsi que toute propagande anticonceptionnelle… Le Mouvement français pour le Planning familial est aujourd’hui un mouvement qui se concentre sur la liberté sexuelle sous toutes ses formes, comme le symbolise la campagne menée depuis 2006 en Ile de France qui a pour slogan : Sexualité, contraception, avortement, un droit, mon choix, ma liberté »

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Ce sujet vous est venu parce que vous êtes génération soixante-huit ou parce qu’à Science Po personne n’avait traité ce thème.

JML : Un peu, mais les débuts de la libération sexuelle se sont passés dans les années soixante.  Soixante-huit est en quelque sorte une résultante de tout ce qui a été fait dans les années soixante que j’ai vécues.  Le sujet m’intéressait et après la publication du livre « La Vie Sexuelle en France » a été une explosion médiatique et les journalistes se sont jetés sur ce livre sans regarder à fond sur les choses sérieuses et ils ne se sont intéressés qu’aux pratiques ! J’étais devenue une sorte de « Madame sexualité » pour les médias à qui on téléphone ou qu’on invite sur les plateaux télé dès qu’il y avait un sujet qui abordait la sexualité.

« METROSEXUEL » par Christine Castelain Meunier, page 543

« Nouvelle tendance masculine de la fin du XXème siècle et du début du XXIème, ce terme désigne un urbain « branché » qui s’approprie «  une part de féminité » sans douter de sa virilité. Le mot est forgé sur la contraction de métropolitain (qui habite une métropole) et sexuel (qui est attirant sexuellement) . Il s’agit d’un néologisme inventé en 1994 par Mark Simpson, journaliste à The Independant. Une des icônes est le footballeur David Beckman….Le métrosexuel a bien noté la montée en puissance des femmes, sujets de droit « maîtrisant «  leur sexualité ». La séduction s’établit plus par rapport à la présentation de soi, à l’affirmation de sa subjectivité, qu’en fonction du rôle social construit, de la conquête, accompagnant la virilité traditionnelle, les comportements machistes et les démonstrations de force »

Et donc dans la continuité la création de ce dictionnaire.

JML : Le dictionnaire est une demande. C’était une manière de boucler la boucle, pas seulement sur les pratiques et autres, mais sur ce que disaient sur la sexualité la littérature, les arts, le cinéma, la chanson, la psychanalyse, enfin tout ce qu’on veut savoir sur ce type de sujet.

« BOWIE DAVID » par Didier Varrod, page 132

« … La carrière de Bowie s’est jouée sur les cendres de la grande désillusion hippie ; On peut faire l’amour sans la guerre, mais la confusion des genres devient précisément une guerre en soi contre l’hétéro machisme de notre société de notre société moderne.. David Bowie fait donc très vite le choix esthétique et politique de l’androgynie. Esthétique, car il convient de proposer une nouvelle image au rock’n’roll, certes toujours subversif, mais dominant dans ses réflexes virils, et souvent misogyne… La figure érotique de Bowie s’affine avec son double, Ziggy Stardust ; David Bowie nous enseigne alors l’ambivalence sexuelle est, bien plus qu’un credo artistique, une nouvelle définition de l’individu… David Bowie reste une icône absolue au pays de la contre culture et de la conscience queer»

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David Bowie

Il y a effectivement beaucoup de sujets abordés mais vous n’avez pas fait une fiche sur « Sexualité », ça ne méritait pas quelques mots ?

JML : Oui  j’aurais pu mettre sexualité sans s, mais j’explique dans l’introduction qu’on avait déjà écrit sur la sexualité dans des dictionnaires, livres etc, mais cela renvoyait à un modèle assez normé c’est à dire l’hétérosexualité et le coït destiné à assurer une descendance. Avec sexualités avec s, on prend en compte toutes les sexualités qui se pratiquent de bisexualité à zoophilie en passant par homosexualité ou pédophilie et autres.

