Titulaire lors de la victoire des siens face à Valenciennes (0-1), Javier Pastore a une nouvelle fois été décevant. Talentueux mais ô combien inconstant, la pépite argentine est pointée du doigt et les critiques sont devenues monnaie courante. Mais qu’en est-il vraiment ? Javier Pastore n’est-il qu’une vulgaire belle promesse ou fait-il partie de cette catégorie rare de joueurs dont l’imperfection est l’essence même de leur beauté.

Javier Pastore, PSG

La Ligue 1 ne semble pas comprendre Javier Pastore. Ou est-ce peut-être bien l’inverse. De ce flou, ne ressort qu’une certitude. L’Argentin ne cesse de faire parler de lui. Epié, critiqué ou adoubé, l’ancien joueur de Palerme ne laisse personne indifférent. Dès son arrivée au cours de l’été 2011, Pastore a du porter le fardeau du joueur le plus cher de l’histoire de la Ligue 1 (42M à l’époque). Une pression légitime qui avait déjà placé le natif de Córdoba au centre des débats. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts parisiens. Edinson Cavani, Thiago Silva ou encore Lucas Moura sont venus froisser de leurs millions les bien-pensants. Noyé dans cet amas de stars, Javier devait à juste titre, se sentir libéré d’un poids. Et par conséquent, en finir avec cette intermittence qui en irrite plus d’un.

Un oiseau en cage

Critiqué pour sa nonchalance, Pastore serait-il en réalité un incompris ? Un esthète au service du beau jeu ? Contrairement à certains joueurs qui ne cessent de répéter leurs gammes, jour après jour, Javier, est dans la recherche continuelle du mouvement, ce mouvement même qui fait basculer la simple composition au rang de symphonie. Irritant pour le spectateur impatient, et plus précisément pour le nouveau public consommateur du Parc des Princes, El Flaco donne l’impression de n’être concerné que par à coups. En partie seulement, car ce dernier est en recherche quasi permanente de justesse, voire de perfection. A savoir l’imperfection la moins notoire.

Dans un entretien accordé à So Foot, Angel Cappa, l’ancien entraîneur de Pastore à Huracan, avait livré un constat assez réaliste de la situation de son ancien protégé au PSG. « C’est un joueur créatif, à l’excellent toucher de balle, qui est agile, sait prendre des initiatives, et je crois qu’il est très mal utilisé en tant que milieu gauche. Dans cette position, il passe une bonne partie de son temps à réaliser des tâches défensives, à pourchasser le latéral adverse. Heureusement, il parvient à s’échapper de sa cage de temps à autre, et il peut alors nous offrir un peu de son talent. Mais je crois vraiment que s’il joue où il doit jouer, c’est-à-dire dans l’axe, il va se révéler beaucoup plus productif pour le PSG. »

De sa cage – sous les ordres d’Ancelotti –  Pastore s’est quelques fois échappé. Comme lors de la double confrontation face à Barcelone en quart de finale de la Ligue des champions. Aligné pourtant sur un côté dans le 4-4-2 du Mister, El Flaco s’est souvent retrouvé dans son « axe » préférentiel. Une position qui lui permet d’exprimer pleinement sa liberté créatrice, tout en étant déchargé des tâches défensives. Le problème viendrait-il donc seulement du positionnement sur le terrain ? Difficile à dire.

Depuis la nomination de Laurent Blanc l’été dernier, Javier Pastore n’a guère convaincu, sans grande surprise, sur ce flanc gauche. Mais plus inquiétant, il fut aussi transparent au cœur du jeu face à Nantes dans le désormais traditionnel 4-3-3. bis repetita, mercredi dernier sur la pelouse de Valenciennes. Lors de sa dernière apparition au Parc des Princes, face à Guingamp, c’est une partie – marginale soit-elle – du public du Parc des Princes, qui a même pris en grippe le numéro 27 parisien. Sur le rectangle vert, Pastore semble traîner son spleen. Une attitude teintée de désarroi et qui entraîne une incompréhension grandissante.

Une greffe impossible ?

« C’est un garçon qui fait poser beaucoup de questions, lui même peut-être s’en pose beaucoup, peut-être trop. C’est un garçon qui me donne entière satisfaction depuis le 1er juillet, la date où il a repris l’entraînement. Le seul problème, c’est qu’il y a un décalage entre ce qu’il montre à l’entrainement et ce qu’il démontre en match. »  Il n’y a pas que pour les supporters parisiens que l’Argentin est une énigme. Laurent Blanc lui-même, semble avoir du mal à résoudre l’équation Pastore.

Et si ce dernier était tout simplement incompatible avec notre championnat ? Une question légitime lorsque l’on sait que dans un passé pas si lointain, un certain Lucho Gonzalez, avait lui aussi rongé son frein sur les pelouses de France avec l’OM avant de se rendre à l’évidence. Et de retrouver son premier amour : le FC Porto. Là où « El Comandante » s’est toujours senti aimé. Oui, Javier Pastore fait partie – tout comme l’ancien meneur de jeu phocéen – de cette catégorie de joueurs dont l’affect à tendance à prendre le dessus.

Dans un championnat plus physique et rude qu’on ne veut bien le croire, l’esthétisme d’un Pastore ou de son compère argentin n’est pas légion. Dans ce nouveau PSG qui ne cesse de rêver plus grand, le meneur de jeu parisien n’est – pour certains – qu’une étoile filante au beau milieu d’un ciel étoilé. Pour d’autres, il est un romantique plongé dans un monde de brutes.

A l’image d’un Edinson Cavani, contraint – pour l’équilibre de l’équipe – de jouer sur un côté, Javier Pastore doit s’adapter, voir changer. Non sans conséquence. Dans ce monde du ballon rond de plus en plus aseptisé, Pastore s’apparente à un vulgaire intermittent d’un spectacle qui se fait de plus en plus rare. Alors qu’il devrait en être le porte-drapeau. Reste à espérer pour le Paris Saint-Germain, que son langage footballistique fasse plus souvent surgir la beauté et le sublime d’une réalité parfois trop morose. Au risque de le voir prendre son envol vers des contrées lointaines. Là où il sera aimé tel qu’il est.

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Journaliste Sportif

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