King Gizzard & The Lizard Wizard. Je ne le présente plus (voir ici), King Gizzard est le groupe le plus en vue de toute la scène psychée, je ne suis donc pas certain qu’il soit nécessaire de lui claquer la bise ( article réalisé et publié en collaboration avec nos potes de Still in Rock).

Si King Gizzard & The Lizard Wizard est aujourd’hui l’Empereur de la musique psychée, c’est parce que chacun de ses derniers LPs a joué sans retenue la carte du concept-album, au risque de tomber nez à nez avec un rock psyché un brin ésotérique – qu’il a toujours su éviter avec élégance.  I’m In Your Mind Fuzz (2014) a été le véritable point de départ de tout cela, et depuis, le groupe semble ne jamais en avoir fini de flotter sur une autre planète, nous avec.

Pas de doute, King Gizzard & The Lizard Wizard est toujours habité de cette même volonté et Flying Microtonal Banana joue logiquement la carte de l’album atmosphère qui veut nous envoyer sur le terrain d’une centrale nucléaire une fois la nuit tombée – avec quelques rodeurs entourés d’une drôle de fumée verte. Cette centrale, elle prend place quelques parts dans un pays du Maghreb, du côté de Aïn Oussara. Seulement, la centrale n’a pas encore explosé et King Gizzard est ainsi plongé dans une curieuse attente, n’osant jamais y mettre les pieds. Vous allez voir, tout cela va faire sens !

« Rattlesnake » introduit l’album sur les mêmes bases que Nonagon Infinity et certains morceaux de I’m In Your Mind Fuzz. Le titre est bien maitrisé, relativement posé et King Gizzard & The Lizard Wizard adopte le parti pris d’un groupe de jazz : les éléments apparaissant au fur et à mesure, chacun des musiciens ayant sa chance pour emmener le reste du band dans une nouvelle direction. Choisir ce type de morceaux pour introduire Flying Microtonal Banana est une chose curieuse, mais soit.

« Melting », c’est une nouvelle expression de cette volonté de nous plonger dans l’atmosphère brumeuse que nous promet la pochette. Une fois encore, King Gizzard adopte les codes d’un groupe de bebop, assurément pas pressé de nous en mettre plein la vue. Les petites envolées instrumentales y sont bien mieux réussies qu’elles ne le sont sur le premier titre. On croirait presque entendre le King Gizzard de Paper Mâché Dream Balloon . Ouais, tout cela rappelle drôlement le passé…

« Open Water » prend la suite dans un patchwork sonore plus fourni, mais pas des plus pertinents. Peut-être le groupe aurait-il pu se fouler un peu plus sur les paroles ?! La batterie, excellente comme toujours, le tire toutefois vers le haut avec ce même esprit kautrock qui fait le groupe depuis 2014, mais on n’atteint pas les sommets du genre, ni même ceux de King Gizzard.

Et ça se complique avec « Sleep Drifter », faisant de ces 4 premiers morceaux un tout inséparable. Le groupe en avait tiré le meilleur parti sur I’m In Your Mind Fuzz parce qu’il avait su créer un véritable élan susceptible de faire suer de joie la plus prude des bonnes soeurs italiennes. Seulement, Flying Microtonal Banana peine à nous saisir, peut-être est-ce dû à la voix trop mielleuse, peut-être est-ce dû à l’instru’ qui est trop fidèle à celle de ces derniers albums. Ces 24 premières minutes sont donc plutôt divertissantes mais elles n’emporteront pas la conviction de grand monde : les fans du groupe ont déjà eu mieux dans un style pas si éloigné et ceux qui découvrent King Gizzard feraient mieux de se reporter à ses sommets 2014/2015/2016.

L’intention change enfin avec « Billabong Valley ». Les quelques sonorités orientales qui s’y trouvent ont l’avantage de leur nouveauté et semblent indiquer une nouvelle intention. Et puis, la voix d’Ambrose Kenny Smith fait l’objet d’un travail studio plus poussé, voilà du neuf et du très bon ! Mais après la surprise vient l’habitude et « Anoxia » nous rappelle dans un premier temps que cet album reprend beaucoup des codes des précédentes. Des sonorités arabisantes réapparaissent à mi-chemin, mais le groupe semble être trop craintif pour les exploiter pleinement, c’est étrange, voilà qui ne lui ressemble pas vraiment.

Ne nous attendez pas non plus à ce que « Doom City » ne vienne vous délivrer. King Gizzard aurait pu créer l’alliance parfaite entre rock psyché, musique orientale et desert rock. Il tente de s’en rapprocher sur les dernières secondes, mais c’est encore bien trop frileux. « Nuclear Fusion » aurait dû être troqué par un Nuclear Explosion dans lequel le meilleur de la musique psychée arabique aurait trouvé son meilleur allié.

Une question se pose alors : pourquoi attendre le dernier morceau pour oser l’expérience ? « Flying Microtonal Banana » fait enfin ce que les autres titres se privent d’essayer, peureux à l’idée d’aller trop loin. Le titre joue à fond la carte psychédélico-arabe, c’est majestueux. Et puis, quelle drôle de maquette ! Ce titre aurait dû être le thème introductif de cet album, il le fallait le placer en première position et dérouler par la suite. Il tombe ici comme un cheveu sur la soupe froide du chef.

Alors, que retirer de tout ça ? Pour la première partie, on pourra regretter que le groupe n’ait pas joué plus franchement la carte jazzy qui le méritait véritablement. King Gizzard prépare un album du genre, peut être voulait-il se garder ! Dans cette mesure, les 4 premiers titres – plutôt bon, au demeurant – n’ont aucune place sur cet LP.

À la différence des derniers LPs du groupe qui jouaient à fond la carte « conceptuelle », Flying Microtonal Banana nous présente ensuite un thème (orientale) sans jamais entièrement s’y plonger. C’est un peu comme si King Gizzard & The Lizard Wizard voulait préserver le succès qui est désormais le sien, conscient de la nécessité de présenter de nouvelles idées mais trop timoré pour risquer de brusquer une partie de ses fans. C’est triste à dire, mais ce Flying Microtonal Banana serait sorti en 2014 qu’il aurait été bien meilleur, parce que King Gizzard n’aurait pas lésiné sur le jusqu’au-boutisme qui lui manque ici. Paper Mâché Dream Balloon n’avait pas joué à moitié la carte flûte-on-s’embrasse-dans-les-près, Quarters! n’avait pas délivré deux morceaux de 10 minutes 10 secondes et deux autres de 3 minutes, histoire d’assurer un titre radio, I’m In Your Mind Fuzz n’avait pas introduit du kautrock psyché en préservant les amoureux de dream pop, et enfin, Nonagon Infinity n’avait pas été composé pour préserver la santé mentale des internés de Vol au-dessus d’un nid de coucou.

Bref, une moitié de cet album est inutile – dans ce contexte – et l’autre est beaucoup trop frileuse. Triste constat, et malgré cela, King Gizzard & The Wizard Lizard parvient à captiver notre attention. C’est (très) fort, et l’on attend la suite avec impatience. Ne cédons pas à cette mode qui consiste à critique les groupes qui atteignent une renommée mondiale – les détraqueurs de Mac DeMarco et Ty Segall ne doivent pas montrer l’exemple, laissons-les savoir mieux que noux. L’Empereur est toujours en vie !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.