« PERVERSIONS » par Luiz Eduardo Prado de Oliveira, page 631

« Il est toujours délicat, voire difficile et même dangereux, d’écrire sur les perversions. Délicat, car leur définition n’est jamais précise ; Difficile car nous nous heurtons aux religions et aux moralismes, à la médecine et enfin à la loi. Les temps ne sont pas si éloignés où l’homosexualité ou le transsexualisme étaient considérés comme des déviations majeures, voire des psychoses… Freud : Aucun bien portant ne laisse probablement de joindre au but sexuel normal un supplément quelconque, qu’on peut qualifier de pervers, et ce trait général suffit en lui-même à dénoncer l’absurdité d’un emploi réprobateur du terme de perversion…. Le domaine de la vie sexuelle présente des difficultés insurmontables à l’établissement de distinctions nettes entre normal et pathologique, poursuit Freud, au dégoût, à l’horreur ou à la douleur, ce qui est le cas dans la coprophilie et dans la nécrophilie »

En vous commandant ce livre, c’était faire un travail titanesque. Vous étiez combien pour le mettre en forme ?

JML : J’étais seule, c’était la condition sine qua non car j’avais fait un dictionnaire sur un autre sujet et nous étions trois et ce fut l’enfer. Un jour Jean Luc-Barré  qui dirige la collection Bouquins et que je ne connaissais pas, me propose de faire un dictionnaire sur des sexualités. On était dans le même état d’esprit par rapport au sujet.  Dès notre première rencontre je lui ai amené une liste de sujets de A à Z qu’il fallait aborder. C’était des grands thèmes plutôt que des notices. On s’est très bien entendu et j’ai commencé par faire une liste d’à peu près 400 notices. Ensuite je voulais que pour chaque notice cela soit le ou la meilleure spécialiste qui fasse cette notice et non faire travailler une dizaine de personnes qui travailleraient sur tous les sujets. Je voulais savoir ce que nous disent les civilisations, les religions, les lois, les orientations, les lieux, les pays, les philosophes, les psychanalystes, tous les arts…Une fois que j’ai fait ma liste je me suis demandée qui ? Avec mes réseaux, car j’avais pas mal travaillé sur le sujet et depuis pas mal de temps, j’avais les bonnes personnes pour certains sujets. Il y avait des thèmes où je ne connaissais pas le spécialiste et donc j’ai dû chercher sur internet, auprès d’amis pour trouver la vraie bonne personne. Par exemple j’ai découvert quelqu’un dont j’ignorais l’existence, vous voyez c’était un travail de détective ; je voulais une notice sur la fessée et je n’avais aucun spécialiste dans mon entourage sur le sujet.

J’ai vu sur internet qu’il existait un monsieur qui s’appelle Alexandre Dupouy et qui a écrit un livre sur la fessée, de plus il avait fait aussi un livre sur la photo érotique du début XXème. Je l’ai contacté, il a été charmant, adorable. Il est à la fois écrivain, éditeur, libraire, collectionneur. Il a accepté de faire la notice sur la fessée et vu ses connaissances, je lui ai ajouté la Photographie, Pigalle, le Moulin Rouge, le Crazy Horse et les Grisettes. J’ai dû faire ça pour un certains nombres de notices pour lesquelles je ne savais pas à qui m’adresser. Qui était le meilleur spécialiste d’Apollinaire ? J’ai trouvé en cherchant Laurence Campa qui avait écrit des articles sur Apollinaire et qui a accepté de faire le sujet. Ce qui est amusant c’est qu’elle a sorti avant le dictionnaire une énorme biographie sur Apollinaire qui est exceptionnelle et là je me suis dit que je ne m’étais pas trompée ; C’est arrivé plusieurs fois, sur plusieurs sujets dont je n’avais aucune idée pour la rédaction et ces personnes ont sorti sur les sujets proposés des travaux plus importants, plus développés ; donc j’avais vraiment trouvé les bonnes personnes pour chaque notice.

