Cinq ans après ses premiers jugements littéraires, la suite des fatwas de Charb reste fidèle à l’esprit l’idée originelle : pourfendre les incivilités, abus de langage et autres faits insupportables, par de l’humour acide.

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Charb, directeur de publication et illustrateur bien connu de Charlie hebdo, offre ici un recueil de ses billets hebdomadaires, dans les chaussures d’un Ayatollah autodidacte surjouant l’exaspération. Depuis le premier volume, la plume de l’illustrateur lui vaut d’être, encore aujourd’hui, traqué par des islamistes radicaux pour ses caricatures du prophète Mahomet. Mais si le ton reste inchangé, le titre (qui au passage, fait appel à Voltaire) ne perdure pas par provocation, sinon que pour une simple question de forme : c’est la syntaxe qui est reprise au travers de ses 50 nouvelles. Chaque évènement épinglé est présenté de la même manière, débutant par une mise à mort, l’énoncé des faits, et enfin un verdict.

Présenté comme un « Anti Philippe delerm », le pugilat n’en est que plus acerbe – on en viendrait presque à trouver les nouvelles de « la première gorgée de bière » irritantes. Le papier cartonné des deux couvertures est volontairement le même à dix-huit ans d’écart, mais Charb est clairement le jumeau maléfique. Certains thèmes finissent même par se répondre ( le premier encense les cinémas, le second débecte les complexes UGC – Pathé – Gaumont.), en résonance des époques.

L’auteur arrive à s’indigner contre tout et n’importe quoi, des sujets les plus légers ( les fanas de truffes, les garçons de café désagréables, les dictons…) aux plus sensibles ( la peur islamiste, les faux anars, l’arnaque du politiquement incorrect..) et à chaque fois avec la verve qu’on lui connaît. Ces petites sentences sont aussi savoureuses qu’un loukoum de chez l’épicier arabe (spéciale dédicace à Philippe, qui d’ailleurs, considère lui aussi les boules à neige comme un plaisir nostalgique), tant on y reconnaît des vérités du quotidien.

Bref, de la Mozarella à Brassens, tout et tout le monde en prend pour son grade, à grands coups de sentences lapidaires longues de 50 lignes, en moyenne. Le métier et surtout les dérives du journalisme ne sont pas un rade d’assassinat verbal dans ce second opus . Je dirais bien que ce livre m’a impactée mais dans ce cas là, je mériterai probablement, et je crois que vous serez d’accord, de recevoir une météorite détournée de sa course dans ma sale gueule juste pour que l’on me rappelle la véritable signification du mot « impact ». Amen.

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Les fatwas de Charb- Petit traité d’intolérance Tome II. 2014 Editions « Les échappés ». Disponible depuis le 4 septembre.

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