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Au cœur du bois de Vincennes, à deux pas du Château des Rois maudits, sur 28 hectares fleurs, arbres, de toutes les espèces, sont offerts à ceux qui ont besoin d’avoir la campagne à la ville ; le rêve d’Alfred Jarry y est réalisé! Mais ce n’est pas un cours d’horticulture que nous voulons vous faire partager, mais parler de culture, celle qui passe par les oreilles. Tout l’été et jusqu’à la fin de septembre, pour seulement 6 euros, des jazzmen et des musiciens dit classiques sont venus s’éclater au milieu des gazouillis des enfants, des vols de canards (eux en principe ils n’en font pas) sur une scène couverte – espace delta- et ouverte à tous les vents (la pince à linge est aussi importante que la partition). Depuis 1993 il y a eu du beau monde qui est venu offrir des moments d’anthologie, surtout en jazz. Cette année, entre autres,  le pianiste Jason Moran, le saxo Steve Potts, le chanteur guitariste Boubacaré Traoré, le tromboniste funky Nils Landgren, l’organiste Rhoda Scott en compagnie de la trompettiste Airelle Besson ont fait bouger un public, souvent âgé, et peu habitué à ce style de musique. Les piqueniqueurs, plus jeunes, ceux qui offrent les gazouillis de leurs progénitures, allongés sur les pelouses, une mousse et chips à portée de main, apprécient cette musique mais qu’en fond sonore.

Beethoven, Bartok, Brahms, Mozart, Schubert… dès le mois d’août, ont remplacé les standards de jazz.  Là aussi on a pu entendre des gens connus des spécialistes mais en général pas du tout du public du parc. François Salque, violoncelle, Jean Rondeau, clavecin (victoire de la musique de l’année, svp)  Hortense Cartier-Bresson, piano,  Juliette Hurel, flûte traversière….ont participé aux week-ends « Classique au Vert ». Cette manifestation on la doit bien sûr à la Mairie de Paris mais surtout à l’énergie de Marianne Gaussiat et Isabelle Gillouard. Si vous n’allez pas écouter la musique classique, la musique classique viendra à vous tel est le credo de « Classique au Vert ».

Cette année l’événement était l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven. La découverte devant des sièges à moitié pleins, à l’heure de la sieste, était Robin Stephenson un excellent jeune pianiste amateur. Il a interprété le quatrième avec une décontraction assez impressionnante lorsque l’on connaît la difficulté de le jouer. Ah ce terrible premier accord qui va donner tout le sens à la suite ! Comment le faire sonner face à son piano ! Il était accompagné par un tout jeune orchestre – Ensemble Nouvelles Portées – et un chef – Victor Jacob – tout aussi jeune. C’est plus facile de jouer de la musique que de faire de la recherche mathématique nous a avoué ce normalien ! Le soir on était dans une performance plus physique avec l’énergique François Frédéric-Guy au piano et à la direction de l’Orchestre de Chambre de Paris. Diriger et jouer en même temps des concertos tels que le troisième et le terrible cinquième est de l’ordre de la prouesse; la veille il les avait tous interprétés donc pas de soucis, les notes étaient là. Le lendemain c’était plutôt concerto pour éventails et orchestre que l’on pouvait entendre, dû à une chaleur excessive. On a quand même apprécié la connivence entre la première violon – Ann-Estelle Médouze – de l’Orchestre National de l’Ile de France et Nicolas Angelich, très concentré, qui avec seulement quelques gestes et regards très discrets a dirigé et offert une magnifique interprétation des deux premiers concertos. L’été était toujours à l’affiche au parc avec un « Viaggio a Napoli » joué et chanté par Les Paladins sous la direction de Jérôme Correas. Le fameux « Funiculi Funiculà » a été repris en chœur et en battements des mains par les spectateurs enthousiastes, ravis d’entendre ces canzone napolitaines de la renaissance au du XIXème siècle. Le week-end dernier l’excellente violoncelliste Emmanuelle Bertrand a accompagné le fougueux quatuor de jeunes musiciens, le Quatuor Hermès ; Hermès comme le messager des Dieux – c’est ce qu’il veut faire entendre dans sa conception-  et non comme la marque bon chic bon genre, à la calèche. Il a interprété le chantant « Quatuor Américain » de Dvorak et le périlleux « Quintette à deux violoncelles D.956 » de Schubert. Ce quintette posthume a été créé dix ans après la mort du compositeur ; il est vrai que l’espace delta n’est pas le lieu idéal pour entendre toutes les subtilités de l’interprétation du Quatuor Hermès. Il a enchanté le public et on peut espérer que des spectateurs iront l’écouter dans de meilleures conditions, c’est la vertu d’un tel festival.

Il reste encore un week end musical. Il se termine dimanche 13 septembre par des tubes d’opéras chantés par la soprano Valérie Yeng-Seng et Le 12 à 16h le Secession Orchestra, sous la direction de Clément Mao-Takacs interprète des musiques plus faciles d’accès. Le programme je vous le donne en mille, s’intitule : « On the Road », ça ne s’invente pas, normal qu’on vous incite à aller au Parc Floral, au cœur du bois de Vincennes, à deux pas du Château des Rois maudits !

Pour l’année prochaine : http://www.classiqueauvert.paris.fr

crédits photo : © Jean-Baptiste Millot

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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