« FESSEE » par Alexandre Dupouy, page 293

« Que les fessées de l’enfance puissent maladroitement influencer la sexualité de l’adulte est une certitude. S’agissant ici d’un Dictionnaire des sexualités, nous traiterons de la seule fessée entre adulte consentants, voire la fessée conjugale….Afin de défendre la fessée, il est simple de démontrer que l’acte de fesser diffuse de la chaleur vers les zones érogènes, donc développer le plaisir et surtout satisfaire « ludiquement » les désirs de soumissions et de domination qui sommeillent en chacun de nous….Les adeptes de la levrette la trouve perverse et violente, les adeptes du sadomasochisme la trouve ridicule et désuète…d’après une enquête de l’IFOPO, réalisée en décembre 2012, 24% des Françaises auraient reçu une fessée de leur partenaire (contre 8% en 1985)… »

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Et vous êtes arrivée à combien de notices ?

JML : A peu près 400 sujets traités et 185 auteurs.

La longueur était à leur discrétion ?

JML : Non, non, je leur imposais un nombre de signes, mais tout dépendait du sujet. Il est bien entendu que pour Catholicisme il  y a 15000 signes alors que Ballet Rose 6000. A chaque notice j’avais attribué un nombre de signes. La plupart ont respecté la longueur, pour d’autres j’ai été obligée de couper.

Vous avez du « rewriter » ?

JML : Non mais il y en a que j’ai du arranger, couper, mais certaines sont merveilleusement écrites car j’ai fait appel à des écrivains et écrivaines. On trouve des femmes comme Camille Laurens, Belinda Cannone ou Michel Schneider qui avait écrit sur Marylin, Proust, l’Opéra. Il m’a suggéré l’Argent que je n’avais pas prévu et il a fait une notice aussi sur Désir.

« DESIR » par Michel Schneider, page 232

« …Pour désigner l’acte par lequel se nouent les deux chaînes de la demande et du désir, la modernité sexuellement correcte emploie l’expression « faire l’amour » et l’oppose à faire la guerre, comme si l’amour n’était pas aussi une guerre, avec ses morts, ses blessés, ses vainqueurs et ses vaincus, ses victimes collatérales et ses bourreaux légitimes… Le désir est et reste une guerre, et d’abord au sein de celui qui en est pris, comme on dit « pris de boisson , et devient la proie de cette violence naturelle dont parle Platon, de cette rage érotique, de cette folie. »

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« Nymphomaniac » de Lars Von Trier

Personne ne s’est fâché avec vous ?

JML : Il y a eu quelques accrocs. Pas très longtemps avant que je rende le travail, il y a des personnes, dont je tairai les noms, qui lorsque je les relançais m’ont dit c’était trop mal payé! Alors il fallait trouver quelqu’un d’autre ou que je le fasse moi-même mais sur certains sujets je n’étais pas la bonne personne. Il y a eu des personnes pour qui j’avais prévu une notice très précise, pour qu’ils ne se sentent pas exclus et qui avaient travaillé sur le sujet ; ils n’ont été pas foutus d’écrire quelques lignes. Je les ai relancés, ultimatum par email, bref ils faisaient le mort et donc j’ai dû soit abandonner la notice qui n’était pas forcément indispensable soit je les remplaçais par quelqu’un d’autre.

Est ce qu’il y avait des gens qui vous ont contactée pour être dans le dictionnaire ?

JML : Alors quand le dictionnaire était pratiquement terminé, j’ai des gens que je connaissais qui n’ont pas été contents de ne pas avoir été contactés alors qu’ils n’avaient pas de légitimité. Il y en a un aussi, ça c’était trop drôle, parce qu’il estimait qu’il devait y avoir une notice sur lui. Je tiens à dire parmi les auteurs que j’ai sollicités, il y a des seniors connus comme le grand historien Alain Corbin et puis à l’autre extrémité il y a des jeunes qui venaient de finir leur thèse sur des sujets qui m’intéressaient. Ils n’avaient pas encore soutenu leurs travaux. Des amis qui étaient passionnés et amusés par le travail que je menais m’ont indiqué leur existence. C’est par exemple le cas pour la notice « l’Amour au Champs ». Olivier Sabarot n’avait pas encore soutenu sa thèse quand je l’ai sollicité. Elle s’appelait « La Sexualité en Saône-et-Loire »  de 1870 à 1900 et quelques. Il n’avait pas encore publié, il a été ravi de participer et moi j’étais très contente d’avoir cette belle notice qui ne figurait nulle part ailleurs. Les jeunes qui ont participé m’ont écrit, pour me remercier, des mots vraiment adorables.

