Quand on parle de Rock dans un article, il existe un certain nombre de figures imposées. Par exemple, toujours commencer par une formule type « Il était une fois » ou encore le très efficace « à une époque où Valery Giscard d’Estaing avait encore des cheveux ». La plus frustrante étant très certainement l’emploi quasi-inaliénable de l’imparfait. Au point que l’on en vient souvent à se demander s’il n’est pas plus opportun de caser le genre dans la rubrique nécrologique. Fi ! Groupies et messieurs, sous vos yeux ébahis, le Rock se conjuguera aujourd’hui au futur pour la première fois depuis Appetite For Destruction. Et qu’importe si Axl Rose affiche trente quintaux de trop à la pesée, rien n’est trop gras quand il s’agit d’introduire un poids-lourd sur le ring.

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Sans foie ni roi

21 Juin 2012, six mois avant la fin du monde, souvenir d’un song(e) d’une nuit d’été. Entre deux spots Electro, un groupe ameute une centaine de curieux aux abords d’un trottoir de Montmartre, avec un pouvoir d’attraction comparable à celui qu’exerce une oasis perdue au milieu du Sahara. Au grand dam du tenancier du bar situé à proximité. Sauf que ce soir-là, le désert était musical et les pèlerins pas franchement portés sur la flotte. La formation en question se nomme Lloyd Project et est composée de quatre types, parmi lesquels un pianiste qui ressemble à s’y méprendre à Johnny Greenwood- le guitariste de Radiohead – et au chant un Eddie Vedder qui aurait piqué ses cordes vocales à Steve Tyler  – sans doute après avoir été agressé par le styliste de Chris Martin. Prestance scénique, puissance sonore, sensibilité contenue et violence insoupçonnable : dans l’anonymat de la foule compacte, personne n’ose le dire mais tous semblent en avoir conscience; à l’angle de cette rue est en train de se produire l’avenir du Rock. Et putain, quel avenir !

Entre David Bowie, Archive, Pink Floyd, Led Zeppelin, Muse et Aerosmith, Lloyd Project semble, à défaut de condenser, être la quintessence du Rock. Attention, le Rock n’est pas un genre, mais un état d’esprit, atemporel. Par delà les effets de modes fugaces et conventionnés demeure l’onirisme, une porte ouverte à tous les sentiments, de la haine à la jouissance, de l’amour à la mélancolie. Après tout, ne sommes-nous pas littéralement les enfants du Rock, d’un slow sur Hotel California jusqu’à à la copulation sur Purple Rain? Des années durant, le genre était tombé aux oubliettes tandis que le geôlier avait jeté le trousseau. Et alors que le monde sombrait dans un marasme économique scabreux, bien à l’abri du regard bienveillant de ses idoles, ces quatre mecs ont, l’espace d’un soir magique, forcé la serrure. Les mois passent, le souvenir demeure. Comme une obsession, l’éjaculât de journaliste présent dans l’assemblée ce 21 juin guette la faille sismique, comme un pervers materait sa voisine en nuisette. Une publicité, une affiche dans le métro, un format FM à la radio, n’importe quoi. Et puis un jour…

Il y a pas comme un « echoes » ?

Alors que la planète Hype s’apprête à célébrer la sortie du dernier-né des Daft Punk, la galaxie Rock ignore la sortie de Last Train To Babylon, premier EP de Lloyd Project. Les quatre cavaliers de l’apocalypse ne sont plus que trois mousquetaires, mais habité par la force des Jedi. Loin d’être le digne héritier de Darkside Of The Moon, l’opus a le mérite d’explorer en cinq titres une dizaines d’univers musicaux -non, ce n’est pas une erreur de calcul. De l’entraînant morceau éponyme au fédérateur Cash On the Spot, à la musique-que-va-kiffer-ta-mère Soul Man en passant par la ballade de surfeur The Lane, l’ensemble est sympathique mais décevant au regard du potentiel artistique du groupe. Un peu comme si Mike Tyson acceptait de tirer Brahim Asloum. Et puis il y a ce morceau, Mesmerised le bien nommé. Et là, on se dit que Lloyd Project est de cette caste capable de te coller un nouveau Stairway To Heaven. La voix d’Alexis Lloyd nous hypnotise littéralement, soutenu par le clavier envoûtant du polyvalent Johnny Greenwood Loris Lloyd, son frère, et rythmée par la batterie sereine d’Antoine Ladoué. Loin d’être un chef d’oeuvre rivalisant avec un In The Court of The Crimson King, Shine On You Crazy Diamond ou encore The Musical Box, le titre sonne comme une promesse d’un monde meilleur. « Hé les gars, là on est juste en train de se chauffer mais donnez nous un bout de bois et on navigue sur le Hollandais Volant » !

