Un film de  Ben Young  avec Emma Booth, Ashleigh Cummings, Stephen Curry et Susie Porter. Sortie le 12 juillet 2017. Festival de Venise 2016 : Prix Fedeora de la meilleure actrice pour Ashleigh Cummings Festival de Bruxelles 2016 : meilleur réalisateur, meilleure actrice pour Emma Booth.

 

L’histoire

Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…

L’avis

Des couples assassins qui trouvent le bonheur dans le crime, dans la vie, dans la littérature, au cinéma, il y en a eu de nombreux et de célèbres. Les fameux Brady et Myra Hindley, les meurtriers de la lande en Angleterre par exemple, et beaucoup d’autres aux Etats-Unis.  En littérature « Les Amants Diaboliques » de Barbey d’Aurevilly, « Thérèse Raquin » d’Emile Zola, « Le Facteur Sonne toujours Deux Fois » de James M. Cain, sont des romans qui ont été adaptés superbement au cinéma et à la télévision. Le couple Martha Beck  – Raymond Fernandez, dans les années 40, qui a tué une vingtaine de femmes, a inspiré des films tels que le petit chef-d’œuvre « The Honeymoon Killers » de Leonard Kastle, « Lonely Hearts » d’Andrew Lane ou dernièrement « Alleluia » de Fabrice du Weltz. 

Ben Young  lui s’est inspiré de lectures sur la criminalité des femmes et les tueuses en série. Fasciné par la psychologie dans les relations de co-dépendance, il a écrit ce film effrayant où les crimes les plus odieux sont commis au nom de l’amour. Il offre avec ce premier long-métrage un thriller psychologique mis en scène avec maestria. Par sa manière de filmer (avec de longues focales) on a l’impression d’être au cœur même du drame et augmente de cette manière la tension insoutenable de l’horreur « banale » qui se développe entre le couple monstrueux et la jeune séquestrée : leur nouvelle victime.

Il a choisi une ville bien connue d’Australie, Perth, où il a grandi dans les années 80. La-bas, faire du stop n’était pas dangereux. En quelques plans, il fait sentir la chaleur, l’ambiance de cette ville pavillonnaire, qui aujourd’hui, a perdu son innocence.

Le huit-clos  – entre le couple et la jeune fille – est lui aussi brûlant, étouffant et dans lequel perversité, domination, sexualité et sensibilité s’entremêlent. Des thèmes qui pourraient paraître paradoxal dans ce scénario intelligent, brillant et investis par trois acteurs complètement dans leur rôle. Emma Booth, la femme soumise, Stephen Curry, le pervers narcissique, sont des acteurs extrêmement connus en Australie et dans des domaines totalement différents. Ils ont pris des risques en jouant ce genre de rôle en cassant leur image, comme l’avait osé le faire à l’époque Charlize Theron dans « Monster » (film réalisé par Patty Jenkins – réalisatrice du féministe « Wonderwoman »-, l’histoire d’une tueuse en série américaine, Aileen Carol Wuornos .

« Love Hunters » n’est pas un film d’horreur où l’hémoglobine coule à flot, mais un film psychologiquement angoissant, terrifiant, d’une violence inouïe (il est interdit au moins de 16 ans). Le réalisateur est fasciné par ce genre d’histoire qui en Australie, vaste contrée, faire disparaître un corps y est très facile (Il y a dans ce pays de nombreuses disparitions non élucidées et des cas de tueurs en série assez nombreux). Le cinéma australien est un cinéma violent (« Mad Max », « Animal Kingdom »,  « The Rover », « The Proposition », « Blood and Guts », « Outback » …),  « Love Hunters » est dans cette lignée. La tension monte lentement, très lentement, Ben Young sait la distiller pour notre plus grande peur et aussi pour notre plus grand bonheur de pervers, nous spectateur confortablement assis dans notre fauteuil à ne pas savoir comment tout cela va finir. Une délectation de plus, une question de plus, à se demander si le bonheur est dans le crime qu’ont l’air d’apprécier …ou pas Evelyn et John! Bon voyage dans le domaine de la terreur.

Pour info, la bande son en total décalage est surprenante et efficace, on entend « My Lady D’Arbanville » par Cat Stevens, « Nights in white satin » par les Moody Blues, « Carol of the bells » par Libera, « Atmosphere » par Joy Division, « Shivers » par The Boy Next Door. On est loin de la musique de film de genre.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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