« AMOUR AUX CHAMPS » par Olivier Sabarot, page 30

« La sexualité aux champs stricto sensu appartient au registre des relations illicites, voire illégales. Car, si le couple d’époux, seul autorisé à avoir une activité sexuelle, a le lit nuptial, l’espace ouvert, et donc public, que constitue le champ, même lorsqu’il est situé sur une propriété privée, est investi par les étreintes furtives en marge du travail de la terre. A l’écart des endroits les plus fréquentés, les territoires cultivés ou boisés, les prés également sont des lieux propices à l’établissement de relations sexuelles ponctuelles ou de liaisons durables échappant au contrôle de la société villageoise. Dès lors, pour que les faits soient surpris, il faut que les amants soient surpris, que le garçon se vante de sa bonne fortune ou, plus grave, qu’une grossesse sanctionne la rencontre. A la faute de la sexualité prénuptiale s’ajoute alors celle, plus répréhensible encore, de l’infanticide. Qui s’explique par le rejet social accompagnant une naissance illégitime. »

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« Les Valseuses » de Bertrand Blier

Dans votre dictionnaire on trouve des gens qui sont encore vivants, Sollers par exemple.

JML : Sollers je l’avais sollicité pour faire Olympia parce que dans un de ses livres il raconte qu’avec une de ses maîtresses récentes, il réussit à se faire ouvrir le musée d’Orsay pour que tous les deux soient seuls devant ce tableau sur lequel il dit plein de choses. Je m’étais dit que cela serait sympa ; mais il a répondu qu’il n’avait pas le temps. Il y a une notice sur lui, sur Houellebecq, sur Catherine Millet . Il y a une notice sur Régine Deforges qui vient juste de nous quitter ; s’il y a une réédition je mettrai 2014 à côté de son année de naissance. Il y a une notice sur Jean-Jacques Pauvert qui a été faite par Annie Lebrun et il y a une notice sur George d’Esparbec faite par Jean-Jacques Pauvert qui avait déclaré que Esparbec était le meilleur romancier dans le domaine du porno.

« ESPARBEC GEORGE » par Jean-Jacques Pauvert, page 268

«  Le dernier pornographe ? Ou le premier ? Incontestablement le premier, dans la mesure où l’irruption de Georges d’Esparbec, aux environs de l’année 1987, dans l’univers des lectures érotiques, libertines, coquines, osées etc avait été fracassante. Dans un temps ou auteurs et éditeurs de ce genre d’écrits prenaient encore le maximum de précautions pour camoufler sous des prétextes divers leurs textes de cette couleur introduits en librairie, Georges d’Esparbec, directeur de collection, en affichait au contraire brutalement le genre : un genre sans nuance, brut de fronderie, projeté à la face des lecteurs. »

Une fois fini est ce que vous avez des regrets ?

JML : De toute façon ce n’était pas possible de faire deux volumes. A un certain moment je ne voyais plus la limite en nombre de signes et je me disais que c’était en train de prendre une ampleur pas possible ; pratiquement sur tous les sujets il faudrait un dictionnaire pour chacun ; un dictionnaire pour cinéma et sexualité, chanson et sexualité. On me dit « ah tu n’as pas mis ça ? », pour les films par exemple je n’ai pas fait écrire une notice sur certains films ou acteurs de porno. J’ai choisi « Lolita », « L’Empire des Sens », le « Souffle au Cœur », « Jules et Jim ».

Pour revenir au « Souffle au Cœur » que beaucoup de gens ne connaisse pas, pensez-vous qu’on pourrait produire ce genre de cinéma aujourd’hui, vous qui avez travaillé sur les sexualités de la France ?