Là où la plupart des groupes à tendance progressif sont composés d’au moins quatre membres, Lloyd Project se distingue une fois encore. Avec seulement trois membres et un seul « front man », difficile d’enflammer une scène. Et pourtant. « Le fait de n’être que trois nous a ouvert beaucoup de portes, même si ça complexifie la structure » certifie Loris. « En outre, on se sent encore plus impliqué dans le projet. Par exemple, quand j’écoute nos titres je me dis qu’on pourrait faire ceci plutôt que cela la prochaine fois ». Depuis dix ans, Muse occupe le devant de la scène Rock. Non pas pour sa musique, malgré les excellents Origin Of Symmetry et Absolution, vieux d’une décennie, mais davantage pour l’attachement des fans à ces trois mecs barrés. A l’instar des Britanniques du Devon, plus que le son, on retient chez Lloyd Project la cohésion fraternelle du trio, dont l’humour est aussi ravageur que ses compositions. Tant et si bien qu’à leur contact, on n’en oublie presque que les mecs ont les crocs. Loin d’être aussi sinistre que leurs comparses rockeur progressifs – genre dont ils refusent l’étiquette (1), les « Lloyd’s » font montre d’un second degrés rafraîchissant, pour ne pas dire réconfortant. « Au début, on jouait par plaisir » explique Alexis Lloyd. « Et puis on s’est rendu compte que notre musique était suffisamment originale pour nourrir des ambitions ». Une ambition dont s’amuse son cadet Loris. « Avec toute la prétention du monde, notre but est de conquérir le monde… Comme Cortex et Minus » (2). En dépit d’un manque flagrant de sérieux en dehors de la scène, les membres de Lloyd Project ont conscience de combler un vide musical. Alexis poursuit : « Nous sommes convaincus par ce que nous faisons, sinon on jouerait dans un garage ».

Bien entendu, Lloyd Project n’est encore qu’une nébuleuse perdue entre deux supernovas. Mais un vaste public n’attend que son explosion, prêt à embarquer aux confins des frontières de la déraison sonore. A moins que l’oeuvre de destruction musicale des grandes majors et le dégueulis auditif du Colonel Reyel n’aient eu raison de nos tympans. Auquel cas, le beau bébé irait rejoindre ses ancêtres dans la rubrique nécrologique… Et le Rock se conjuguerait alors, non pas au passé simple, mais tout bonnement à l’imparfait du subjonctif.

Lloyd Project sur Facebook : https://www.facebook.com/lloydproject?fref=ts

Last Train To Babylon sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/artist/882145

(1) : « Nous nous sommes auto-etiquetés Art Rock, à la David Bowie. Il n’a jamais produit deux fois le même album. Notre but est de faire voyager plutôt que de se contenter de faire juste de la zic »
 
(2) propos totalement sortis de leur contexte

Bonus Track : Le pervers japonais

Un groupe préféré ?

Loris : Supertramp

Antoine : Pink Floyd

Alexis : Pink Floyd aussi, donc je vais sortir un album : Darkside of The Moon.

Shine On You Crazy Diamond ou Echoes ?

Alexis : Oh la question vache… Shine On You Crazy Diamond.

Antoine : Pareil.

Loris : Echoes juste par esprit de contradiction.

Mario ou Sonic ?

Alexis et Antoine : SONIC !

Loris : Mais vous pigez rien, Mario c’est intouchable ! Il court, il saute partout…

Vous êtes tortionnaires à Guantanamo. qu’est-ce que vous mettez à fond dans les oreilles du terroriste ?

Alexis : Du Colonel Reyel

Loris : De la Techno , avec ce foutu tempo à 130 !

Rap ou RN’B ?

Antoine : Ketchup

Jean-Luc Lahaye ou Jean-Pierre François ?

Loris : Jean-Luc Lahaye !!!!!

Nirvana ou Pearl Jam ?

Tous : Pearl Jam

Double pédale ou double péné ?

Tous : Une bonne double péné !

Ch’ti ou marseillais ?

Antoine : Auxerre, il faut rendre hommage à la faune locale… Emile Louis, etc…

Jean-Claude Van Damme ou Chuck Norris ?

Loris : Non mais tout le monde répond Chuck Norris. Au moins, Jean-Claude Van Damme est intelligent !

Alexis : Il est aware…

Transsexuel ou hermaphrodite ?

Tous : Un plan à trois avec les deux !

Jeanne d’Arc ou Vercingétorix ?

Loris : Cuir-moustache !

NTM ou IAM ?

Tous : NTM.

Schnouff ou pétard ?

Antoine : C’est pas la même chose ?

Un million de dollars ou de groupies ?

Alexis : On prostitue les groupies et on se fait un million de dollars…

Cortex ou Minus ?

Loris : (à l’adresse de son frère) Qu’est-ce qu’on fait ce soir ?

Alexis : La même chose que chaque soir, Minus : tenter de conquérir le monde…

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