Un film de Ryan Golsling avec Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Eva Mendes, Matt Smith
et Ben Mendelsohn. Sortie le 8 avril 2015.

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Vite caractérisé comme une belle gueule suffisante, Ryan Gosling avait sans faire de bruit posé un univers macabre bien marqué avec « Dead Man’s Bones », un album tout en poésie gothique avec une chorale d’enfant et la voix lointaine d’une star désireuse de laisser son univers s’exprimer avant son image. C’est là que naît Lost River, Gosling ne jouant pas dans son film comme pour de nouveau laisser cet univers de ville abandonnée, maudite, prendre vie sur l’écran au travers de la photographie du génial Benoît Débie (Innocence, Vinyan, Enter the void, Spring Breakers). Récit presque post-apocalyptique dans sa peinture d’une ville en ruine, bouffée par une crise économique qui a obligé tout le monde à partir, Lost River se déploie comme un conte avec un monstre et une princesse, une mère aimante et un loup pervers. Usant de symboles simples, le feu incarne le mal, l’eau le salut des personnages, Débie peut saisir ces incarnations pour livrer des images d’une beauté époustouflante, peignant les éléments naturels avec un lyrisme fantasmagorique sans équivalent. La collaboration est judicieuse tant Débie semble proposer au réalisateur une palette visuelle qu’il n’avait jusqu’ici imaginé qu’en notes de musique.

On ne s’étonne par ailleurs pas de voir Guillermo del Toro remercié au générique, le style gothique du réalisateur du Labyrinthe de Pan n’est en effet pas loin, ni l’expressionnisme d’un Winding Refn dont on ressent la présence tangible dans chaque plan. Lost river est comme nombre de premiers films, un hommage aux œuvres fondatrices de leur auteur, des films de la Hammer aux néons Refniens et à une nature célébrée à la Malick. Des influences bien digérées et jamais poseuses, à l’image d’une Barbara Steele muette, enfermée dans un passé révolu, celui de sa jeunesse et celui d’un certain cinéma voué à être oublié. C’est ce rapport au passé qui intéresse Gosling, celui qui hante tous ces personnages seuls qui n’ont plus nul part ou aller, vibrant par moments de l’ambiance de The carny de Nick Cave ou les destins de vie se mêlent dans une parade folle qui marche vers la fin du monde. En fin de compte, ou se trouve la beauté ? Christina Hendricks s’arrachant le visage devant un public ébahit, il semble que la beauté vienne de sous la peau (un autre sex-symbol ayant exploré quelque chose de similaire avec Under the skin), elle vient des tripes et c’est bel bien le cas de Lost River. S’il souffre d’un scénario trop peu fluide, trop décousu, empêchant par moment l’immersion, on part de la salle avec une panoplie de plans sublimes en tête et la satisfaction de voir qu’un objet si imparfait peut aussi constituer l’une des plus belles envie de Cinéma qu’on ai pu voir ces derniers mois.

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