François Jonquet possède le pouvoir de vous téléporter au Palace. C’est avéré. D’y aller, de franchir cette fameuse porte rouge, j’en ai toujours rêvé. Mais je suis né longtemps après ; la porte était déjà devenue grise. Trop tard.

Le Palace

Si les vrais paradis sont ceux qu’on oublie, l’enfer est homérique, ineffaçable. François Jonquet évoque rarement le bonheur. Il a conscience qu’être heureux, c’est réservé aux autres. Lui  est exclu de cette spirale de la béatitude. Certes, il décrit dans ce roman quelques moments d’extase, de plaisir intense. Mais il ne jouit que de l’instant. Plus tard, il sera trop tard. Chaque moment de joie, il se force pour s’en rappeler, le magnifier, le retranscrire. Oublier va de pair avec la facilité. Le souvenir, c’est pour les besogneux, ceux qui, justement, ne prennent pas la peine de savourer le présent. François Jonquet a probablement morflé pendant l’écriture de ce roman. Remuer les souvenirs du passé, faire rejaillir les visages des disparus, l’exercice est toujours douloureux, en plus d’être périlleux. Son livre est réservé aux âmes torturées. Les autres n’y comprendront rien. J’imagine que les habitués du Palace reconnaîtront à l’auteur des qualités mémorielles hors du commun, tant les détails sont nombreux. Moi, il m’a juste plongé très fort dans ces années folles. J’en suis ressorti grandi – et non pas vieilli. Et… j’ai essayé d’identifier mes propres paradis. Mais rien à faire, je n’en suis pas capable. N’est pas François Jonquet qui veut…

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Le pitch :

Au tournant des années 80, un jeune homme découvre la vie dans une discothèque. Cet ancien théâtre, transformé en temple de la disco, il va en faire un fabuleux terrain de jeu, de séduction et d’expérimentation. Chaque soir, il part se perdre dans un labyrinthe hédoniste qui ouvre grand sur l’imaginaire.
Dans le sillage du narrateur, Les Vrais Paradis restitue un moment de grâce, sorte de Movida française, évoquée ainsi par Gilles Châtelet : «Décidément, qui n’aura pas connu la fin des années 70 n’aura pas connu la douceur de vivre, ce frisson d’escarpolette où l’Histoire balance entre un Ancien Régime et les fracas d’une Révolution.»
Suit le moment charnière où le jeune homme assiste au basculement d’un monde et à la naissance du nôtre.
Tour à tour initiatique puis crépusculaire, ce roman marque le passage de l’adolescence à la jeunesse, d’un milieu à un autre, des couloirs aux coulisses, du music-hall au cirque, de la fête au drame. C’est l’entrée des artistes, des masques, des drogues, des fantômes.
Les Vrais Paradis est aussi un salut au vieux Paris, celui de Baudelaire et de Lautréamont, des surréalistes et d’Alain Pacadis, d’Édith Piaf, de Coluche.

Dans son premier livre, la biographie de Jenny Bel’Air, figure mythique des nuits parisiennes (Pauvert, 2001), et avec le documentaire Les Années Palace, diffusé par France 5 en 2005, François Jonquet revenait déjà sur les années 80.
Écrivain et critique d’art, il vit à Berlin. Il est également l’auteur d’un livre d’entretiens avec les artistes contemporains britanniques Gilbert & George (Phaidon/Denoël, 2004) et, chez Sabine Wespieser éditeur, d’un roman, Et me voici vivant (2006) et d’un récit, Daniel (2008).

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Les Vrais Paradis, par François Jonquet41XM-jgpWTL

  • Broché: 253 pages
  • Editeur : Sabine Wespieser (6 mars 2014)
  • 20,00 euros

A propos de l'auteur

Journaliste, Gribouilleur, Novö Pandore, etc...

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