JML : C’est vrai que j’ai posé la question à des producteurs,  je pense qu’aujourd’hui un producteur qui voudrait le faire ne trouverait aucune chaîne de télévision qui mettrait de l’argent dans ce genre de projet. On est tellement sensibilisé à la pédophilie, l’inceste, aujourd’hui plus qu’à l’époque où Louis Malle a fait ce film, aujourd’hui ce ne serait pas possible.

« LE SOUFFLE AU CŒUR » par  Jean-Luc Douin, page 807

« Clara (Léa Massari) trompe son mari gynécologue, avec la complicité de Laurent son fils (« Quoi que tu fasses je suis avec toi » lui dit-il lorsqu’elle lui demande  d’aller se promener pour la laisser recevoir son amant) ; Faisant chambre à part avec son époux, elle chahute volontiers avec son fils, en combinaison. Laurent est le préféré de ses fils….L’inceste se déroule une nuit d’ivresse, après le bal du 14 juillet ; Mère et fils ont beaucoup dansé, beaucoup bu. Laurent aide sa mère à se déshabiller… Après ce qu’elle et lui vivent à la fois comme un moment d’égarement et un moment unique, elle tient à son fils un discours apaisant («  Je ne veux pas que tu sois malheureux, que tu aies honte ni même que tu regrettes ce qui s’est passé. On s’en souviendra comme d’un moment très beau, très grave, qui ne se reproduira jamais plus ; Ce sera un secret entre nous, et quand j’y penserai, ce sera avec tendresse, sans remords. Tu vas me promettre d’en faire autant) »

Vous êtes allée aussi voir les sexualités dans d’autres pays que la France

JML : Oui en Italie, en Allemagne, au Japon, en Chine, en Inde, aux Etats Unis, au Royaume Unis.

Combien de temps cela vous a-il pris de mener à bien ce dictionnaire ?

JML : Et bien d’après mon éditeur cela a été ultra ultra rapide, parce qu’à partir du moment où il m’a appelé et le moment où je lui ai donné une clé USB où il y avait trois millions de signes, il s’est écoulé dix-huit mois !

C’est peu !

JML : Oui car quand les notices m’étaient envoyées, il fallait que je les lise, les corrige, les raccourcisse.

Vous avez passé vos nuits dans les sexualités ?

JML : Pas du tout je n’ai jamais travaillé la nuit, même pour passer mon bac. J’ai mené les auteurs à la schlag, mais ils étaient pratiquement tous très intéressés pour participer à cette aventure, bon pour certains il fallait leur arracher leur texte parce qu’ils travaillaient sur de nombreuses choses en même temps. Il y a beaucoup de notices qui apprendront certaines cshoses inconnues du lecteur. Il y a des auteurs qu’on sera surpris de rencontrer. Pour la prostitution, par exemple, il y a plusieurs notices. J’ai fait appel pour Proxénétisme à Yve Charpenel qui est un magistrat président de la fondation Scelles qui lutte sur le fait prostitutionnel, sur la législation actuelle à la juriste Sarah-Marie Maffesoli, j’ai demandé pour l’Histoire de la prostitution à une chercheuse, Amélie Maugère, qui a fait sa thèse là-dessus, qui avait eu le prix de thèse chez Dalloz et dont j’ai préfacé le livre ; J’ai écrit sur Les Clients parce que j’avais fait une enquête avant, et j’ai demandé la notice sur le Strass ( Syndicat du Travail Sexuel) à la secrétaire syndicale du Strass qui est une travailleuse du sexe. Il y a une variété d’approches pour certains sujets qui est tout à fait passionnante.

« CLIENTS DE LA PROSTITUTION » par Janine Mossuz-Lavau, page 177

« … J’ai pu distinguer trois types de clients. Le premier est celui des accidentels. Des hommes, qui, à un moment de leur vie, se sont retrouvés en état de manque…ce qui ont fonctionné de cette manière ont en général été déçus… Le deuxième type rassemble nettement plus de monde : des hommes mariés ou vivant en couple qui n’obtiennent pas chez eux (ou n’osent pas demander) les gâteries auxquelles ils aspirent. Une troisième catégorie réside dans les clients réguliers vivant seuls. Des veufs, des divorcés, des célibataires. Qui ne parviennent pas à séduire, ou qui ont renoncé. Pour diverses raisons. A cause de leur âge, de leur timidité, du manque de temps, de la fréquence de leurs besoins, de la peur d’un investissement qui leur reviendrait plus cher qu’une passe, sans la garantie d’obtenir une relation sexuelle»

Jeune et Jolie

« Jeune et Jolie » de François Ozon

Vous qui habitez Pigalle, pourquoi n’avez-vous pas fait la notice Sex Shop ?

