Le 21 janvier 1793, Louis XVI était guillotiné par les révolutionnaires. Mais 220 ans après sa mort, à part quelques monarchistes considérés comme anachroniques par l’opinion publique actuelle, personne ne se souvient du monarque progressiste. Aujourd’hui, seul l’image du roi tyran subsiste dans l’imaginaire collectif… L’Édit de Versailles était pourtant, à l’époque, un bien plus grand pas en avant que le « mariage pour tous » proposé par le gouvernement. Alors, Louis XVI était-il plus progressiste que François Hollande? Probablement. 

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Quand Louis XVI a perdu la tête, le peuple de France, selon les livres d’histoire, a récupéré sa liberté. Considéré originellement comme un traître à la patrie ou, pour ses partisans, comme un martyr, Louis XVI n’a finalement été que le dernier chef par défaut d’une forme de monarchie qui arrivait à bout de souffle.

Mais pourtant, l’odieux roi guillotiné a, en son temps, apporté bien plus à la société que beaucoup de nos présidents de la République. En signant l’Édit de Versailles, Louis XVI a tout simplement permis aux personnes de confessions non catholique de se marier en France, et surtout d’être reconnues. Aujourd’hui, qu’un couple juif ou protestant puisse se marier sur le territoire français semble avoir toujours été la norme. Pourtant, avant 1788, c’était impossible. Il est également intéressant de noter que ce n’est donc pas la révolution qui a entraîné cette progression dans la société française mais bien des partisans d’une monarchie plus moderne comme Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, qui tenta, en vain, d’abolir le système des lettres de cachet sous Louis XV. Gabriel-Henri Gaillard dira d’ailleurs  de lui : « Il était l’amour et les délices de la nation. »

Un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour l’humanité

L’Édit de Versailles a été signé de la main de Louis XVI le 7 novembre 1787 et enregistré au parlement le 29 janvier 1788. Il apporte la liberté de culte aux protestants et à une partie des Juifs de France (le parlement de Metz avait exclu explicitement les juifs de ce projet tolérant).

Permettons néanmoins à ceux de nos sujets qui professent une autre religion que la religion catholique, apostolique et romaine, soit qu’ils soient actuellement domiciliés dans nos états, soit qu’ils viennent s’y établir dans la suite, d’y jouir de tous les biens et droits qui peuvent ou pourront leur appartenir à titre de propriété ou à titre successif, et d’y exercer leurs commerces, arts, métiers et professions sans que, sous prétexte de leur religion, ils puissent y être troublés ni inquiétés. »

Pourront en conséquences, ceux de nos sujets ou étrangers domiciliés dans notre royaume qui ne seraient pas de la religion catholique, y contracter des mariages dans la forme qui sera ci après prescrite ; voulons que lesdits mariages puissent avoir dans l’ordre civil, à l’égard de ceux qui les auront contractés dans ladite forme, et de leurs enfants, les mêmes effets que ceux qui seront contractés et célébrés dans la forme ordinaire par nos sujets catholiques. »

C’était donc clair, en signant cet Édit, le roi s’engageait à autoriser et surtout, à protéger, toute personne non chrétienne au sein de son royaume. L’idée d’autoriser la liberté de culte à d’autres religions n’était cependant pas un concept nouveau. Pour rappel, l’Édit de Nantes signé par Henri IV reprenait cette idée 200 ans avant Louis XVI mais dans une forme nettement moins moderne et progressiste que celui de Versailles. Et puis, l’Édit de Nantes avait été révoqué par Louis XIV avec l’Édit de Fontainebleau. Quand le Louis, monarque absolu de droit divin décida de signer cet Édit de tolérance, il propulsa tout simplement la France dans le société moderne tout comme  la Révolution.

Aujourd’hui, le débat au sujet du « mariage pour tous » déchaîne les passions parmi le peuple de France alors qu’en comparaison, l’Édit de Versailles était un progrès bien plus radical et surtout, beaucoup plus difficile à concevoir à l’époque que l’union des homosexuels aujourd’hui et leur droit à l’adoption. Comme quoi, le progrès n’est pas obligatoirement étiqueté « socialiste ». Certes c’était la monarchie absolue, mais le peuple l’a fait vaciller l’année suivante.

Un roi né à la mauvaise époque

« Peuple, je meurs innocent ! » Puis, le roi se retourne devant les bourreaux qui l’empoignent déjà : « Je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie pour que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français ! » C’est ainsi que fût guillotiné Louis XVI, place de la révolution, l’actuelle place de la Concorde. Exécuté sous la pression d’une haine viscérale envers une monarchie, qui ne sauvait même plus les apparences, sa mort plongea la France dans près de six années de Terreur et de chaos, jusqu’au coup d’État de Napoléon Bonaparte. Les raisons, voire les résultat direct, de ce soulèvement « populaire » sont donc aujourd’hui, avec du recul, contestables. Qui oserait affirmer que troquer un roi légitime contre un empereur autocratique est une bonne chose pour la Nation forgée au brasier des Lumières? Les Anglais, les Belges ou encore les Espagnols n’ont pas l’air plus malheureux que les Français, en dépit des armes couronnées qui ornent les bâtiments publics…

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