Un premier roman pour écrire la fin d’une histoire.

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« Et je me dis : mon vieux, tu aurais beau être le plus drôle, le plus gentil, le plus intelligent, le plus doux et le plus viril, le plus à l’écoute, le plus athlétique de tous les hommes de cette planète, ce type qui drague ta copine n’en aurait pas moins la plus grande des vertus en amour : la nouveauté.  

L’été Slovène est un livre tendre. Une lettre de rupture du narrateur à Éléna, sa fiancée du moment. Partis en terre slovène pour se réinventer, le couple est à l’agonie. Les deux amants ne se comprennent plus, chacun semblant reprocher à l’autre d’avoir usurpé la passion qui les réunissait. Petites vexations, incompréhensions, tentatives de renouveaux avortées, la saison des amours ne leur est d’aucune aide. Pire, l’Europe centrale, loin du romantisme des cartes postales, se révèle être un terrain de jeu aux couleurs grises et aux rencontres graveleuses. Chaque moment partagé annonce la mort de cette histoire dont il ne reste plus que des contours flottants dans le vide.

Rien de grave

Pourtant, l’auteur se refuse à toute envolée lyrique. L’idéal amoureux transcendé par une force supérieure n’a pas sa place ici. Clément Bénech, avec humour et simplicité, décrit la mort d’un sentiment et son ancrage dans le temps, à l’échelle humaine. Loin du « mal du siècle » et de ses turpitudes existentielles, ces héros ordinaires voudraient bien s’aimer encore, mais voilà, ils n’y arrivent plus. Ils attendent longuement ces « petits riens » qui pourraient raviver leur flamme, mais la fin est proche et se reflète dans la glace vitreuse d’une piscine slovène : « On est passés devant un long miroir et je nous ai vus tout flasques, tout blanchâtres, tout morts ». L’amour et le réel se confondent, l’auteur ne cherchant aucunement à embellir des sentiments froids et vidés de leur substance romanesque.

Symptôme d’une génération désenchantée ou simple propension des modernes à pénétrer le réel pour mieux se l’approprier ?

« L’enfant de bohème est devenu roi » 

Ecrit le philosophe Alain Finkielkraut dans son ouvrage Et si l’amour durait où il analyse, littérature à l’appui, la transformation du sentiment amoureux. S’amourache-t-on plus facilement au XXIème siècle qu’à l’époque de la Princesse de Clèves ? L’idéalisme et les sentiments magnifiés manquent-ils à la liberté des modernes pour vivre une histoire à la hauteur de leurs ambitions ? Loin des obligations qui hantent Anna Karénine, l’amour moderne ne puise pas sa force dans la représentation sociale mais dans le besoin de créer une intimité à l’abri des regards. Et c’est précisément dans cette intimité, parfois très peu séduisante, que Clément Bénech pénètre. Alain Finkielkraut analyse pourtant que « l’homme sentimental ou, plus précisément, l’homme qui révère ses sentiments et son moi sensible » n’a jamais été aussi vivant qu’à notre époque. Grâce aux romans de Milan Kundera, le philosophe met en lumière la survivance d’un mystère propre aux amants, que personne ne peut séparer : Tomas et Teresa, héros de L’insoutenable légèreté de l’être, embrassent la mort ensemble dans la perpétuation d’un mythe antique, celui de l’amour éternel. 

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clc3a9ment-bc3a9nech-lc3a9tc3a9-slovc3a8ne« L’été slovène », Clément Bénech, Flammarion, 2013

« Et si l’amour durait », Alain Finkielkraut, Stock, 2011

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