JML : je n’avais pas envie d’allez passer des heures dans les Sex shops pour bien traiter le sujet alors qu’il y a quelqu’un, Baptiste Coulmon, qui a écrit un livre là-dessus et qui connaît ça très bien.

Et vous combien de notices avez-vous écrites?

JML : Quelques unes. Quand j’ai mis par ordre alphabétique je me suis aperçue que le dictionnaire commençait par Abstinence ce qui était paradoxal et assez drôle, un second degré ; je n’étais pas très pour, alors j’ai cherché pour trouver quelque chose qui commence avant abst ; on avait Abélard ce qui était convenu,  alors j’ai écrit la première notice sur la suggestion d’un proche qui donnerait le ton de ce dictionnaire et c’est : Abat-jour. Là je connaissais très bien le sujet le poème de Géraldy, la chanson et j’ai fait une peu de sociologie avec l’éloge de la pénombre. J’ai aussi écrit les sujets sur la contraception, sur le viol, plusieurs sujets que j’avais déjà traités dans les « Lois de l’Amour ».

« ABAT-JOUR » par Janine Mossuz-Lavau, page 3

« Baisse un peu l’abat-jour / Viens près de moi t’asseoir/ Baisse un peu l’abat-jour/ Il fait si doux ce soir….Jusqu’au lever du jour / Baisse un peu l’abat-jour. L’éloge de la pénombre, donc, qui renvoie à bien des soupirs littéraires et cinématographiques. Et qui sera suivi par d’autres chansons, d’autres confessions. Données par ceux et celles pour qui l’amour, et tout particulièrement l’étreinte, s’accommode mal de la pleine lumière, repousse celle du soleil comme celle de la fée Electricité. Car la vive clarté, mettant à nu les visages, peut transformer l’autre en voyeur. »

Je suppose que le dictionnaire est en pleine lumière en ce moment ?

JML : Oui il y a de bons articles. Le Point a publié des extraits avec un énorme titre en gras : Mille vingt quatre pages de sexe ! Il y a eu surtout un très bel article élogieux de Bernard Pivot dans le JDD,  lui a titré : Le sexe de A à Z et plus si affinité. Pour qu’on ne le confonde pas avec un dictionnaire médical par exemple, il dit qu’on aurait du l’appeler Dictionnaire Culturel des Sexualités. A suivre un article pour Figaro Madame avec une jeune femme qui a écrit sur la jouissance.

Est-ce qu’un homme aurait pu faire ce dictionnaire ?

JML : Je ne sais pas, mais il aurait fallu qu’il aime la chanson, le cinéma, tous les arts, la littérature, la politique, un homme transversal.

Et vous l’êtes ?

JML : Oui, car je m’intéresse autant à la politique, à la sociologie qu’à la chanson ou au foot.

Vous êtes allée voir ce qui se passe dans les vestiaires ?

JML : Il y a une rubrique « Sport » dans le dictionnaire très bien faite ; Je n’y avais pas pensé, on me l’a proposée !

« SPORT » par Tewfik Bouzenoune, page 809

« Le sport, qu’il soit amateur ou professionnel, est une activité éminemment genrée et sexuée, où la non-mixité résulte avant tout d’une valorisation historique et sociologique dominante de la masculinité masculine…L’assignation sexuelle d’une activité sportive à un sexe est désormais battue en brèche…Le pacte d’amitié viril explique en grande partie pourquoi l’homophobie est omniprésente dans le sport masculin.» 

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9782221130872

« Dictionnaire Des Sexualités »

Janine MOSSUZ-LAVAU

Robert Laffont

Mars 2014

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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