Vous avez été nombreux ce week-end à vous précipiter pour voir le dernier volet de la trilogie de Peter Jackson. Nous aussi on y est allé. Et on vous dit ce que l’on en a pensé.

THE HOBBIT: THE DESOLATION OF SMAUG

Si il faut conclure sur quelque chose après la vision du « definite chapter » ou « chapitre définitif », c’est qu’aucun autre cycle n’aura connu aussi belle expression cinématographique, aussi cohérente et immersive que l’univers de Tolkien par Peter Jackson et son équipe. Ce n’est en effet pas la saga Marvel, les Harry Potter ou Hunger Games qui va venir, sans parler ici de qualité, concurrencer ce que cette équipe réalisa en tant qu’objet cinématographique, autant sur le plan des innovations techniques que de l’actualisation en tant que nouvelle mode de la fantasy comme générateur de spectacle populaire. Pas exempte de défauts, cette saga du Hobbit reste vibrante de la même passion, de la même envie de cinéma que la saga du Seigneur des anneaux. Peter Jackson y relevant là un nouveau défi, alors que beaucoup n’y voyaient qu’une occasion facile de reprendre un monde déjà mis en place, celui de transformer un livre de trois cents pages pour enfant en saga épique menée par des nains et d’en faire le parfait pendant à sa première saga, comme un dernier coup de pinceau sur une peinture commencée il y a quinze ans.

THE HOBBIT: THE BATTLE OF THE FIVE ARMIES

Il semble clair qu’un changement important s’est amorcé dans le cinéma de Peter Jackson depuis Lovely Bones, une sorte de naïveté touchante et parfois maladroite qui transparaît dans Le Hobbit à travers l’intrigue qui unit une elfe et un nain, arc narratif qui prend ici un tournant émotionnel puissant et scelle la volonté affirmée du réalisateur de privilégier l’émotion à l’action pure. Dans ce dernier volet, il isole les batailles, les contient dans des lieux différents, délaissant le gigantisme du Retour du roi pour un cloisonnement des situations plus intime et donc plus empreint de tension dramatique. Un choix cohérent quant au ton plus mesuré et léger de la saga du Hobbit. Et si on regrette alors l’absence d’une prouesse visuelle similaire au plan séquence des tonneaux du second volet, cet épisode se fait tout aussi généreux sur un plan tout autre qu’on pourrait qualifier d’ « épique intime ».

Accordant tout un pan du récit à la lente descente aux enfers de Thorin, aveuglé par l’or durement conquis, Peter Jackson en profite pour mettre à bien cette velléité d’épique intime au cours d’une séquence sublime où il évoque de façon purement visuelle les origines de Smaug. Thorin s’enfonçant littéralement dans cet enfer clinquant, s’évadant changé de ce combat solitaire, cette séquence couplée aux dernières paroles de Gandalf permet d’appuyer le thème de l’avidité qui vient de nouveau faire du monde du Hobbit comme celui du Seigneur des anneaux un miroir allégorique de notre monde. Une séquence de cauchemar éveillé tout bonnement terrifiante, qui rappelle d’un coup les origines d’un cinéaste né du cinéma de genre au même titre que Sam Rami. Des cinéastes qui, s’ils remplissent rarement le cahier des charges de « l’auteur » comme l’entend notre critique française, sont ceux qui maîtrisent le mieux notre média cinématographique dans ce qu’il a de plus pur et originel, la caméra et ses possibilités. Pas étonnant de voir parmi ces cinéastes, les pionniers des nouvelles technologies que développe le cinéma et dont le Hobbit en est le produit premier.

Toujours brouillon dans son déroulement comme l’était le second volet et victime de quelques choix malheureux (le court passage avec Galabriel), Le Hobbit : La bataille des cinq armées reste en termes de réalisation, de montage et de découpage, un cran au dessus de tous les blockbusters sortis cette année. « Guardians of the Galaxy » a beau être irrémédiablement fun, James Gunn ne tient pas la comparaison avec l’inventivité visuelle et la maîtrise de l’espace de Jackson qui, dans une poignée de scènes de bravoure, produit plus de cinéma qu’aucun autre.

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