Un film de Cao Guimarães et Marcelo Gomes. D’après Edgar Allan Poe.

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Le pitch

Juvenal est conducteur de métro à Belo Horizonte; Margo assure le trafic du réseau ferroviaire. Dans la ville anonyme, ils se regardent, se parlent, devinant l’un chez l’autre l’éblouissement d’une rencontre entre deux solitudes. Un jour, Margo demande à Juvenal d’être le témoin de son mariage, conclu avec un homme inconnu, mystérieux, perdu lui aussi dans la foule silencieuse.

L’avis

Comment créer la solitude au cinéma sans que le spectateur s’ennuie ? Comment Juvenal, le héros silencieux, qui aime regarder la foule, s’y perdre lentement, écouter sans dire un mot les conversations des autres, puis se retrouver seul chez lui dans un appartement vide, un frigo vide, ne nous lasse pas ? C’est le pari qu’ont risqué ces deux réalisateurs. Et ils l’ont réussi. Il faut se laisser aller dans ce film aux dialogues succincts, aux silences pesants. D’abord il y a la forme, la mise en scène choisit. Les réalisateurs ont filmé avec un format carré  pour aplatir l’image, joué sur le flou, procurant ainsi un sentiment de claustrophobie. C’est aussi une manière très moderne de filmer, comme si c’était vu à travers un écran d’ iphone.  Juvenal est filmé en de longs plans fixes, au téléobjectif, dans le centre de Bello Horizonte, au milieu d’une foule cosmopolite, sans gros plan sur les visages. Il prend un vrai bain de foule. La ville est très présente et  Juvenas aime s’y perdre en quittant les manettes de son métro. Les cadres sont assez larges, dans lesquels il se déplace. Dans son appartement, disons dans sa pièces à vivre, plans fixes et larges enferment les deux principaux personnages Juvenal et Margo tout aussi muets l’un que l’autre. L’atmosphère est oppressante mais il y a beaucoup de d’émotion qui se dégage de leurs silences. Les acteurs choisis ont une charge émotionnelle stupéfiante.

On sent qu’il y a eu un gros travail sur les corps, leurs démarches, le ton de leurs voix. Voir manger Juvenal et sentir tant d’émotion sur cet acte montre à quel point l’acteur inconnu Paulo André est habité par son rôle et combien il est doué. Au sujet du fond, le scénario est simple mais avec une construction inhabituelle. Juvenal n’est pas un psychopathe. Il vit différemment avec des besoins réduits et normaux. La scène chez la pute est étonnante. C’est une des rares scènes filmées très serrées, sans jeux de mots. Elle raccorde en plan large avec Juvenal, seul, la nuit, dans une rue déserte et qui hésite par quel chemin il va aller se perdre dans la ville. Il y a ainsi des sortes de cadres qui ne laissent pas indifférents. La deuxième solitude est loin d’être charnelle, car si Juvenal aime le contact physique de la foule, Margo elle c’est le virtuel qui comble sa solitude. Elle est accroc à son ordinateur au site de rencontre, c’est là qu’elle trouvera son futur mari, un anonyme parmi d’autres. Son métier est de surveiller par écran interposer la bonne marche du système du métro. Juvenal aime qu’elle l’aperçoive sur les quais, face aux caméras de surveillance. Il n’y a pas de maniérisme, d’esthétisme fortuit, dans cette manière de filmer ces deux entités. On peut penser que la juxtaposition de ces deux réalisateurs dont l’un est plasticien (Cao Guimarães) donne ce climat étrange et fascinant. Une expérience artistique et solitaire à vivre.

A propos de l'auteur

Co-fondateur de Roads Magazine / Responsable de la rubrique Culture (sur twitter : @BonhommeVincent) / Web Designer (plus d'info sur : vincentbonhomme.github.io/resume/)

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